Publié le 28 octobre 2021

ENVIRONNEMENT

Crise climatique : un mur de sept mètres pour protéger les riches propriétés à Sydney

Pour protéger leur propriété en bord de mer des tempêtes, des résidents ont investi des centaines de milliers de dollars pour construire un mur de sept mètres de haut. Quitte à dénaturer et fragiliser la plage publique, dénoncent les opposants au projet. Si les populations les plus riches sont les plus responsables du réchauffement climatique, elles sont aussi celles qui peuvent le plus facilement s'adapter à ses conséquences. 

Brook Mitchell / GETTY IMAGES ASIAPAC / Getty Images via AFP
Le mur est construit pour résister pendant au moins 60 ans.
Brook Mitchell / GETTY IMAGES ASIAPAC / Getty Images via AFP

La plage de Collaroy, à Sydney en Australie se fracture. Un mur de sept mètres de haut est actuellement en cours de construction sur le rivage australien. D’un côté, 49 riches propriétés menacées par les tempêtes et l'érosion de la côte. De l’autre, la plage, et les autres résidents, dont certains s’offusquent de voir le rivage dénaturé alors que les premières pierres du rempart de 1,3 kilomètre de long ont été posées en décembre 2020.

Pour engager la construction du chantier, chacun des propriétaires a déboursé 300 000 dollars, rapporte le quotidien britannique Guardian qui a chroniqué l’affaire. De quoi assurer 80% du coût total. Le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud et le Conseil des plages du Nord se sont engagés à compléter la facture.

L’enjeu est sérieux, la côte étant particulièrement vulnérable. Cinq ans plus tôt, une tempête monstrueuse a englouti le rivage, dévasté les côtes, et laissé de nombreuses maisons et piscines privées au bord d’un gouffre. Depuis, deux autres tempêtes ont frappé la zone.  Avec un rempart en contrebas, les résidents espèrent limiter les dégâts.  D’autant plus qu’avec le réchauffement climatique, les tempêtes risquent de se multiplier à l'avenir, et la montée du niveau de la mer s’accélère. Selon le dernier rapport du GIEC, la hausse du niveau des océans pourrait atteindre un mètre à la fin du siècle dans le cadre du pire scénario.

Mécontentement 

Mais la construction du mur s’attire les foudres d’une autre partie des habitants de Sydney et des ONG comme la fondation Surfrider qui crient à l’injustice. Ils dénoncent un projet sacrifiant la plage publique au profit de la protection d’une minorité aisée.

Outre l’aspect esthétique décrié, le mur pourrait avoir un véritable impact sur la vie du rivage, expliquent les opposants. Les plages sont des écosystèmes qui évoluent avec leur environnement et la construction menace de perturber les processus naturels, comme celui qui permet au sable de se déplacer. "En cas de vagues plus importantes ou de tempêtes, le sable risque de partir"  sans avoir de possibilité de revenir naturellement, a détaillé au média australien 9News le professeur Andy Short, géoscientifique à l’Université de Sydney. "Il n'y aura plus à la fin qu'une digue, sans plage du tout", a-t-il ajouté. Pour conserver la plage, il serait alors nécessaire de remplacer le sable artificiellement. 

" Apartheid climatique "

Cette inégalité à pouvoir faire face aux conséquences du réchauffement climatique est considérée comme un "appartheid climatique" selon  l’ONU. "Une dépendance excessive au secteur privé pourrait conduire à un scénario d’apartheid climatique dans lequel les riches paient pour échapper au réchauffement, à la faim, aux conflits, tandis que le reste du monde souffrirait", expliquait en juin 2019 le rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté, Philip Alston.

Une situation considérée comme d’autant plus injuste que les personnes les plus riches sont les plus responsables du réchauffement climatique. Selon la dernière étude du  World Inequality Lab publié mi-octobre, les 10% de la population les plus aisées de la planète sont à l'origine de la moitié des émissions de CO2.

Pauline Fricot, @PaulineFricot


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

+50°C en Australie, +43°C en Argentine, +44°C en Uruguay : la planète brûle

Une chaleur étouffante s'abat dans l'hémisphère sud, de la côte ouest de l'Australie jusqu'à l'Argentine, en passant par l'Uruguay où un nouveau record vient d'être battu. Les températures dépassent la barre des 40°C, voire même des 50°C comme ce fut le cas en Australie, menaçant la santé des...

Travail en groupe reflexion transition empreinte carbone collaboration istock dorian2013

Climat : MyCO2 propose de se sevrer des énergies fossiles sur le modèle des Alcooliques Anonymes

Et si la solution pour passer à l'action était de faire ça en groupe. C'est le pari de Carbone 4, qui vient de lancer MyCO2. Le cabinet spécialisé dans la transition écologique propose des conférences interactives assez courtes et gratuites pour permettre à chacun de calculer sa propre empreinte...

Inondations riviere pixabay

Le coût des catastrophes climatiques en France pourrait doubler d'ici 2050

Des sécheresses plus fréquentes, des inondations plus coûteuses et une facture qui pourrait doubler sur les trente prochaines années, si on prend le scénario le plus pessimiste. C'est le panorama que dresse la Fédération française de l'assurance (FFA) pour l'avenir. Le réchauffement climatique est...

Temperature chaleur italie Antonio Masiello GETTY IMAGES EUROPE Getty Images via AFP

Changement climatique : Les sept dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, et ce n’est que le début

2021 ne fait pas exception et se place parmi les années les plus chaudes alors que nous battons des records depuis 2015. La température moyenne mondiale par rapport à l'ère pré-industrielle a déjà augmenté de 1,1 à 1,2°C. Les conséquences sont déjà visibles et vont encore s'accentuer. Des chercheurs...