Publié le 18 novembre 2020

ENVIRONNEMENT

La Russie entre (timidement) dans la course climatique

Jusqu'ici connue pour ses positions de blocage, ou au mieux attentistes, la Russie multiplie depuis plusieurs mois les signaux positifs à l'égard de la bataille climatique. Il y a un an, Moscou ratifiait finalement l'Accord de Paris. Et alors que les États-Unis s'en retiraient officiellement le 4 novembre dernier, Vladimir Poutine publiait le même jour de nouveaux engagements pour un développement "bas-carbone".

Vladimir Poutine Nations Unies septembre 2015 Kremlin
Vladimir Poutine, lors de l'Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2015.
@Kremlin

Ironie ou coïncidence ? Le 4 novembre dernier, alors que les États-Unis quittaient officiellement l’Accord de Paris, la Russie, généralement peu allante sur le sujet, prenait de nouveaux engagements climatiques. Vladimir Poutine a en effet fait publier ce même jour un décret qui vise une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 30 % d'ici 2030, en tenant compte au maximum de ses puits de carbone, précise le président russe, alors que le pays détient le plus important couvert forestier.

Il va plus loin en ordonnant au gouvernement d'élaborer et de ratifier une stratégie de développement socio-économique jusqu'en 2050 qui puisse aller de pair avec un faible niveau d’émissions de gaz à effet de serre. Sans aller jusqu’à parler de neutralité carbone, Vladimir Poutine envoie là un signal à la communauté internationale alors que la Chine ou encore le Japon et la Corée du Sud viennent de se fixer des objectifs conformes à l’Accord de Paris.

Effets concrets du réchauffement

La Russie, quatrième plus grand pays émetteur mondial de gaz à effet de serre, doit faire face aux impacts du changement climatique qui se multiplient sur son vaste territoire : dégel du permafrost, feux de forêts, canicules, inondations… Cela a poussé Moscou à finalement ratifier l’Accord de Paris en octobre 2019. Dimitri Medvedev, le chef du gouvernement de l'époque, avait alors admis qu'un éventuel changement climatique constituait une menace pour l'équilibre écologique, l'agriculture et la sécurité des personnes.

La banque centrale russe a également mis en place, fin 2019, une feuille de route pour développer le marché de la finance verte, notamment pour émettre des obligations vertes et sociales. La Bourse de Moscou a même déployé un segment dédié à ces produits financiers durables. "Avec les annonces asiatiques et l’élection de Joe Biden à la Maison-Blanche, une nouvelle dynamique peut se mettre en place. La Russie a l’opportunité de réellement entrer dans la course", lance Wendel Trio, directeur du Climate Action Network (CAN) Europe. D’autant que plane aussi la menace d’une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne, pouvant fortement impacter son économie.

Pas de hausse de l’ambition

Mais avec ces annonces, Vladimir Poutine n’a fait que confirmer la fourchette haute de l’engagement déjà pris en amont de la COP21 de 2015, qui se situait entre 25 et 30 % de réduction par rapport à 1990. Qui plus est, ces objectifs ont déjà été atteints – sans efforts particuliers – à la faveur de la crise économique des années 90.

"Concrètement, la Russie se contente de limiter la croissance de ses émissions et n’a pas l'intention de les baisser", complète Wendel Trio. Il faut dire que le pays est extrêmement dépendant des énergies fossiles. "Le décret est le reflet de la politique traditionnelle comme le montre, par exemple, la stratégie récemment adoptée pour le développement du pétrole, du gaz et du charbon dans l'Arctique", commente Vladimir Chuprov, chef du département de l'énergie de Greenpeace en Russie.

Concepcion Alvarez @conce1


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