Publié le 17 janvier 2019

ENVIRONNEMENT

[Vidéo] Le Sikkim, cet État indien où toutes les terres agricoles sont bio

Il est situé au pied de l'Himalaya. L'État indien de Sikkim est devenu en quelques années le symbole de la transition agricole. La totalité de ses terres cultivées sont désormais converties à l'agriculture bio. Une volonté du gouvernement qui souhaite préserver la biodiversité, la qualité de l'eau et la fertilité des sols mais qui n'est pas sans poser problème aux populations locales pour qui les aliments bio sont souvent trop chers. 

L'utilisation de pesticides chimiques est interdite par la loi, sous peine de prison.
Istock

Le Sikkim. Ce petit État du nord de l’Inde, situé entre le Népal et le Bhoutan ne vous évoque peut-être rien. Il est pourtant devenu, en une quinzaine d’années, le premier État indien entièrement bio. Concrètement, toutes les terres agricoles de l’État, soit 750 km², sont converties à l’agriculture bio.

Les intrants chimiques et autres pesticides sont totalement bannis du territoire. Depuis 2016, l’utilisation de ces produits est même devenue une infraction pénale pouvant entraîner une lourde amende et une peine allant jusqu’à trois mois de prison.

L'Oscar de la meilleure politique 

Cette révolution verte a été impulsée par le gouvernement."Cela a été possible grâce à notre forte volonté politique, notre dévouement et notre travail", s’est félicité Pawan Kumar Chamling, le ministre en chef, dont le mandat a été renouvelé cinq fois. Cette politique écologique a été récompensée, le 15 octobre dernier par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

L’État a ainsi reçu l'"Oscar de la meilleure politique", récompensant ses efforts pour un système agricole plus durable. "Le Sikkim donne un excellent exemple de la manière dont d’autres États indiens ou pays du monde entier peuvent réussir avec succès leur transition vers l’agroécologie", a réagi la Marie Helena Semedo, directrice générale adjointe de la FAO.

Des denrées trop chères pour les habitants

Au total, plus de 66 000 fermiers ont été embarqués dans le mouvement. Avec, au début, quelques réticences. "Les premières années ont été désastreuses" raconte au Guardian Pradhan, agriculteur de la région, "Toute ma récolte a échoué. Même maintenant, en 2016, nous enregistrons toujours des pertes. Mais le gouvernement nous avait avertis que nous pourrions en souffrir au début, mais pas à long terme car l’agriculture biologique est meilleure pour le sol et les fermes. Je soutiens donc le gouvernement".

À partir des années soixante, l’Inde s’est largement tournée vers une agriculture productiviste et conventionnelle pour prévenir la famine. Il faudra donc attendre plusieurs années avant que le sol se régénère et devienne plus fertile. À long terme, cette conversion aura un impact bénéfique sur l’eau et la biodiversité. En attendant, le gouvernement a organisé des formations agricoles pour aider au mieux les agriculteurs.

Hausse du tourisme 

Pour l’instant cependant les habitants de la région ne sont pas totalement convaincu. En cause, les prix des récoltes bio, trop élevés par rapport au conventionnel. "Le gouvernement doit faire plus pour expliquer les avantages des fruits et légumes bio", réclame Pradhan. Le gouvernement a lancé plusieurs campagnes sur le sujet et même ouvert des marchés dédiés à l’agriculture bio.

Si l’acceptation sociale se fait attendre, les paysages préservés de cet État attirent de plus en plus de touristes. Entre 2014 et 2017, le nombre de visiteurs a augmenté de 50 % grâce à la politique environnementale du gouvernement. En 1997, le Sikkim est devenu le premier État indien à avoir interdit les sacs en plastique. Depuis deux ans, tous les plastiques base de polystyrène, comme les couverts ou assiettes jetables sont bannis.

Marina Fabre @fabre_marina


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