Publié le 31 octobre 2017

ENVIRONNEMENT

COP23 : L’ONU dénonce un écart "catastrophique" entre les engagements sur le climat et l'objectif de 2°C

À lire le dernier rapport des Nations unies, on est loin de l’enthousiasme de la COP21. Deux ans plus tard, à la veille de la COP23 en Allemagne, les engagements des pays à réduire leurs émissions sont très largement insuffisants pour limiter le réchauffement à 2°C. Cela devrait conduire à une multiplication des événements climatiques extrêmes.

Centrale au charbon supercritique de Eemshaven au Pays-Bas
RWE

L'écart est "catastrophique" entre les promesses nationales de limitation des émissions de gaz à effet de serre et les réductions qu'il faudrait opérer pour maintenir le réchauffement en dessous de 2°C, a prévenu mardi le responsable environnement de l'ONU, à six jours de la COP23.

"Les engagements actuels des États couvrent à peine un tiers des réductions d'émissions nécessaires, creusant un écart dangereux" annonciateur de grands dérèglements (canicules, inondations, super-ouragans…), souligne Erik Solheim, directeur du Programme des Nations unies pour l'Environnement (PNUE), qui publie son rapport annuel sur l'action climatique mondiale : "Gouvernements, secteur privé, société civile doivent combler cet écart catastrophique".

Pour lui, "un an après l'entrée en vigueur de l'accord climat de Paris, nous sommes loin de faire ce qu'il faudrait pour préserver des centaines de millions de personnes d'une vie de misère". "L'accord de Paris a boosté l'action climatique, mais cette dynamique clairement s'essouffle", estime le ministre costaricain Edgar Gutierrez Espeleta, président pour 2017 de l'Assemblée des Nations unies pour l'environnement.

Une trajectoire 3°C

Selon le rapport du PNUE, synthèse des dernières études scientifiques, il faut à la fois "urgemment accélérer les actions à court terme et renforcer l'ambition à long terme". "Tous les pays" sont concernés, notamment du G20 (3/4 des émissions). La révision des engagements nationaux, prévue en 2020 par l'Accord de Paris, sera "la dernière occasion" de trouver la bonne trajectoire pour 2030. Sinon, "il est extrêmement improbable" que le monde reste sous 2°C et a fortiori 1,5°C de réchauffement par rapport à la révolution industrielle, ajoute le bilan, publié avant l'ouverture lundi à Bonn de la 23e conférence de l'ONU sur les changements climatiques.

Les engagements de réduction d'émissions à horizon 2025 ou 2030 présentés volontairement par les États à la COP21 fin 2015, devraient faire monter le mercure de plus de 3°C d'ici 2100. Pour rester sous 2°C, il faudrait émettre au maximum 41,8 gigatonnes (Gt) équivalent CO2 en 2030, contre 51,9 Gt en 2016. Or, si les pays s'en tenaient à leurs engagements présents, sans les renforcer, ils produiraient encore 52,8 Gt en 2030.

Depuis 2014 les émissions de CO2 issues des énergies fossiles se sont stabilisées, notamment grâce au moindre recours de la Chine au charbon. Mais il faudrait les réduire nettement, alors que la concentration dans l'atmosphère de ce gaz persistant n'a jamais été aussi élevée. Les émissions de méthane, gaz encore plus réchauffant, ne cessent en outre de croître.

Rénovation des bâtiments, reboisement, énergies renouvelables, transports économes… Le PNUE liste les actions possibles et nécessaires, qui pourraient, selon lui, épargner plus de 30 GtCO2e par an d'ici 2030. Mais il concède de nombreuses incertitudes (technologiques, capacité/volonté des États…).

6 683 centrales à charbon dans le monde

La fermeture progressive des centrales à charbon s'impose, note aussi le PNUE, qui en recense encore 6 683 (et bien d'autres en projet). Au monde des affaires également d'agir : les 100 sociétés cotées les plus polluantes représentent un quart des émissions, rappelle le rapport. Mais rien ne prouve encore que la dynamique des acteurs non-étatiques (entreprises, collectivités…) pourra compenser le retard, ajoute-t-il.

"Le PNUE fait de son mieux pour tenter de garder une vision optimiste, alors que l'avenir est lugubre", commente le climatologue Glen Peters, interrogé par l'AFP. "C'est le 8e rapport et chaque année la conclusion est la même : il faut agir urgemment, des moyens accessibles sont à disposition".

Mais dans le détail, le texte est plutôt sombre" cette année. Car chaque action "est à la limite de la faisabilité" aujourd'hui, souligne l'expert du centre de recherche Cicero (Oslo).

"Et si l'une d'elles échoue, nous ne pourrons combler l'écart de 2030". "C'est un bon contrepoids à l'excès d'optimisme généré par la stabilisation des émissions de CO2", estime le chercheur Oliver Geden (Institut allemand des affaires internationales, SWP), un des auteurs.

La Rédaction avec AFP


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

Xi jinping onu 2020 Brian Smith Sputnik via AFP

Nucléaire, solaire, éolien... : Comment la Chine veut atteindre la neutralité carbone en 2060

L'annonce a fait l'effet d'une bombe et remis l'Accord de Paris sur les rails. En septembre, lors de l'Assemblée générale des Nations, le président chinois Xi Jinping s'engageait à atteindre la neutralité carbone en 2060. Selon plusieurs experts, cette mesure est réaliste bien qu'elle implique des...

GAFAM CLIMAT

[Élection US] Aux premières loges de la crise climatique dans la Silicon Valley, les GAFAM misent désormais sur le climat

Ravagée par les incendies depuis plusieurs années déjà, en Californie, la Silicon Valley, siège des géants du numérique, commence à prendre la mesure du changement climatique. Face à l’inertie présidentielle et poussés par les ONG et leurs salariés, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon,...

Julien Vidal Visuel podcast SITE

Podcast #LesEngagés : rencontre avec Julien Vidal, ambassadeur du changement

Aujourd'hui, le podcast #LesEngagés part à la rencontre de Julien Vidal, l'auteur du best-seller "Ça commence par moi". Le trentenaire a changé de voie et décidé d'entamer sa propre transition écologique qu'il partage via différents médias. Il n'hésite pas à multiplier les projets pour sauver la...

La timide feuille de route du gouvernement pour réduire l'empreinte environnementale du numérique

Ces derniers mois, les rapports dénonçant l'empreinte écologique du numérique se sont multipliés, sur fond de polémique autour de la 5G et du renouvellement des téléphones. Le gouvernement a rétorqué avec une feuille de route qui s'attaque à la durée de vie des terminaux, à la consommation des...