Publié le 03 août 2021

ENVIRONNEMENT

La géoingénierie pour sauver la planète : fertiliser les océans pour augmenter le captage du CO2

La solution serait simple et peu coûteuse, il s'agirait de transformer l'océan en une gigantesque pompe à CO2 en boostant le développement de microalgues, capteurs de gaz carbonique, grâce à un engrais : le sulfate de fer. Si la méthode semble prometteuse, elle est aujourd'hui interdite à grande échelle car elle pourrait s'avérer toxique pour les organismes marins et les humains. Cette semaine, Novethic fait le point sur des solutions développées par la géoingénierie pour lutter contre le réchauffement climatique. 

Phytoplankton @FotoshopTofs Pixabay
La plupart des phytoplanctons sont trop petits pour être visibles à l'oeil nu, mais lorsqu'ils sont présents en grande quantité, ils peuvent former des étendues colorées.
@FotoshopTofs Pixabay

Les océans absorbent un tiers des émissions de CO2 produites par l'humanité. Considérés comme de véritables "pompes biologiques de carbone", des scientifiques cherchent aujourd'hui à décupler ce potentiel pour limiter le réchauffement climatique.

Ce phénomène d'absorption s'appuie en partie sur le captage du CO2 par le phytoplancton, qui entraîne le gaz carbonique jusque dans les profondeurs de l'océan lorsqu'il meurt. Ce processus est extrêmement prometteur car booster le développement du phytoplancton grâce au sulfate de fer, un engrais communément utilisé dans les jardins, pourrait augmenter le captage du dioxyde de carbone de l'atmosphère. Les chercheurs s'intéressent notamment au potentiel des eaux aujourd'hui pauvres en fer, comme la mer australe, qui entoure l’Antarctique.  

Les premières expériences ont été un succès. Une dizaine d'expéditions menées entre le début des années 1990 et 2005, à petite échelle, sur des surfaces entre 100 à 300 km2, ont montré que l'ajout de fer augmentait effectivement l'activité biologique dans la couche de surface, même si le rendement de la fertilisation artificielle semble être 10 fois plus faible que celui de la fertilisation naturelle en fer, d'après les conclusions de la mission KEOPS réalisée 2005. Le défi serait désormais d'étendre ce processus à grande échelle, pour faire de l'océan une gigantesque pompe à CO2. Et cette méthode présente l'avantage non négligeable d'être peu coûteuse. 

Des conséquences encore mal connues

Mais la fertilisation des océans pourrait avoir des coûts cachés encore mal connus et peu maîtrisés. À tel point que la communauté internationale a préféré interdire ce type d’opération à grande échelle en 2008, en autorisant toutefois les expériences sur des zones localisées.

D'une part, ce procédé pourrait produire des effets extrêmement néfastes. D’après une étude américano-canadienne publiée en 2010, si l'ajout de fer dans les régions océaniques où le phytoplancton est peu présent entraîne effectivement un très fort développement des microorganismes, il entraîne aussi dans certains cas la production d'une toxine, l'acide domoïque, qui provoque des amnésies et des décès chez les organismes marins comme chez l'humain. 

Mais surtout, des chercheurs remettent en question l'efficacité même de la démarche à grande échelle. Une simulation réalisée par des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) publiée en février 2020 a souligné qu'encourager la production de phytoplancton dans une région du globe pouvait bouleverser leur développement dans une autre région, et donc in fine ralentir le captage du CO2. "La quantité totale de fer dont les micro-organismes ont besoin est déjà dans un état de parfait équilibre" a conclut Jonathan Lauderdale, chercheur au département des sciences de la terre du MIT ayant participé à l'étude. Pire, la fertilisation par le fer pourrait être complètement contre-productive. Des études ont montré qu'elle pouvait générer d’autres gaz tel que l’oxyde nitreux, destructeur de la couche d'ozone et dont l’effet de serre est 300 fois plus important que celui du CO2.

Pauline Fricot, @PaulineFricot 


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