Publié le 05 août 2020

ENVIRONNEMENT

[Vive la biodiversité] La nature, socle de l’économie

Coûteuse la protection de la nature ? Peut-être. Mais sa destruction causerait une perte inestimable, même d’un point de vue strictement économique. 40 % de notre économie repose sur les services fournis par la nature. La sauvegarder est donc une nécessité pour les entreprises. Mieux, en lui donnant une place prioritaire dans leur modèle économique, elles pourraient y gagner selon le forum de Davos. Toute la semaine, Novethic se penche sur les bienfaits d’une biodiversité pourtant en déclin et qu’il est vital de préserver. 

Biodiversite economie bord iStock BsWei
40% de notre économie repose sur les services gratuits rendus par la nature
@BsWei

Un monde sans arbres, sans abeilles et sans poissons… C’est triste et invivable. Personne n’y a intérêt, pas même les entreprises. Prenons le cas des médicaments : plus de 70 % des anticancéreux sont issus de plantes ou de produits synthétiques inspirés de la nature. Quant au tourisme, l’un des secteurs économiques les plus importants, il dépend lui aussi des espaces sauvages et de la beauté des paysages. À eux seuls, les récifs coralliens - en grand danger - lui rapportent 36 milliards de dollars par an. Et 75 % de ce que nous cultivons pour nous nourrir dépend de la pollinisation, elle aussi en déclin.

La biodiversité, source de matières premières et d'inspiration

Au total, plus de 40 % de notre économie dépend des services écosystémiques (photosynthèse, matières premières, qualité de l’air…) rendus par la nature. L’OCDE estime la valeur économique des services écosystémiques entre 125 et 140 000 milliards de dollars par an, soit presque le double du PIB mondial (1). Pour Anne Larigauderie, secrétaire de l’IPBES, l’équivalent du GIEC pour la Biodiversité, "les entreprises doivent s’en soucier à trois titres : compétitivité (pour leurs matières premières), réputation (auprès des consommateurs), éthique (comme acteurs responsables d’une partie du déclin de la biodiversité)".

Il faut aussi en rajouter un autre : l’inspiration, soulignent Kering ou LVMH. C’est vrai pour le secteur de la mode, de l’architecture ou de l’art mais aussi bien d’autres secteurs qui s’inspirent de la nature pour innover, ce que l’on appelle le biomimétisme. Parmi les cas les plus connus : le velcro qui imite la bardane ou les turboréacteurs inspirés de la coquille du nautile.

10 000 milliards de dollars d'opportunités

Donner la priorité à la nature est d’ailleurs "bon pour la résilience économique et commerciale des entreprises", selon le Forum mondial économique de Davos. Trois secteurs sont particulièrement concernés : l’agriculture, la construction et l’industrie extractive. Les opportunités se chiffreraient à plus de 10 000 milliards de dollars par an avec, à la clé, la création de 395 millions d’emplois d’ici 2030, évalue-t-il dans un rapport publié mi-juillet (2).

Au Vietnam, le revenu des habitants des communautés côtières a ainsi été multiplié par plus de deux grâce à la restauration de mangroves essentielles. Et selon les calculs des auteurs du rapport, l’amélioration de la récupération des ressources dans le secteur extractif pourrait à la fois permettre de réduire la consommation d'eau de 75 % et économiser 225 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie.

La relance post Covid-19 doit ainsi être prise comme une "opportunité historique pour amorcer la transition de notre modèle vers une meilleure prise en compte de l'environnement et de la biodiversité", affirme la Mission Économie de la Biodiversité (MEB) de la Caisse des Dépôts. Parmi les pistes : l’intégration du capital naturel dans la comptabilité publique et nationale, le conditionnement des aides d’État à la protection de la nature ou encore la suppression des subventions qui lui sont nocives.

Il y a urgence : la perte de biodiversité s’accélère et "les coûts de l'inaction sont élevés", assure l’OCDE. Entre 1997 et 2011, le monde a perdu entre 4 000 et 20 000 milliards de dollars par an de services écosystémiques en raison du changement d’affectation des sols et de 6 000 à 11 000 milliards par an du fait de leur dégradation.

Béatrice Héraud, @beatriceheraud 

(1)  Voir le rapport de l’OCDE Biodiversity: Finance and the Economic and Business Case for Action paru en 2019 et destiné à la présidence française du G7.

(2) Le rapport The future of Nature and business est consultable ici


© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

LVMH : "nous n’avons pas de modèle économique sans la biodiversité"

Cette semaine, le groupe d’experts internationaux de l’IPBES pour la biodiversité se réunit à Paris pour adopter un rapport très attendu sur l’état du vivant dans le monde. Comme pour le climat, les entreprises sont appelées à lutter contre la dégradation de la biodiversité. Plusieurs...

Les entreprises et les institutions publiques s'allient pour mieux protéger la biodiversité

2020 sera l’année de la biodiversité avec un agenda international chargé en la matière. Pour unir les forces des entreprises et des institutions publiques, deux initiatives viennent de fusionner : "Act4Nature" lancée par EpE et "Entreprises engagées pour la Nature" lancée par l'Office...

Pas de relance économique sans prise en compte de la biodiversité

Alors que la pandémie de Covid-19 bouscule l’agenda politique de la biodiversité, les entreprises ne doivent pas attendre pour agir, estime la coalition internationale Business for Nature. Dans une lettre, celle-ci enjoint les patrons à prendre en compte la nature dans leur plan de relance...

[Vive la biodiversité] La nature, socle de l’économie

Coûteuse la protection de la nature ? Peut-être. Mais sa destruction causerait une perte inestimable, même d’un point de vue strictement économique. 40 % de notre économie repose sur les services fournis par la nature. La sauvegarder est donc une nécessité pour les entreprises. Mieux, en...

ENVIRONNEMENT

Biodiversité

Préserver la diversité des écosystèmes est indispensable pour gérer durablement les ressources de la planète. Quelles doivent être les conditions d’utilisation de ces ressources ? Peut-on breveter des plantes et pour quels usages ? Autant de questions posées au secteur cosmétique et pharmaceutique.

OPS biodiv 110121 capture d ecran

One Planet Summit : 50 États sont désormais engagés à préserver 30 % de la planète d’ici 2030

La France organisait lundi 11 janvier un One Planet Summit consacré à la biodiversité. Elle a ainsi donné le coup d'envoi d'une année qui s'annonce décisive avec la tenue au second semestre de la COP15 sur la diversité biologique en Chine. Celle-ci doit aboutir à un nouvel accord mondial. L'un des...

Castor office francais de la biodiversite

One Planet Summit : la Caisse des Dépôts lance un grand plan en faveur de la biodiversité

L’un des plus grands investisseurs institutionnels français, la Caisse des Dépôts, veut montrer l’exemple en matière de protection de la biodiversité. À l’occasion du One Planet Summit du 11 janvier 2021, le groupe a annoncé un vaste plan d’action portant sur ses activités et celles des entreprises...

OPS Biodiv 110121 ok

One Planet Summit Biodiversité : la France donne le coup d’envoi d’une année cruciale

Lundi 11 janvier, la France organise la quatrième édition du One Planet Summit consacré cette fois, non pas au changement climatique, mais à la biodiversité. L’événement doit servir de tremplin pour mobiliser la communauté internationale en amont du Congrès mondial de la nature, prévu en septembre à...

Castor office francais de la biodiversite

[Bonne nouvelle] Le retour du castor en Camargue après 40 ans d’absence

C'est un "bon signe pour l'espèce". Le castor a fait sa réapparition dans une zone protégé en Camargue. Cela faisait 40 ans qu'il n'avait pas été vu dans la région. Une bonne nouvelle alors que l'espèce s'était quasiment éteinte au début du XIXème siècle en raison de la chasse intensive.