Publié le 09 décembre 2014

ENVIRONNEMENT

Climat : pourquoi il est urgent d’accélérer la lutte contre les émissions de méthane

Les négociations internationales sur le climat ne font pas de différence entre les divers gaz à effet de serre dans les objectifs de réduction à atteindre. Il est pourtant urgent de fixer un objectif spécifique des émissions de méthane. Les climatologues viennent de revoir à la hausse leur estimation du pouvoir de réchauffement de ce gaz. L’enjeu : toute baisse des émissions de méthane produit des effets positifs à court terme.

Aux Philippines, dispositif de récupération du méthane dans une décharge près de Manille.
© Ted Aljibe / AFP

La 26e réunion des parties au protocole de Montréal, organisée en novembre à Paris, est venue le rappeler: le dioxyde de carbone (CO2) n’est pas le seul gaz à effet de serre (GES). 

Parmi les autres principaux coupables: le méthane (CH4). Un tiers environ des émissions de ce gaz émanent de sources naturelles (zones marécageuses, océans…). Mais les activités humaines sont responsables des deux autres tiers, via plusieurs grands secteurs: l’agriculture (culture du riz) et l’élevage de ruminants; l’énergie (fuites au niveau des puits de production et des réseaux de transport de méthane, grisou des mines de charbon); et les décharges d’ordures.

Et pourtant. "Il n’y a aujourd’hui aucune prise de conscience du poids du méthane dans le changement climatique", regrette l’ingénieur et économiste Benjamin Dessus, président de l’association de protection de l’environnement Global Chance. Trois arguments ont pourtant de quoi inciter à prendre davantage en compte le méthane dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.

 

Le 2e gaz à effet de serre le plus dangereux après le CO2

 

Tout d’abord, les scientifiques ont récemment revu à la hausse leur évaluation du Potentiel de réchauffement global (PRG) de ce gaz. À l’époque du protocole de Kyoto (en 1997), les climatologues estimaient que chaque molécule de méthane rejetée dans l’atmosphère avait un pouvoir de réchauffement 21 fois supérieur à celui du CO2 à un horizon de 100 ans. Comme l’indique le dernier rapport du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), dont la synthèse a récemment été finalisée, le méthane serait en réalité encore plus nocif pour le climat. Son potentiel de réchauffement est dorénavant estimé à 28.

Ensuite, non seulement le méthane a un fort effet de serre, mais, en plus, il contribue à la production de vapeur d’eau et d’ozone qui provoquent eux-mêmes un effet de serre. Résultat: selon le dernier rapport du GIEC, le méthane serait responsable de 32% de la hausse de l’effet de serre observé depuis 1750. C’est donc le deuxième gaz le plus dangereux en la matière après le CO2 (56%).

 

Des mesures simples pour des effets positifs rapides

 

Troisième argument en sa faveur: lutter contre les émissions de méthane produit des effets particulièrement rapides. C’est parce que sa durée de vie dans l’atmosphère est courte que le Potentiel de réchauffement du méthane n’est "que" de 28 à 100 ans. Si l’on prend un horizon de 40 ans, son PRG atteint 47 ! Autrement dit, éviter l’émission d’une molécule de méthane a un effet bien plus positif sur le climat d’ici 25 ans qu’éviter le rejet d’une molécule de CO2. Une donnée à prendre en compte quand l’on sait qu’il est crucial de limiter la hausse des températures dans les toutes prochaines décennies pour éviter le risque d’un emballement incontrôlable du réchauffement.

Quelles sont alors les actions possibles ? "Agir dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage s’avère compliqué", souligne Benjamin Dessus. Cela suppose en effet d’agir sur le comportement des gens pour qu’ils réduisent leur consommation de viande. A court terme, il est donc plus facile de couvrir les décharges pour en récupérer le méthane. Dans l’énergie, il est également difficile d’agir au niveau des réseaux gaziers compte tenu de leur longueur. Mais il reste possible de réduire les fuites au niveau des puits de production et des mines de charbon. Selon l’économiste, "il existe des mesures simples à prendre et qui, en plus, ne coûtent pas cher".

L’enjeu est de taille. Benjamin Dessus assure que la production d’électricité émet deux fois moins de CO2 à partir de gaz que de charbon. Mais il suffit de quelques fuites le long de la chaîne gazière avant l’arrivée à la centrale électrique pour que le bilan du gaz devienne aussi mauvais que celui du charbon. D’où la crainte, aux Etats-Unis, que le bilan CO2 des centrales au gaz de schiste soit pire que celui des centrales au charbon.

 

Une mobilisation pour lutter contre les gaz de courte durée de vie

 

Pour Benjamin Dessus, il faudrait donc "fixer des objectifs quantitatifs ambitieux en matière de méthane dans les négociations internationales". Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Les objectifs sont fixés en équivalent CO2 pour l’ensemble des gaz à effet de serre, sans distinguo.

Il existe cependant des initiatives plus circonscrites de lutte contre les émissions de méthane. La Coalition pour le climat et l’air pur, par exemple, vise à lutter contre les GES de courte durée de vie. Cette Coalition, dont le secrétariat est hébergé par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), à Paris, a été rejointe par plusieurs groupes pétroliers dont, au mois de novembre, le français Total.

"Cela dit, à long terme, c’est bien sur le CO2 qu’il faudra agir", assure le climatologue Jean Jouzel. La réduction des rejets de méthane permet effectivement de gagner du temps dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais il souligne qu’à longue échéance, c’est le dioxyde de carbone qui gouverne le niveau de stabilisation des températures sur la planète.

Carole Lanzi
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