Publié le 22 décembre 2018

ENVIRONNEMENT

[Science] Dans certains cas, l’agriculture bio serait plus néfaste pour le climat que le conventionnel

C'est une étude qui va à l'encontre de toutes nos certitudes. Selon les auteurs, l'agriculture bio, en monoculture, participerait plus au réchauffement climatique que la conventionnelle. En cause, la surface de terres utilisée dans l'agriculture bio est plus importante, favorisant ainsi la déforestation et donc une baisse de la capacité de stockage du carbone. En revanche, cela ne remet pas en cause les bénéfices du bio dans d'autres domaines comme la biodiversité, par exemple. 

La culture de blé bio en Suède serait de 70 % plus polluante que la culture conventionnelle.
©CC0

C’est un pavé dans la mare. Une étude publiée le 12 décembre dans la très sérieuse revue Nature affirme que les aliments issus de l’agriculture biologique ont un impact climatique plus important que ceux issus de l’agriculture conventionnelle. Une conclusion qui va à l’encontre de la majorité des études publiées sur le sujet.

"Notre étude montre que les pois bios cultivés en Suède ont un impact sur le climat environ 50 % plus important que les poids cultivés de manière conventionnelle", souligne les auteurs dans un communiqué. Ces derniers sont Stefan Wirsenis, professeur associé à l’université suédoise de Chalmers, et Patrice Dumas, du Centre français de coopérative internationale en recherche agronomique pour le développement. "Pour certains produits alimentaires, la différence est encore plus grande, par exemple avec le blé d’hiver bio suédois, la différence est plus proche de 70 %".

Considérer les terres en termes de stockage de carbone

Ils estiment que l’agriculture bio nécessite de plus grande superficie de terres pour un rendement similaire à l’agriculture conventionnelle. Pour cultiver ces surfaces, il faudrait déforester davantage alors que les forêts sont des puits de carbone. Les chercheurs s’appuient sur une nouvelle méthode de calcul appelée Carbon Benefits Index pour parvenir à cette conclusion. Il s’agit de prendre en compte l’impact de l’agriculture sur la capacité de stockage de carbone des plantes et du sol.

"Les méthodes standards d’évaluation des effets de l’utilisation des terres sur les émissions de gaz à effet de serre sous-estiment systématiquement les possibilités qu’offrent les terres en termes de stockage de carbone, hors agriculture", notent les chercheurs.

Logiquement, selon eux, la production de viande et de lait bio aurait également un impact carbone plus élevé. "Étant donné que la production de viande et de lait bio utilise des aliments bio, elle nécessite plus de terres que la production conventionnelle", écrit Stefan Wirsenius qui admet n’avoir "pas fait de calculs spécifiques" sur ce sujet.

Les conclusions sont à nuancer

Les conclusions de cette étude sont à nuancer. D’abord parce que les cas évoqués sont très précis et ne concerne que les monocultures en Suède. "Le défrichage d’un site à un endroit donné ne constitue pas une solution générale", admettent les chercheurs. Ensuite, parce que leur nouvelle méthode de calcul ne prend pas en compte l’impact de l’agriculture sur la biodiversité.

Or, on sait que l’utilisation d’intrants chimiques, en polluant les sols, est en partie responsable du déclin de la biodiversité. Pour ne prendre qu’un exemple, la population mondiale d’abeille a été décimée en 30 ans en grande partie à cause de certains pesticides appelés néonicotinoïdes qui attaquent leur système nerveux. En détruisant les insectes, c’est toute la chaîne du vivant qui est perturbée. 

Marina Fabre @fabre_marina


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