Publié le 22 juillet 2022

ENVIRONNEMENT

Méga-feux de Gironde : pas de victimes humaines mais un écosystème de biodiversité détruit pour longtemps

Le bilan des méga-feux de la Gironde, contenus mais pas éteints, est ainsi décrit : "21 000 hectares brulés, 2 000 pompiers, 6 avions et 1 hélicoptère mobilisés pour tenter d'éteindre les flammes qui n'ont fait aucune victime depuis le début des deux incendies". Si le bilan humain reste en effet positif grâce aux évacuations de masse, ce récit montre à quel point il reste difficile de faire de la biodiversité, faune et flore, une victime de la destruction à intégrer au lourd bilan de ces incendies.

Dune du Pilat megafeux Gironde Thibaud Moritz AFP
L'écosystème naturel de la Dune du Pilat est mis en péril par les incendies extrêmes.
@Thibaud Moritz/AFP

Au-delà de matérialiser la catastrophe climatique aux yeux des Français, les incendies géants de Gironde illustrent le rapport que nous avons avec la nature et qu’il faudrait modifier pour que soient sérieusement prises en compte les alertes sur la destruction de la biodiversité. Alors que début juillet l’IPBES alertait sur les 50 000 espèces dont dépend l’humanité, quelques jours plus tard le bilan dramatique des feux intègre très peu cette dimension. Si les commentaires et réactions fleurissent sur les réseaux sociaux sur les pompiers, l’ampleur des flammes et la destruction des campings, beaucoup moins nombreux sont ceux qui alertent sur la destruction de la faune et de la flore. Les humains ont été épargnés grâce aux évacuations, les animaux du zoo aussi. Ils ont du coup été partiellement intégrés au bilan.

En revanche peu de choses pour tous ceux dont l’environnement habituel est devenu un brasier inhabitable. La photo du cerf échoué sur la plage a circulé et a été juxtaposée à quelques autres…

LinkeIn biodiversité feux

… comme celle de la buse réhydratée par les pompiers.

Bien sûr, l’impossibilité d’accéder au site limite la possibilité d’évaluer les dégâts. Mais plus largement l’écosystème naturel n’est pas intégré au récit de la catastrophe. Or il faudrait qu’il le soit, surtout au moment des arbitrages sur la régénération des surfaces détruites, au moment où il faut choisir entre donner la priorité à la biodiversité ou à celle des intérêts économiques liés aux zones brulées. 

"La faune subit le plus ces feux"

C’est le type de situation à laquelle est confronté le Massif des Maures, victime à l’été 2021 lui-aussi d’un méga-feu qui a ravagé une réserve naturelle où 70 % de la colonie des tortues Hermann, espèces protégées, a été détruite. Romain Garrouste chercheur à l’Institut de Systématique, Evolution, Biodiversité, spécialiste des insectes y travaille. Il rappelle que si la flore peut "s’adapter" à ces grandes catastrophes, "c’est probablement la faune qui subit le plus ces feux, et surtout les organismes qui se déplacent lentement comme les amphibiens, les reptiles et de nombreux invertébrés, ou ceux qui vivent dans les cavités des arbres. Comme les insectes, qui ne sont pas tous ailés ou capables de fuir les flammes"

Mais ce qui l’inquiète le plus ce sont les menaces qui pèsent sur la réserve au nom de la lutte contre les incendies qui passeraient par des cultures agricoles et non plus par le fait de laisser la nature se régénérer. Dans une tribune publiée en mars par Good Planet, il écrit : "C’est une situation regrettable et assez unique, d’une collectivité gestionnaire d’un espace naturel protégé national qui profite d’une catastrophe écologique pour dénoncer un conflit d’usage entre la nécessaire conservation des écosystèmes dans un hot spot de biodiversité (les écosystèmes méditerranéens) et les activités humaines comme l’agriculture dont la viticulture (ni raisonnée, ni biologique) ou l’exploitation forestière en s’appuyant sur la défense contre les incendies qu’évidement seule l’agriculture (avec des grandes vignes comme pare feu et des barrages…) où l’exploitation forestière (déjà permise dans la réserve) pourrait permettre". 

L’été de tous les dangers est loin d’être achevé et les incendies ne sont pas encore éteints mais on peut déjà imaginer que la bataille entre nature et culture sera âpre dans les mois à venir. Après le Sud-Est, c’est donc au Sud-Ouest d’expérimenter concrètement la restauration de la biodiversité perdue.

Anne-Catherine Husson Traore, directrice générale de Novethic, @AC_HT_


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