Publié le 26 juillet 2021

ENVIRONNEMENT

Exploitation minière : la ruée dangereuse vers le trésor des abysses

Les grands fonds marins, riches en minerais nécessaires à la transition énergétique, sont des espaces de plus en plus convoités. Fin juin, l'île de Nauru, au coeur du Pacifique, a notifié à l'ONU sa volonté de débuter l'exploitation de ces ressources. Alors qu'aucune réglementation n'existe actuellement, l'institution a deux ans pour livrer un cadre. Même s'il est difficile d'évaluer l'impact de ces activités sur des écosystèmes encore méconnus, les premières études signalent cependant des effets désastreux sur le long terme. 

IStock @ratpack223 exploitation minière abysse océan fonds marin
Les abysses s'étendent jusqu'à 11 000 mètres de profondeur.
ratpack223 / Istock

Il est plus facile aujourd'hui de se rendre dans l'espace que dans les abysses, à plus de 4 000 mètres de profondeur. Alors que moins de 0,5 % de ces espaces marins ont été explorés, ils attisent les convoitises. D'une part, les scientifiques se plongent dans l'exploration de ces écosystèmes encore largement méconnus. De l'autre, industriels et États y voient un formidable réservoir de millions de tonnes de minerais, comme du cuivre, de l'or ou du nickel. Deux intérêts en passe d'entrer en collusion. 

Fin juin, le président de l’État insulaire de Nauru au nord de l'Australie, Lionel Aingimea, a notifié à l’Autorité Internationale des fonds marins, chargée d'organiser les activités liées aux ressources minérales dans les profondeurs des eaux internationales, qu’il entendait demander un accord pour exploiter les eaux profondes dans la très convoitée Zone de Clarion-Clipperton (ZCC), entre Hawaï et le Mexique. Or aujourd'hui, il n'existe aucune réglementation sur l'exploitation de ces ressources. Depuis les années 80, seuls des permis d’exploration avaient été accordés.

Suite à cette requête, et selon la clause "des deux ans" inscrite dans la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, l'Autorité Internationale est contrainte de fournir une réglementation d'ici 2023. Mais elle est face à un problème : comment évaluer les risques sur des écosystèmes que l'on connaît encore si peu ?

Une "batterie dans un rocher"

Si la ZCC est si convoitée, c'est parce qu'elle regorge d'une ressource unique : les nodules polymétalliques. Incrustés dans les sols, ces rochers d’environ 10 centimètres de diamètre contiennent entre autre du cobalt, du nickel, du cuivre et du manganèse, "une batterie dans un caillou" estime l’industrie canadienne Metals Compagny spécialisée dans les batteries électriques.  "La zone Nori à elle seule contient suffisamment de métal pour potentiellement fournir des métaux de batterie pour 140 millions de véhicules électriques", estime le site internet de l’entreprise. Il s'agit de la zone explorée en accord avec l'Etat insulaire par l'entreprise Nauru Ocean Resources Inc (NORI), filiale de la compagnie canadienne Metals Company.

La promesse est d'autant plus alléchante que la demande en véhicules électriques risque d'exploser. Déjà entre 2017 et 2018, leur vente a augmenté de 65%, souligne la Conférence sur les Nations Unies sur le commerce et le développement. Selon l'entreprise, récupérer les métaux dans les abysses serait plus écologique, alors que la filière est accusée sur terre de détruire l'environnement. Sur ce point l'avis des scientifiques diverge.

Des impacts encore inconnus sur la biodiversité

Car si les abysses sont encore méconnus, une chose est cependant certaine, les explorations peuvent avoir des effets sur le long terme. Les traces sur les fonds marins d’une expérience d’extraction de nodules menée en 1978 dans ZCC étaient toujours visibles 26 ans plus tard, et les écosystèmes montraient encore des signes de perturbation.

Les chercheurs ont découvert que les nodules convoités jouent un rôle essentiel pour les écosystèmes. Une étude réalisée dans la ZCC publiée dans la revue Nature en 2016 souligne que "les espèces détectées sont deux fois plus importantes dans les zones plus denses en nodules polymétalliques", sur lesquels les coraux et les éponges s'accrochent. Or, "dans les zones où le fond océanique et les premiers centimètres de sédiments ont été raclés pour récupérer les nodules, la faune a été profondément affaiblie et n’a pas recolonisé les lieux", souligne l'étude.

Plusieurs zones ont été protégées dans la ZCC par l'Autorité Internationale des fonds marins pour leur intérêt écologique, mais les scientifiques soulignent la nécessité de prendre en compte la biodiversité des zones de nodules dans les futures décisions.

Pauline Fricot, @PaulineFricot 


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