Publié le 21 octobre 2022

ENVIRONNEMENT

Loto de la biodiversité : un nouveau jeu à gratter pour sauver la planète

Mercredi 19 octobre, le Loto de la biodiversité a été adopté dans la première partie du budget 2023 malgré quelques oppositions. Le principe de ce jeu à gratter particulier ? Récolter des fonds au profit de l’Office français de la biodiversité. Un moyen innovant mais qui risque de ne pas suffire compte tenu des enjeux et besoins actuels.

Loto Biodiv
Le Loto de la biodiversité permettra aux Français de soutenir, via un jeu à gratter, des missions de protection de l'environnement.
@Anne Nygard via Unsplash

Au moins 15 millions d’euros : c’est ce que souhaite récolter l’Office français de la biodiversité (OFB) grâce au nouveau Loto de la biodiversité. Ce jeu de grattage, adopté sous forme d’amendement (et proposé par les députés de la majorité) dans le cadre du projet de loi de finances 2023 le mercredi 19 octobre, doit permettre de financer la préservation de la biodiversité. En temps normal, 12% sont récupérés par l’État sur la vente des jeux à gratter. Dans ce cas précis, ces 12% seront reversés directement à l’OFB.

Vendu à moins de 10 euros par la Française des jeux, le Loto de la biodiversité est présenté comme devant être "accessible" au plus grand nombre. Dans les colonnes du Parisien, le député Renaissance des Bouches-du-Rhône Jean-Marc Zulesi, à l'origine du projet, regrette en effet que la "préservation de la biodiversité [paraisse] souvent élitiste." Les sommes collectées par ce Loto d’un genre nouveau – qui fait tout de même penser au Loto du patrimoine – serviront à financer des missions de protection choisies par les joueurs et joueuses. Au moment de l’achat, il sera en effet possible d’orienter son don vers des projets locaux.

Une initiative qui ne permet pas de répondre aux besoins

L’OFB a été créé en 2020, avec l’ambition de "reconquérir la biodiversité partout où elle est menacée". Mais depuis ce geste fort en apparence, les financements de l’État ne suivent pas. La même année, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) rapportait que seul 0,14% du budget de l’État était consacré à la biodiversité. 

Du côté des concernés, on préfère rappeler les bons résultats du Loto du patrimoine. Lors de sa première édition en 2018, le jeu avait permis de recueillir près de 22 millions d’euros. En 2021, cette somme s’élevait même à 29 millions d’euros. Problème : les besoins en matière de protection de la biodiversité se chiffrent plutôt en milliards d'euros.

Dans un rapport de 2019, l'OCDE rappelait que la préservation de la biodiversité était valorisée entre 125 000 et 140 000 dollars américains par an au niveau international - soit plus d'une fois et demie le montant du PIB mondial. 

Derrière l'effet d'annonce, un manque d'actions concrètes

C’est aussi ce qui explique que l’initiative ne séduise pas tout le monde. Sur Twitter, le Syndical National de l’Environnement FSU s’exaspérait le 10 octobre de la démarche, estimant qu’elle soulignait le peu d’importance accordée par l’État au sujet.

Nous en sommes là...vraiment ? Ce monde devient fou ! Jeux/loto/biodiversité/financement rien ne va dans cette info digne du Gorafi. C'est dire en quelle estime on tient la protection de la biodiversité...

— Sne-FSU Biodiversité (@snefsuOFB) October 10, 2022

Le syndicat fustige ce qu'il qualifie "d'outil gadget", et enjoint au directeur général de l’OFB Pierre Dubreuil et au député Marc Zulesi de plutôt "se battre pour que l’OFB soit doté de moyens humains en adéquation avec sa mission."

Par ailleurs, le positionnement officiel de l'État sur certaines pratiques désastreuses pour l'environnement contredit les belles intentions affichées. Ainsi, fin septembre 2022, la France avait soutenu le maintien de la senne démersale. Cette technique de pêche intensive non-sélective est décriée pour la façon dont elle épuise les ressources. En une seule journée, cinq navires senneurs peuvent ratisser l'équivalent de la superficie de Paris. 

Une posture qui dénote avec les ambitions annoncées, et qui fait glisser la responsabilité du sujet sur les citoyens.

Mélanie Roosen @melanie_rsn


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