Publié le 16 octobre 2017

ENVIRONNEMENT

Travail sous-payé, pesticides... Les labels bio en perte de crédibilité

Les labels bio répondent-ils vraiment aux attentes des consommateurs ? Certes, l'usage des produits phytosanitaires est interdit mais ni le label européen, ni le tricolore AB n'empêchent la certification de tomates sous-serre vendus à l'autre bout de l'Espagne et cultivés par des travailleurs sous-payés. C'est du "conventionnel sans pesticide", déplore le patron de Biocoop. 

15% des produits bio contiennent des pesticides contre 97% dans l'agriculture conventionnelle.

Les Français ont-ils confiance en l’alimentation biologique ? A priori, oui. En 2016, le marché de la bio a bondi de 20 %, atteignant ainsi 7 milliards d’euros. Une filière en forme pour un secteur en crise mais qui pourrait bien connaître un ralentissement. Le risque est la baisse des exigences des labels certifiant les produits bio. Peu de consommateurs savent d’ailleurs que le logo AB et le logo européen (représenté par une feuille) sont en fait similaires. Les deux répondent aux cahiers des charges du règlement européen. Or, ce dernier est de plus en plus controversé.

Fin juin, les États membres ont ainsi prévu de diminuer le nombre de contrôles dans les fermes certifiées bio, passant d’une inspection annuelle à un contrôle tous les deux ans. "Une fréquence qui garantit pourtant que les producteurs bio respectent bien le cahier des charges", alertent les Fédérations bio. "C’est la crédibilité de la bio qui est menacée !", s’insurge Dominique Técher, interrogé par Novethic. Cet agriculteur a créé Biocohérence, une marque indépendante en réponse au label AB "tiré vers le bas par l’harmonisation des normes au sein de l’Union européenne".

"Le bio risque de devenir du conventionnel sans pesticide"

"La bio, c’est le lien au sol, à la terre. C’est incohérent d’autoriser la culture bio en bacs ou des exploitations à moitié en conventionnel et à moitié en bio, c’est de la schizophrénie", défend Dominique Técher. "Chez nous, toutes les fermes sont certifiées 100 % bio, car la bio c’est une vision du monde. Ce n’est pas un coup commercial. Et nous n’acceptons pas des fermes de taille démesurée", explique-t-il. La marque a ainsi trouvé preneur chez les enseignes spécialisées comme Biocoop.

"Clairement, le label européen a le mérite de faire un pont entre tous les pays, mais il n’est pas assez exigeant", explique à Novethic Claude Gruffat, président de Biocoop, "il n’est pas dans une démarche RSE (Responsabilité sociétale des entreprises). C’est du conventionnel sans pesticide. Il peut certifier des tomates cultivées sous serre par des travailleurs sans-papiers et sous-payés du sud de l’Espagne". En concordance avec les règles de Biocohérence, l’enseigne spécialisée s’impose donc ses propres critères : pas de transport en avion, des produits français et de proximité.

15 % des produits bio contiennent des pesticides

Un autre sujet pourrait entacher encore plus la réputation de la bio : la présence de pesticides dans les aliments. Le dernier rapport de l’EFSA (European Food Safety Authority) note des résidus de fongicide, herbicide ou insecticide dans 15 % des 5 000 aliments bio analysés. Un taux plus bas que dans le conventionnel, où le pourcentage avoisine les 97 %, mais qui peut heurter des consommateurs à la recherche de produits non pesticidés.

L’Italie et la Belgique ont proposé à la Commission qu’à partir d’un certain seuil de pesticides présents dans les produits bio, la ferme soit décertifiée. Mais cette mesure n’a pas obtenu la majorité, au grand soulagement des agriculteurs bio français. De fait, la majorité des contaminations des fermes bio est due à des épandages de leurs voisins qui exploite en conventionnel. "Nous ne travaillons pas dans une bulle. Si Bruxelles nous indemnise de cette décertification temporaire, pourquoi pas. Mais sinon on applique le principe du pollué-payeur et pas celle du polleur-payeur", explique Dominique Técher. 

Reste à voir si les consommateurs, de plus en plus exigeants, seront sensibles à ces arguments. Ce qui est sûr, c’est que deux filières bio se développent et ne sont pas prêtes de fusionner. "Le secteur va changer d’échelle et le bio de plus en plus baisser en qualité", craint le patron de Biocoop. Le deuxième chantier des États généraux de l'alimentation dédié à une alimentaire saine, durable et accessible devrait ouvrir le débat sur le sujet. 

Marina Fabre @fabre_marina


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