Publié le 12 décembre 2015

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ENVIRONNEMENT

COP21 : le bilan de tout ce qui compte mais qui n’est pas dans l’accord

Alors que l’Accord de Paris vient d’être adopté, Novethic revient sur tous les engagements pris en dehors du cadre officiel des négociations. Une somme de promesses qui, si elles sont tenues, constituent une avancée majeure pour parvenir à maintenir l'augmentation du réchauffement global sous les + 1,5° C, le nouvel objectif affiché de la communauté internationale. 

Eoliennes lever de soleil Italie Enr énergies renouvelables futur ROBERTO PERI AFP
Photo d'illustration
Roberto Peri / AFP

"Quelle que soit la teneur de l’accord, il y a un tournant, une concrétisation des forces vives autour de cette bataille climatique. Jamais une conférence des Parties (COP) n’avait été accompagnée d’une telle mobilisation des acteurs non étatiques, par un tel foisonnement d’initiatives", affirmait Matthieu Orphelin, le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot samedi. Une analyse formulée quelques heures avant la publication du texte de projet d’accord de Paris. De fait, lors des deux semaines de la COP21, toute une série d'engagements a été prise, dans divers secteurs. Le point sur les plus importants.

 

"Révolution dans les énergies renouvelables"

 

Si les énergies renouvelables ne font pas l’objet d’un article dans le texte (seulement évoquées dans le préambule de la "Décision de la COP"), elles sont pourtant au cœur de nombreux engagements pris par les États et les entreprises, en amont de la COP21, mais surtout pendant.

Plusieurs grands projets ont ainsi été lancés, à l'instar de l’Initiative africaine pour l’énergie renouvelable (AREI) avec l’objectif ambitieux d’installer au moins 300 gigawatts d’ici 2030 sur le continent africain. L’Alliance Internationale pour le solaire lancée en début de COP, conjointement avec 120 pays, va notamment permettre à l’Inde d’être alimentée par 100 GW d'énergie solaire en 2030.

Du côté du secteur privé, l’initiative RE100, visant 100 % d’énergies renouvelables, regroupe désormais 53 entreprises. Parmi les dernières à s’être engagées, Google, mais aussi le groupe BMW, Coca-Cola Enterprises, International Flavors & Fragrances Inc., (IFF), Nordea Bank, Pearson PLC et Swiss Post.

Matthieu Orphelin parle ainsi de "révolution dans les énergies renouvelables".

 

Les entreprises et les investisseurs prennent la mesure du risque climatique

 

 

Le secteur privé qui s’est largement mobilisé pendant cette conférence climatique prend la mesure du risque climatique. Au total, 450 entreprises, rassemblées au sein de Caring for Climate, la plus grande coalition d’entreprises engagées sur le climat, ont défini des objectifs précis pour réduire leur empreinte carbone. Résultat : depuis 2013, l'initiative a permis une baisse des émissions de CO2 de 12 %.

La finance privée a elle aussi fait entendre sa voix  avec plus de 1 000 investisseurs engagés, représentant 30 000 milliards d'actifs. Parallèlement, le mouvement du désinvestissement ne cesse de prendre de l’ampleur avec de nouvelles annonces dévoilées pendant la COP21. Désormais, plus de 500 institutions sont désengagées des énergies fossiles. Celles-ci gèrent au total 3 400 milliards de dollars d’actifs, un montant en hausse de 24% en seulement deux mois.

De fait, les acteurs financiers engagés saluent l'accord de Paris. "Nous accueillons favorablement ce texte parce qu'il engage pour la première fois tous les pays, qu'il fixe un objectif ambitieux avec le seuil de 1,5°C et qu'il est pragmatique grâce au mécanisme de révision des financements et des engagements. C'est un signal envoyé aux investisseurs pour qu'ils débloquent des milliards en faveur de la transition énergétique. Pour les fonds de pensions, il s'agit d'un moment vraiment important", réagit Philippe Desfossés, de l'ERAPF, l'Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique. Celui-ci s'est d'ailleurs engagé à publier, d’ici la fin de l'année, l’empreinte carbone de son portefeuille d’actions cotées et à lancer des initiatives pour réduire significativement cette empreinte carbone à terme.

 

 

Des centaines de territoires engagés pour le climat

 

Outre les entreprises et les investisseurs, les collectivités territoriales ont également tenu à se mobiliser pour montrer leur engagement. Les représentants de près d'un millier de villes du monde entier se sont ainsi réunis le vendredi 4 décembre à Paris pour le Sommet des élus locaux pour le climat et ont soutenu l'ambition de 100 % d’énergies renouvelables dans les villes d’ici à 2050. Ils ont également adopté l'objectif de réduire de 3,7 gigatonnes les émissions annuelles de gaz à effet de serre dans les zones urbaines d’ici à 2030.

"Cela correspond à cinq années de trafic aérien mondial ou un an d'émissions de l'UE" a illustré Anne Hidalgo, la maire de Paris. "Mais cet objectif de 3,7 gigatonnes n’est pas à additionner avec les engagements des Etats, tempère Matthieu Orphelin de la FNH. En revanche, cela va permettre de les accélérer et de les concrétiser. » Par ailleurs, 7 000 régions, provinces ou villes ont aussi pris des engagements pour le climat, 11 villes ou provinces chinoises se sont engagées à atteindre leur pic d’émissions en 2020 et 18 villes américaines ont annoncé leur neutralité carbone en 2050, liste la Fondation Nicolas Hulot.

Une mobilisation de terrain essentielle à la réussite de l'accord, souligne Renand Dantec, porte-parole climat de Cités et Gouvernements Locaux Unis (CGLU): "sans l'action concrète des villes, des régions, des entreprises ou des associations, nous n'avons aucune chance de stabiliser la montée des températures sous les 1,5°C". Celles-ci ont d'ailleurs leur place dans l'accord: "nous nous félicitons de la présence de chapitres très opérationnels pour renforcer l'action sans tarder, par exemple pour la période 2015-2020, avec des dispositifs d'expertise et d'échange auxquels nous collaborons activement." Mais aussi dans l'Agenda des Solutions (ou LPAA), qui regroupe l'engagement des acteurs non étatiques et qui devrait être renforcé dans le futur.

 

Financements climat en hausse

 

Autre avancée non mentionnée dans le projet d'accord, les financements des Etats pour le climat et notamment pour l'addaptation, qui en est le parent pauvre. Les annonces se sont multipliées tout au long de la COP21. Les Etats-Unis, par exemple, ont annoncé qu’ils allaient doubler leur financement à l’adaptation au changement climatique, passant ainsi de 400 millions de dollars annuels à 800 millions d’ici à 2020, sous la forme de dons.

La France a également précisé que 2 milliards d’euros seraient consacrés au développement des énergies renouvelables en Afrique d’ici 2020. Lors de son discours de clôture de la COP21, François Hollande s'est également engagé à réviser la contribution financière de la France notamment pour les pays les plus vulnérables et pour l’adaptation.

"Aujourd’hui, on pourrait être au mieux à 85, 86 milliards de dollars en 2020, précise Matthieu Orphelin. On n’est donc plus très loin des 100 milliards, mais on ne sait pas dans quelle mesure ces engagements pourront y être inclus". Cette question des financements a lourdement pesé sur les négociations, les pays du Sud remettant en cause la comptabilisation mise en place par les pays du Nord, rajoutant aux crispations.

 

La mobilisation citoyenne fait pression

 

Enfin, autres acteurs non-étatiques à s’être largement mobilisés pour cette COP21, les citoyens et les ONG. Avant le lancement des négociations, plus de 780 000 personnes ont participé aux 2 300 marches pour le climat à travers le monde. Samedi 12 décembre, des milliers d’autres ont défilé au Champ de Mars, à Paris, pour une manifestation finalement autorisée. Et la pétition "Osons", à l’attention des chefs d’Etats et lancée par Nicolas Hulot, a déjà recueilli plus de 660 000 signatures en deux mois seulement.

Une société civile qui arrive à faire pression. En France, suite à un travail intense des ONG, le gouvernement a finalement confirmé la suppression immédiate des soutiens à l’export pour les centrales à charbon ne disposant pas de système de capture et stockage de CO2. Une promesse formulée par le chef de l’État en novembre 2014 mais qui restait à concrétiser. Toujours après une forte mobilisation des ONG, les trois principales banques françaises se sont retirées du projet pharaonique du bassin de Galilée en Australie. Et aux Etats-Unis, Barack Obama a annoncé le rejet du projet d’oléoduc Keystone XL, qui devait relier le Canada au Golfe du Mexique, après une très forte mobilisation des opposants au projet.

 

Une mobilisation multi-acteurs soulignée par le chef de l’Etat, François Hollande, lors du dernier Comité de Paris samedi midi.

 

 

Concepcion Alvarez
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