Face à la colère des agriculteurs, le gouvernement a annoncé une nouvelle salve de mesures parmi lesquelles la suspension du plan Ecophyto sur la réduction des pesticides. Côté européen, la Commission promet quant à elle de revenir sur l’obligation de mise en jachère. Deux revendications fortes du syndicat majoritaire, la FNSEA, qui appelle désormais à lever les blocages.

Produire et protéger, voici les deux mots d’ordre pour l’agriculture”, a lancé le Premier ministre en introduction de sa conférence de presse ce jeudi 1er février. “Nous assumons de produire, à l’opposé des thèses décroissantistes et de protéger les agriculteurs, premières victimes du changement climatique”, a expliqué Gabriel Attal.
Face à la colère pourtant protéiforme des agriculteurs qui s’exprime depuis deux semaines, le gouvernement, dans sa troisième salve d’annonces, a choisi de ne s’attaquer qu’à un seul aspect de cette gronde : les normes environnementales et le Green Deal afin de lever les freins au modèle intensif qui prédomine. Un modèle défendu par la FNSEA, qui a appelé dans la foulée à lever les blocages.

Mise en pause du plan Écophyto


Le Premier ministre a ainsi annoncé la mise en pause du plan Écophyto. Cette stratégie vise à réduire de 50% l’utilisation de pesticides d’ici à 2030, un objectif que la France traîne depuis quinze ans sans réussir à l’atteindre. Au contraire, le pays se place au quatrième rang de ceux qui utilisent le plus de pesticides au niveau européen, derrière l’Italie, la Grèce et l’Espagne.
Le plan Écophyto 3 faisait l’objet d’ultimes tractations après plusieurs semaines de consultation avec les différents acteurs concernés. Finalement, le ministre a annoncé qu’il allait être “retravaillé”. “Nous allons le remettre sur l’ouvrage, le temps de retravailler un certain nombre d’aspects, de le simplifier, notamment sur les indicateurs et les zonages, de sorte que nous soyons clairs, y compris d’ailleurs dans une logique de non surtransposition des textes européens”, a expliqué Marc Fesneau. En ligne de mire notamment, l’indicateur Nodu pour “nombre de doses unité” que les céréaliers notamment contestent. Une nouvelle version devrait être présentée d’ici l’ouverture du Salon de l’agriculture, le 24 février.
Mais l’annonce a immédiatement été critiquée par les élus écologistes et les associations environnementales, dont Générations futures : “nous rejetterons toute participation à une nouvelle dynamique Écophyto dont l’indicateur serait biaisé et donnerait une vision tronquée de la dépendance de l’agriculture française aux pesticides, qui reste aujourd’hui très élevée“, réagit-elle. Le Premier ministre a par ailleurs annoncé qu’aucun pesticide ne pourra être interdit en France avant que la substance active qu’il contient ne soit interdite dans le cadre européen. “Un autre recul majeur” pour Générations futures.

Dérogation sur les jachères


Côté européen, c’est la même logique qui s’applique. À la veille d’un Conseil européen, qui se tient à Bruxelles ce jeudi 1er février, sous la pression de centaines d’agriculteurs présents sur place, la Commission européenne a proposé une dérogation à la Politique agricole commune (PAC) sur l’obligation de maintenir 4% des terres cultivables en jachère sur les grandes exploitations de plus de 10 hectares pour percevoir des aides. Une dérogation déjà appliquée au début de la guerre en Ukraine pour cause d’insécurité alimentaire, mais qui est arrivée à expiration à la fin de l’année dernière.
Mais pour certains acteurs, il s’agit là d’une fausse solution car les terres ainsi libérées ne seraient pas forcément destinées à augmenter la production alimentaire humaine. Dans un communiqué de la FNSEA datant du 23 novembre 2023, révélé par le média Basta, il est ainsi précisé “que ces surfaces pourraient permettre de produire, particulièrement la biomasse nécessaire pour la transition énergétique”. En outre, cette contrainte pèse davantage sur les grands producteurs céréaliers, qui sont déjà les grands gagnants de la PAC.
Dans la même lignée, le Premier ministre Gabriel Attal a également évoqué une dérogation sur l’obligation de prairies. “Nous défendrons une évolution du ratio prairies et des prairies sensibles. Dans l’attente d’évolutions au niveau européen, sur ce point, nous appliquerons une dérogation à l’obligation de réimplantation pendant un an”, a-t-il annoncé.

“Quel détournement”


Les impacts sanitaires du modèle agricole actuel ou encore l’état d’épuisement des sols et le risque de ne plus pouvoir produire à terme ont donc été mis de côté. “En favorisant les tenants de l’agriculture intensive et agro-industrielle plus que le monde agricole dans sa diversité, le gouvernement annonce aujourd’hui un nouvel échec politique, sanitaire et environnemental dont il devra assumer l’entière responsabilité”, déplore Jean Burkard, directeur du plaidoyer au WWF France. 
“Quel détournement de ce qui est demandé sur le terrain ! Donc on va poursuivre dans la dégradation de la santé des paysan·nes, de nos sols et de notre environnement. Et on va continuer à engraisser les multinationales des fabricants de pesticides…”, a déploré la Confédération paysanne, le troisième syndicat agricole, dénonçant un “scandale“. Il appelle à poursuivre la mobilisation…

Découvrir gratuitement l'univers Novethic
  • 2 newsletters hebdomadaires
  • Alertes quotidiennes
  • Etudes