Publié le 04 août 2021

ENVIRONNEMENT

La géoingénierie pour sauver la planète : blanchir les nuages pour refroidir la mer

Faire de l’ombre sur la planète avec des nuages bien blancs, c’est la solution imaginée par des scientifiques pour refroidir la Terre et limiter les effets du réchauffement climatique. En Australie, une équipe de chercheurs teste l’idée en la cantonnant au-dessus de la Grande barrière de corail, afin de la préserver de l’augmentation de la température de l’océan. Cette semaine, Novethic fait le point sur des solutions développées par la géo-ingénierie pour lutter contre le réchauffement climatique.

Heart Pixabay @Alicia3690 grande barrière de corail Australie
La barrière de corail australienne est menacée par le réchauffement climatique.
@CCO

De beaux nuages blancs qui surplombent les océans tropicaux. Ce paysage de carte postale pourrait bientôt cacher de surprenantes technologies imaginées pour réduire le réchauffement de la planète. Depuis plusieurs années, des scientifiques travaillent en effet sur la possibilité d’éclaircir les nuages de basse altitude. Contrairement aux nuages de haute altitude, réfléchissants, ils permettent de renvoyer une bonne partie du rayonnement solaire et de diminuer la température au sol.

Ou en mer ! En Australie, cette technologie fait en effet l’objet de tests grandeur nature dans un but bien précis. Il s’agit en effet de sauver la Grande barrière de corail, cet écosystème vivant de plus de 340 000 km² menacé de disparition par le réchauffement climatique. L’élévation de la température de l’océan a déjà eu pour effet de blanchir les récifs et, au final, de tuer les coraux.

Dans le cadre de son programme "Reef restoration and adaptation program" (Programme de restauration et d’adaptation de la barrière), le gouvernement australien a consacré en 2020 une enveloppe de 150 millions de dollars australiens (environ 93 millions d’euros) pour le développement de plusieurs technologies permettant de sauver le corail, dont l’éclaircissement des nuages.

Dissiper l’énergie solaire

Concrètement, cette technologie consiste à propulser au-dessus de la barrière de corail des embruns marins pendant l’été, quand l’eau est la plus chaude. Les particules de sel restent alors dans l’atmosphère, condensent l’humidité et forment des gouttelettes très réfléchissantes. Ces nuages artificiels permettent de dissiper plus d’énergie solaire et de réduire la température de surface de l’océan, ce qui bénéficie aux coraux et à tout l’écosystème contenu dans la barrière de corail.

En théorie en tout cas, la technologie n’ayant jamais été encore éprouvée. C’est ce à quoi s’attache l’équipe du programme australien, qui a déjà procédé à de premiers essais afin de valider les outils développés pour propulser les embruns, mais aussi l’efficacité de l’éclaircissement des nuages ainsi que l’acceptabilité sociale de la technologie.

Daniel Harrison, le directeur de ces recherches, semble confiant. Lors d’un webinaire organisé par la Carnegie climate governance initiative (C2G) sur le thème de la "Gouvernance de l’éclaircissement des nuages marins", il confiait que "nous privilégions cette option par rapport à des initiatives dans lesquelles ont cultive des coraux, par exemple, parce que celles-ci se concentrent seulement sur certains coraux, les plus résistants. Avec l’éclaircissement des nuages, on préserve tout l’écosystème du récif, les coraux jeunes ou anciens, mais aussi les anémones, les oiseaux, etc.".

Une rustine pour le réchauffement climatique

Cette technologie n’est toutefois pas sans risque. L’un des principaux réside dans la possibilité que l’éclaircissement de ces nuages bouleverse les modèles de précipitations aux alentours. Pour le chercheur australien, le risque serait sans doute plus avéré si l’éclaircissement des nuages était appliqué à la planète entière, comme certains scientifiques l’ont préconisé. En limitant l’usage de la technologie seulement au-dessus de la barrière de corail au large de l’Australie, le risque est plus réduit. "Cela pourrait réduire légèrement la quantité de précipitations dans le nord-est du pays, mais ce n’est pas certain", dit-il.

Reste que cette technologie ne fait que mettre une petite rustine sur le problème posé par le réchauffement climatique et ne permet en rien de le résoudre. Au cas où les tests s’avéreraient concluants, elle ne ferait néanmoins qu’apporter une solution rapide et immédiate pour les coraux, mais aussi très temporaire, les particules salines ne demeurant que quelques jours dans l’atmosphère. "Cette technologie aurait beau très bien fonctionner, si nous ne faisons rien pour réduire nos émissions de gaz a effet de serre, les coraux continueront à diminuer", prévient Daniel Harrison.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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