Publié le 20 novembre 2017

ENVIRONNEMENT

COP23 : Une nouvelle fois, la question des financements a crispé les négociations

La question du charbon et, dans une moindre mesure, le cas des États insulaires ont été mis en avant lors de la COP23 de Bonn. Mais, en arrière-plan, ce sont les besoins de financement de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 pour l’adaptation au changement climatique qui ont opposé les pays riches et les pays en voie de développement. Le retrait des Américains a, de plus, négativement impacté ces discussions. 

La COP23 de Bonn était placé sous le thème de la protection des États insulaires face à la montée des eaux.
COP23

La COP23 s’est terminée à Bonn (Allemagne) tard dans la nuit du vendredi 17 novembre. Si les parties se sont entendues sur un calendrier commun pour la suite des négociations, aucune grande déclaration n'est sortie, ce qui n’est pas une surprise pour Barbara Hendricks, ministre fédérale allemande de l'Environnement : "Il a toujours été clair que nous ne signerions pas d'accord à Bonn comme ce fut le cas à Paris. Il s'agissait ici de franchir une étape intermédiaire importante dans la mise en œuvre de l'accord de Paris".

Concrètement, les parties - délégation américaine incluse - ont discuté ensemble d’une méthodologie pour que d’ici 2020, avec une étape intermédiaire fin 2018, les pays s’entendent sur la manière dont ils rendent compte de leurs actions en faveur du climat et de la baisse de leurs émissions. Ce sera l’objet des "dialogue de Talanoa", un concept proposé par la présidence Fidjienne. Ces échanges multilatéraux se dérouleront tout au long de 2018.

Aucune annonce financière

Mais "cela ne va pas être une mince affaire, car on s'attendait à beaucoup plus de progrès" à Bonn, souligne David Levai, de l'Institut des relations internationales (Iddri). Il note le "manque cruel de leadership" après la décision de Donald Trump de désengager son pays. Les négociateurs l’affirment. C’est encore et toujours la question du financement des 100 milliards d’euros des pays riches vers les pays en voie de développement pour leur adaptation au changement climatique qui pose problème.

"Des ouragans ont ravagé les Caraïbes, des tempêtes et des inondations ont détruit des milliers d’habitations et d’écoles en Asie du Sud et la sécheresse a affecté des millions de personnes en Afrique de l’Est. (Or) à de rares exceptions près, les pays riches sont venus les mains vides à Bonn", déplore Armelle Lecomte, spécialiste des enjeux climatiques pour l’ONG Oxfam.

Sur ce domaine, comme pour de nombreux autres, la position américaine a été un obstacle alors que Washington a confirmé une nouvelle fois sa sortie de l’Accord de Paris. Cela signifie donc que le pays réaffirme qu'il ne verserait pas les fonds promis par Barack Obama, notamment les deux milliards de dollars destinés au Fonds vert de l'ONU. Un signal très négatif pour le reste des contributeurs. "La position des États-Unis a une influence sur les pays développés et cela a des conséquences sur le positionnement des grands pays en développement. Chacun s'observe", décrypte Seyni Nafo, chef du groupe Afrique.

Rendez-vous à Parie en décembre

C’est un sujet qu’il faudra remettre sur la table lors de la COP24 qui se tiendra en décembre 2018 à  Katowice en Pologne. A moins que la centaine de grands dirigeants invités le 12 décembre à Paris, à l’occasion du One Planet Summit, un sommet climat consacré à la finance verte, ne décide de changer la donne. C’est du moins ce que veut croire Célia Gautier, responsable Climat-énergie à la Fondation pour la nature et l'homme.

Dans l’optique de ce rendez-vous, elle espère que "la France acceptera de passer de l’affichage, des grands discours aux actes concrets, et nous dise comment elle va pouvoir aider les pays en développement à s’adapter aux impacts du changement climatique. Des annonces ont déjà été faites à la COP21 mais sont insuffisantes. Il va falloir doubler l’aide apportée par la France aux pays en développement pour qu’il puisse répondre aux impacts du changement climatique".

Armelle Lecomte, d'Oxfam, appuie : "Le sommet international sur le climat, organisé à Paris le 12 décembre à l’initiative d’Emmanuel Macron, offrira une séance de rattrapage aux pays riches pour dévoiler de nouveaux engagements financiers. A commencer par la France".

Ludovic Dupin avec AFP, @LudovicDupin


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