Un mastodonte. Avec ses 600 mètres de long et ses 30 mètres de haut, Greendock est un immense projet de plateforme logistique qui doit prochainement voir le jour dans le nord de Paris, afin de faciliter le transport fluvial. Mais les riverains et les défenseurs environnementaux dénonce son gigantisme et sa proximité avec une zone Natura 2000.

"Non au projet Greendock!" Porté par le promoteur australien Goodman et Haropa Port, propriétaire du terrain et gestionnaire des ports du Havre, de Rouen et de Paris, la mise en service de ce mastodonte de la logistique est annoncée à l’horizon 2026 pour un coût estimé à 150 millions d’euros. L’entrepôt de 96 000 mètres carré qui doit être construit sur plus de six hectares, fera 600 mètres de long (soit la longueur de deux stades de France) et 30 mètres de haut le long de la Seine, sur le port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), dans le nord-est de Paris.
De quoi susciter une levée de boucliers parmi les riverains mais aussi les associations environnementales. Ils ont profité d’une mobilisation contre le BIP (Boulevard intercommunal du Parisis), un projet autoroutier du Val d’Oise, pour témoigner leur opposition à cet autre projet d’envergure dont le permis de construire, qui devait être déposé en janvier, puis en avril, en juin, ne le sera vraisemblablement qu’en fin d’année. Outre le gigantisme du projet, c’est la proximité avec une zone Natura 2000, qui abrite en hiver des centaines de grands cormorans et des martins-pêcheurs d’Europe, qui inquiète.

Zéro artificialisation, report fluvial, toiture solaire…


Présenté par son promoteur comme "un incubateur d’innovations pour la logistique de demain", le projet multiplie pourtant les initiatives "vertes" et décarbonées. Greendock qui doit remplacer d’anciens entrepôts des Magasins généraux, datant des années 1950 et laissés à l’abandon, se veut "être la démonstration qu’on peut continuer à faire de la logistique à l’heure de la ZAN (Zéro artificialisation nette, NDLR)", explique Philippe Arfi, directeur de Goodman France auprès de Novethic. "La logistique n’est pas condamnée à s’étaler à l’infini sur les terres agricoles", affirme-t-il, en insistant sur le fait que "si l’on devait construire la même surface que Greendock au sol, il faudrait entre 25 et 30 hectares, et non 6 comme c’est le cas à Gennevilliers".
Quant au bâtiment, lui aussi, il se veut être "écolo-compatible". Greendock accueillera sur son toit la plus grande centrale photovoltaïque de la métropole avec deux hectares de panneaux solaires. En faisant le choix de s’installer sur le port de Gennevilliers, l’un des plus gros ports fluviaux de France, le projet souhaite aussi se doter d’un accès multimodal (routier et fluvial), afin de faciliter le transit des marchandises aux portes de Paris entre les navires de fret et les camions. "Au lancement des opérations, on estime à 15% le report fluvial en amont comme en aval de Greendock mais très vite, selon nos calculs, il se situera entre 30 et 40%", insiste Philippe Arfi. Soit "tout au plus une vingtaine de bateaux aller-retour chaque jour", représentant l’équivalent de 200 à 600 camions retirés des routes.

"En avons-nous réellement besoin ?"


Or, ces arguments ne convainquent toujours pas les riverains et élus des villes voisines, et ce malgré une année de concertation et sept réunions. "Il s’agit d’un monstre totalement déconnecté de la réalité et des défis environnementaux qui nous attendent", témoigne Eugénie Gonthier, adjointe à la mairie d’Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) auprès de Novethic. À la place, les mairies d’Épinay-sur-Seine et de l’Île-Saint-Denis, où se trouve notamment la Zone Natura 2000, travaillent conjointement depuis plusieurs années à renaturer les berges de Seine.
Habitant à Épinay-sur-Seine, Claire Lagrange, secrétaire de l’association "Protection Berges de Seine" et future voisine de Greendock regrette elle aussi "le gigantisme de ce projet qui va venir complètement défigurer le paysage". "Nous ne sommes pas contre, mais nous nous opposons à sa démesure et nous nous questionnons aussi sur son intérêt. En avons-nous réellement besoin ?", s’indigne cette professeure.
Ainsi, l’élue Eugénie Gonthier souhaiterait plutôt que l’on réfléchisse à "nos modes de consommation" au lieu de construire d’immenses structures logistiques qui ne font que les entretenir. "À l’heure de l’urgence climatique, souhaitons-nous vraiment être livrés en moins de deux heures ?", s’interroge-t-elle. Et pourtant, le projet Greendock, comme l’assure son promoteur, s’est construit pour répondre aux besoins des Parisiens et des villes environnantes. Preuve une fois encore de l’incompatibilité de poursuivre nos activités économiques tout en préservant nos écosystèmes.
Blandine Garot

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