Publié le 21 août 2015

ENVIRONNEMENT

COP 21 : François Hollande met la transition énergétique au menu de sa rentrée politique

À 100 jours de la Conférence mondiale sur le climat qui se tiendra à Paris fin novembre, le président de la République met le cap sur les énergies renouvelables. Et insiste sur l’importance d’un accord international sur le climat. Un nouvel élan qu'il a voulu lancer le 20 août lors de sa visite du site de l’Ines (Institut national de l’énergie solaire), au Bourget du Lac en Savoie. Le chef de l'État poursuit aussi un but politique. Décryptage.

François Hollande et Ségolène Royal visitent l'Ines au Bourget du Lac, le 20 août 2015.
JEAN-PIERRE CLATOT AFP

La transition énergétique est en marche. C’est le message qu’ont voulu porter hier le président de la République et la ministre de l’Écologie, en visite au Bourget du Lac, sur le site de l’Institut national de l’énergie solaire. Un déplacement au cours duquel ils ont annoncé le doublement de la puissance autorisée pour l’appel d’offres destiné à développer les installations photovoltaïques au sol ou sur toiture de grande taille, c'est-à-dire plus de 250 kWc (kilowatts-crête). Objectif : "accélérer le développement de projets photovoltaïques compétitifs et respectueux de l’environnement".

"Nous avons fait le choix de garder un certain niveau de production nucléaire, qui doit à terme diminuer pour que les énergies renouvelables prennent toute leur place. (…) L’enjeu est la montée des énergies renouvelables pour que, quand le prix du pétrole fluctuera - il continuera à fluctuer - nous puissions avoir des énergies disponibles", a ainsi annoncé François Hollande, selon les propos rapportés par l'agence AEF Développement durable.

 

Paris à la traîne sur l'énergie solaire

 

À l’origine, l’appel d’offres portait sur une capacité de 400 MW (mégawatts) mais les offres déposées le 1er juin dernier ont fait apparaître "une très forte souscription pour les lots de centrales au sol - près de 2 000 MW ont été déposés, pour 200 MW de puissance appelée - et des prix très bas proposés par les candidats. Pour la première fois, ces prix sont comparables aux prix d’achat de l’électricité éolienne", précise le ministère de l’Écologie dans un communiqué. 40 à 60 projets (annoncés dans les "prochaines semaines") devraient ainsi être sélectionnés pour pouvoir assurer cette nouvelle puissance de 800 MW (400 MW X2). Conditions requises pour ces projets : ne pas consommer de terres agricoles. À l’inverse, les réhabilitations de sites pollués, dégradés ou déjà artificialisés sont fortement valorisées, souligne le ministère.

Il ne s'agit pas d'un luxe. La France est en retard sur l’énergie solaire. Et en difficulté. "Cette annonce répond aux attentes des professionnels", salue ainsi le SER (Syndicat des Énergies Renouvelables), qui avait demandé une réévaluation du volume de l’appel d’offres.

"Pour la filière photovoltaïque, aujourd’hui en proie à de graves difficultés, faute d’un marché intérieur suffisant, cette annonce (…) redonne des perspectives de marché à l’ensemble des acteurs. Nous attendons désormais une programmation pluriannuelle de l’énergie ambitieuse pour cette filière en pleine croissance dans le monde, et dont la baisse des coûts de production est véritablement spectaculaire", précisent Jean-Louis Bal, président du SER, et Arnaud MINE, président de sa branche solaire, le SER-SOLER.

 

Favoriser la transition énergétique dans les pays émergents

 

Le calendrier de l’annonce ne doit pas grand-chose au hasard. Celle-ci intervient quelques jours seulement après la promulgation de la Loi sur la transition énergétique et le jour de rentrée de l’université d’été des Écologistes (EELV), dont le président espère toujours séduire l’électorat en vue de la prochaine élection présidentielle.

Elle n’est pas non plus décorrélée d’une échéance plus lointaine mais néanmoins capitale : celle de la tenue de la Conférence mondiale sur le climat, la COP 21, qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre. Et dont le dernier round de négociations préliminaires va se tenir dans les prochains jours (31 août), à Bonn, en Allemagne.

"S’il y a un accord sur le climat [à Paris en décembre, NDLR] - et même s’il n’y en a pas, ce qui serait une catastrophe - l’enjeu c’est d’être capable de proposer des solutions à beaucoup de pays qui vont s’engager dans la transition énergétique", a ainsi assuré le président de la République.

"S'il y a un accord sur le climat, ça ne sera pas simplement un accord sur des règles, sur des mécanismes, ce sera aussi un accord sur des financements, car beaucoup de pays émergents ou vulnérables ont demandé, à juste raison, que leur transition énergétique puisse être accompagnée financièrement", a-t-il encore souligné.

En ligne de mire notamment les pays africains, parmi les plus pauvres mais aussi les plus vulnérables au changement climatique des Parties qui négocient l’accord. Ceux-ci ont d’ailleurs suscité toute l’attention de Ségolène Royal, qui a effectué début août une tournée africaine en Afrique sur le thème du climat en tant qu’ "émissaire du Président de la République dans le cadre de la préparation de la conférence climatique".

Béatrice Héraud
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