Publié le 15 février 2022

ENVIRONNEMENT

"C’est démoralisant", "je suis devenue fataliste"… face à l'inaction des États, ces citoyens qui abandonnent les éco-gestes

Face à l’urgence climatique, les "éco-gestes" ne suffisent plus, martèlent les ONG, les personnalités publiques et politiques écologistes. Ils appellent à des mesures politiques fortes et des changements de modèles économiques globaux. En attendant un potentiel grand soir, cette opposition entre les actions individuelles et collectives désespère des citoyens de poursuivre leurs changements de vie vers plus de sobriété.

Compost ok
"Apporter mon petit tas d'épluchures toutes les semaines m'a paru quasi grotesque"
@CCO

Les changements de comportements individuels pèseraient peu face à l’urgence climatique. De grandes voix de l’écologie en France, dont Yannick Jadot, avancent ainsi que les actions individuelles sont responsables de 25% des émissions contre 75% pour les collectives.

Ce discours a convaincu de nombreux Français qui, selon une étude Ipsos, estiment à 50% que pour faire face au réchauffement climatique il faut en premier lieu changer de système économique, à l'image de Gaëlle qui a décidé d’arrêter certains petits gestes dont les effets lui semblent aujourd’hui anecdotiques. "C’est démoralisant de constamment faire attention à l'eau et l'électricité, à ses déchets quant on sait que les consommations des particuliers en eau potable, électricité et déchets de ménage représentent une part infime de celles de l'industrie", explique l'habitante d'une petite ville du Sud de la France.

Celle qui se définit comme "low-tech, décroissante depuis 20 ans, célibataire et végan" se mobilisait pour composter ses déchets, mais "apporter mon petit tas d'épluchures toutes les semaines m'a paru quasi grotesque". Elle reconnaît avoir perdu confiance dans l’action politique avec des décisions "stupéfiantes comme celle de classer le nucléaire et le gaz en énergies "vertes" ou encore les reculs sur le glyphosate ou la pêche".

"Je suis devenue fataliste"

Même désillusion d’Anna qui a également décidé de moins "faire sa part". Pourtant quatre ans plus tôt, elle avait fait le choix de ne plus manger de viande, d'acheter en circuits courts, majoritairement des produits bios, de ne plus acheter de neuf. "J’étais aussi devenue minimaliste : j'attendais toujours avant d'acheter quelque chose ou encore j’avais abandonné la voiture", confie-t-elle. À force de lectures, elle réalise toutefois que les effets de ces gestes sont minimes et "ils ne changent globalement rien. Je me suis fait une raison", assume-t-elle avant de décider de rétropédaler.

"Maintenant j'aime toujours manger végétarien quand je le peux mais ce n'est absolument pas une priorité. J'ai une voiture, que j'utilise peu mais que j'utilise quand même. Quand j'ai besoin de quelque chose, j'hésite beaucoup moins avant de l'acheter", reconnaît celle qui se dit ainsi "plus heureuse. Peut-être que certains diront que je suis retombée dans le déni. Mais je crois plutôt que je suis devenue fataliste", avance-t-elle. 

"On ne peut pas reprocher aux citoyens de se désengager"

"On ne peut pas reprocher aux citoyens de se désengager", indique César Dugast, co-responsable du pôle Neutralité chez Carbone 4 et coauteur du rapport "Faire sa part". Ce rapport avait évalué que 25% des baisses d'émissions de gaz à effet de serre pourraient être réalisées grâce à des comportements individuels, contre 75% pour des actions collectives. C'est ce rapport qui est souvent cité par les personnalités publiques et politiques.

Mais l'auteur tempère la désaffection pour les éco-gestes. Si le but initial de l'étude publiée en 2019 était de "déconstruire le discours de certaines structures qui voulaient sur-responsabiliser l'individu", la conclusion est aussi que "si l'on prend en compte l'ensemble des actions individuelles y compris les investissements plus conséquents, comme un changement de voiture par exemple, la baisse des émissions est plutôt de l'ordre de 45% en moyenne", souligne le chercheur. Les éco-gestes ne sont donc pas suffisants, mais "que ce soit 25% ou 45%, le constat est que de simples choix de consommation peuvent avoir des effets considérables", indique l'expert. Encore faut-il en convaincre les citoyens. 

Mathilde Golla @Mathgolla


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