C'est l’A69 du Val-d’Oise. Près de 700 personnes ont marché samedi 7 octobre pour s'opposer au projet du Boulevard intercommunal du Parisis (BIP). Ce projet routier 2x2 voies, reliant l’A1 à l’A15, doit voir le jour dans le sud du département du Val-d'Oise, à quelques kilomètres à peine de Paris. Mais ce projet vieux de 80 ans, suscite l’inquiétude et la colère des riverains, parents d’élèves et élus locaux. Reportage.

Buses variables, bernaches du Canada, ou encore punaises des bois… Cam, qui préfère rester anonyme, les inscrits au fur et à mesure de la balade dans son petit calepin. Aidée par deux collègues, cette membre des Naturalistes des terres va ainsi recenser pas moins d’une centaine d’espèces différentes dans ce dernier écrin de verdure du Val-d’Oise, niché pourtant entre les villes très denses d’Arnouville et de Sarcelles. 
Cette entomologiste réalise cette liste à la Prévert en marge de l’une des marches contre le projet de Boulevard intercommunal du Parisis (BIP), qui s’est tenue samedi 7 octobre. Venue avec sa fille depuis la Seine-et-Marne, elle ne se résout à voir se concrétiser ce projet d’une 2×2 voies de 21 kilomètres, reliant les autoroutes A1 et A15. À noter qu’il existe déjà deux petits tronçons, à l’ouest entre l’A15 et Soisy-sous-Montmorency et à l’est, entre l’A1 et Bonneuil-en-France. 11 kilomètres restent donc à construire. 

L’un des derniers poumons verts du Val-d’Oise


Premier arrêt à quelques mètres à peine du très fréquenté rond-point du Christ d’Arnouville, la cinquantaine de marcheurs se faufilent, les uns derrière les autres, derrière une barrière ouverte pour l’occasion. Le dépaysement est immédiat. Pierrot, également membre des Naturalistes des terres, invitent les personnes présentes à écouter et à observer le paysage avant de demander : "Savez-vous où nous sommes ?" "Dans la forêt", s’aventurent certains avec un peu d’hésitation. "Pas tout à fait, nous nous trouvons précisément dans une zone humide", explique cet écologue urbain. "Ces zones abritent 50 à 60 % de la biodiversité mondiale. Or, on parle avec ce chantier d’artificialiser et d’imperméabiliser les terres que nous avons sous nos pieds. C’est un projet écocidaire que l’on a ressorti du tiroir sans même s’interroger de son intérêt en pleine urgence climatique", tance le scientifique.
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Près de 700 personnes ont marché à travers les espaces verts menacés par le tracé du projet du futur BIP, dont une importante zone humide aux portes d’Arnouville. Crédit : Blandine Garot
Ce projet routier est ancien, voire très ancien. Il remonte à 1939. "Cela devait être un super périphérique, puis une autoroute mais en raison de l’urbanisation intensive de la vallée de Montmorency, c’est devenu au final une voie rapide", nous explique Audrey Boehly au nom de "Vivre sans Bip". Ce collectif à l’origine de cette mobilisation craint aujourd’hui que le chantier ne démarre prochainement car malgré trois victoires en justice, "le conseil départemental ne lâche pas et s’est pourvu en cassation", souligne Audrey Boehly. Le BIP a été inscrit en juin dernier au nouveau schéma directeur de la région Île-de-France (Sdrif) qui doit dessiner les contours du territoire à l’horizon 2040, et dont les travaux pourraient débuter dès 2024 pour un coût estimé à 1 milliard d’euros.

Une source de pollution atmosphérique, sonore et visuelle


Les porteurs du projet actuel voient dans ce chantier l’opportunité de désengorger les centres-villes et de faciliter les trajets domicile-travail, notamment jusqu’à l’aéroport de Roissy. "45 000 véhicules passent dans Soisy-sous-Montmorency chaque jour", affirme auprès de nos confrères de FranceBleu le maire LR de la ville et vice-président délégué du département Luc Strehaiano, pour justifier la nécessité de ce chantier.
L’Agence de la transition écologique (Ademe) notait plutôt l’inverse. Dans une étude publiée en 2021 elle remarque : "La création de voies de circulation supplémentaires génère invariablement une augmentation du trafic, et en conséquence, des émissions associées".
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Pendant la marche, des panneaux d’informations ont été planté dans des lieux emblématiques  menacés par le projet du BIP. A l’image de la ferme Lemoine, l’une des dernières du Val-d’Oise. Crédit : Blandine Garot
Avant-dernière étape, le groupe s’arrête à Garges-lès-Gonesse, et plus précisément derrière l’école élémentaire Jean-Jaurès. Si le projet voit le jour, les 3 000 élèves de l’établissement auront une vue plongeante sur cette nouvelle voie rapide. Au total, ce sont 40 établissements qui se trouveront de part et d’autre de son tracé, touchant ainsi près de 10 000 enfants de la crèche au lycée. Pour la représentante du collectif de parents d’élèves, Sonia Nassied, "on joue avec la santé de nos enfants". "Ce projet vient s’ajouter à une pollution atmosphérique et sonore déjà très importante en raison du couloir aérien de Roissy et du Bourget", résume cette mère de famille.
Sur les coups de 13 heures, les quelques 700 marcheurs se retrouvent enfin dans le parc des Près-sous-la-ville à Sarcelles, où un pique-nique est organisé. Pour certains élus du département, dont le maire LR de Montmorency Maxine Thory, c’est l’occasion d’esquisser un projet alternatif comme celui de "créer une trame verte plus en adéquation avec les besoins de nos habitants". En attendant, riverains, parents d’élèves ou simples sympathisants se préparent à de nouvelles actions afin de faire "flancher" le Conseil départemental et voir définitivement le projet du PIB remisé aux archives. 
Blandine Garot  
Contacté par Novethic, le Conseil départemental n’a pas encore réagi à nos sollicitations à l’heure de la publication.

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