"A23a". Son nom ne vous dit peut-être rien, mais il s’agit de l'un des plus grands icebergs au monde : 4 000 km2 pour un poids d’un milliard de tonnes. Bloqué depuis près de 30 ans dans la mer de Weddell, en Antarctique, ce mastodonte s’est mis en mouvement et pourrait rejoindre l’Atlantique Sud, entravant les routes commerciales et faisant peser un risque sur la faune.

Trente-huit fois plus grand que Paris et deux fois plus que New YOrk. L’"A23a" est l’un des plus grands icebergs du monde, avec une superficie de 4 000 km2 et une hauteur de 400 mètres. Il est devenu en l’espace de quelques jours l’objet de toutes les inquiétudes car il est de nouveau en mouvement et se dirigerait vers l’océan Austral. Une première depuis plus de 30 ans.
En 1986, cet iceberg, qui hébergeait autrefois une station de recherche soviétique, s’est détaché de la plate-forme de glace Filchner-Ronne en Antarctique occidentale. Il s’était finalement échoué en mer Weddell pour devenir une énorme île de glace. Mais en août 2022, son ancrage au sol s’est brisé, et ce mastodonte s’est mis à dériver.


Un risque pour le trafic maritime et la faune


"Il est rare de voir un iceberg de cette taille dériver", précise le glaciologue Oliver Marsh, au British Antarctic Survey. "Au fil du temps, il s’est probablement légèrement aminci et a acquis ce petit supplément de flottabilité qui a lui a permis de se soulever du fond de l’océan et d’être poussé par les courants océaniques", ajoute-t-il. "A23a" se déplace même à grande vitesse, poussé par les vents forts et les courants marins, comme le montrent les images satellites. Et une fois pris dans le courant antarctique, il devrait se diriger vers l’océan Austral via le "couloir des icebergs", une route déjà très empruntée par de nombreux icebergs.
Les scientifiques vont suivre de très près sa trajectoire, car elle n’est pas sans risque. "Un iceberg de cette envergure a le potentiel de survivre assez longtemps dans l’océan Austral, même s’il fait chaud, et il pourrait se diriger plus au nord vers l’Afrique du Sud où il pourrait perturber la navigation", alerte Oliver Marsh.


La deuxième possibilité, selon les scientifiques, serait que cet iceberg vienne s’échouer sur l’île de Géorgie du Sud, faisant courir un danger pour la faune locale. Car l’A23a pourrait couper la route à des millions de phoques, de manchots ou d’oiseaux venus pour se reproduire ou se nourrir.
Bien que naturelle, la formation des icebergs est aujourd’hui accélérée par le changement climatique. D’ailleurs, l’Antarctique se réchauffe à un rythme deux fois plus élevé que le reste du monde, selon une étude publiée à la rentrée dans Nature Climate Change. Et cette réévaluation à la hausse du réchauffement de ce continent glacé laisse craindre une montée du niveau des mers plus importante que prévue.
Blandine Garot

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