Publié le 30 juin 2022

ENVIRONNEMENT

Le Haut conseil pour le climat appelle à un "sursaut" de la France

C'est un appel à un "sursaut" qu'a lancé le Haut Conseil pour le climat dans un nouveau rapport publié le 29 juin. L'instance pointe un "risque majeur" de ne pas atteindre les objectifs climatiques renforcés pour 2030. Un message fort qui intervient au moment où la ministre de la Transition écologique, Amélie de Montchalin, qui n'a pas passé l'étape cruciale des législatives, devrait être remplacée lors d'un remaniement annoncé dans les prochains jours.

Haut conseil pour le climat JULIEN DE ROSA AFP
La Première ministre chargée de la planification écologique, Elisabeth Borne, a reçu le rapport du Haut Conseil pour le climat le 29 juin.
Julien de Rosa / AFP

Depuis sa création, il y a quatre ans, le Haut Conseil pour le Climat souligne année la réponse "insuffisante" de l'État face au réchauffement climatique. Ce dernier fait sentir ses impacts grandissants en France avec une multiplication des canicules, sécheresses ou pluies extrêmes. "Bravo pour ce qui a été fait jusqu'à maintenant. Maintenant il faut vraiment changer de niveau, il faut un sursaut dans l'action climatique", résume pour l'AFP sa présidente, la climatologue Corinne Le Quéré. Un sursaut nécessaire parce que "des risques majeurs de ne pas atteindre les objectifs fixés par la France pour la réduction des gaz à effet de serre persistent", souligne le texte. Et "d’autant plus important" dans le contexte de guerre en Ukraine qu’il "permettrait de réduire la forte dépendance de la France aux importations d’énergies fossiles et d’engrais minéraux". 

La France s'est engagée à réduire ses émissions de 40% d'ici à 2030 par rapport à 1990. Dans cette optique, la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) fixe des plafonds d'émissions mais le premier "budget carbone" 2015-2018 a été dépassé. Et le gouvernement a remonté les plafonds pour 2019-2023, reportant de fait l'effort à accomplir. Dans ce contexte, sur la période 2019-2021, malgré un "rebond partiel" en 2021 avec la reprise post-Covid, une baisse de 1,7% permet de rester sous le budget carbone prévu, mais "principalement" en raison de la pandémie et du relèvement des plafonds, fait remarquer le HCC.

Doubler la baisse des émissions

Sur la dernière décennie 2010-2019, les émissions ont diminué de 1,9% par an en moyenne, conduisant à une baisse de 23,1% en 2021 par rapport à 1990. Une trajectoire de réduction "modeste", et inférieure à la moyenne européenne, note le HCC. Et encore loin de l'objectif de 2030 qui va être renforcé par le nouveau plan climat de l'UE prévoyant une baisse des émissions européennes d'au moins 55%. Le nouvel objectif de la France devrait ainsi être de -50% d'ici 2030, selon le HCC et le gouvernement.

Alors "il faudrait que la baisse d'émissions soit plus que doublée sur la période qui nous reste jusqu'à 2030 pour atteindre 4,7% de réduction d'émissions par année", insiste Corinne LeQuéré. Soit une diminution de 16 millions de tonnes équivalent CO2 par an en moyenne contre 8 millions par an sur la dernière décennie. "Une marche haute", reconnaît-t-on à Matignon en promettant de nouvelles mesures. "On aura mis sur la table d'ici le mois de septembre l'ensemble des briques nouvelles qui permettront d'atteindre cet l'objectif 2030 et cela fera l'objet de concertations".

Des critiques en interne 

"Plus que jamais, la sobriété apparaît comme le grand défi des années à venir", a réagi l'ONG France Nature Environnement, dénonçant le "tableau sombre" dressé par le HCC. Au delà des critiques, le Haut Conseil se félicite que la Première ministre soit désormais directement chargée de la planification écologique, et recommande notamment, pour rendre cette planification "opérationnelle", une programmation pluriannuelle des financements climat.

Si l’appel à un sursaut du HCC n’avait jamais été lancé depuis sa création, en interne, les conclusions de ce nouveau rapport ne font pas l'unanimité auprès de ses membres. Le Monde, qui a enquêté sur le sujet, rapporte que plusieurs d’entre eux les jugent "trop complaisantes".  "Sur fond d’un déficit chronique de moyens et d’une désorganisation du travail, une partie des treize membres s’est émue, au cours des dernières semaines, de sujets "écartés ou édulcorés" dans le document", écrit le journal. 

La rédaction avec AFP


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