Publié le 14 septembre 2020

ENVIRONNEMENT

Plan de relance : la France veut retrouver sa souveraineté alimentaire... mais ne s'en donne pas les moyens

Depuis le début de son quinquennat, le Président de la République a affiché à plusieurs reprises sa volonté de reconquérir la souveraineté alimentaire française. Le plan de relance est le bon moment pour réaliser cet objectif. Si l'intention est saluée par les syndicats agricoles, le faible budget alloué - seulement 364 millions d'euros - est dénoncé. D'autant plus que pour l'instant, le revenu des agriculteurs, lui, n'a toujours pas décollé. 

Soja agriculture pixabay
Seulement la moitié des protéines végétales consommées en France sont produites dans l'Hexagone.
CC0

C’est un objectif ambitieux que le chef de l’État s’est fixé pendant la crise sanitaire. À l'instar de la souveraineté industrielle, il veut "Reconquérir la souveraineté alimentaire de la France". L’Hexagone, première puissance agricole de l’Union européenne en termes de chiffre d’affaires, dépend de plus en plus de ses importations. L’année dernière, pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, les exportations françaises n’ont pas évolué alors que les importations elles, ont bondi de 24 %, faisant basculer la balance commerciale des échanges agro-alimentaire dans le négatif.

Le 3 septembre, à l’occasion de la présentation en détail du plan de relance, le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, a annoncé qu’un 1,2 milliard d’euros, sur les 100 milliards du plan, serait dédié à l’agroalimentaire. Une enveloppe de 364 millions d’euros concerne la souveraineté alimentaire, dont 100 millions pour développer un plan de protéines végétales. Aujourd’hui, à peine la moitié des protéines consommées en France sont produites dans l’Hexagone.

Ce n’est pas la première fois qu’un tel plan est évoqué. Il y a un an, le Président de la République avait en effet reconnu une "part de complicité" de la France dans la déforestation en Amazonie, en raison de l’importation de soja sud-américain dont l’Union européenne est fortement dépendante. Chaque année, selon Greenpeace, le Vieux Continent importe 37 millions de tonnes de protéines végétales dont 33 millions de tonnes de soja.

De faibles investissements

Avec le plan de relance, les producteurs d'oléoprotéagineux espèrent réduire la dépendance de la France aux importations de 45 % à 35 % (contre près de 65 % à 70 % en moyenne en Europe) dans les prochaines années. "La France plus forte, c’est la France plus indépendante", croit ainsi le ministre de l’Agriculture et de l’alimentation, Julien Denormandie. La FNSEA, principal syndicat agricole, a salué cette mesure qui constitue "non pas un aboutissement, mais une étape pour tendre vers l’objectif de souveraineté".

Du côté de la Coordination rurale, l’avis est plus mitigé. On salue des objectifs ambitieux mais le syndicat dénonce la faiblesse des budgets dédiés. "1,2 milliard, c’est vraiment bien dérisoire quand on sait que la ferme France emprunte entre 5 et 10 milliards d’euros chaque année", s’insurge Véronique Le Floc’h, 2e vice-présidente de la Coordination Rurale. Surtout, le syndicat appelle à penser le plan protéines à l’échelle européenne. "Tant que les importations de protéines en provenance de pays hors UE ne seront pas taxées, les cultures protéagineuses ne seront pas rentables pour les agriculteurs européens", note Coordination rurale. 

Sécuriser le revenu des agriculteurs

Mais le plan protéinique n’est pas le seul levier à activer pour parvenir à la souveraineté alimentaire française. Le gouvernement entend également favoriser la relève du monde paysan, alors que 50 % des chefs d'exploitation partiront en retraite dans les 10 prochaines années. Il envisage notamment de lancer une "campagne grand public" pour faire connaître les besoins en recrutement de l'agriculture et l'agroalimentaire, financée à hauteur de 10 millions d'euros, a indiqué le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie. 

Reste que si le revenu des agriculteurs reste toujours aussi faible, il sera difficile de convaincre la nouvelle génération de se tourner vers ce métier très exigeant. Or, malgré les États généraux de l'alimentation en 2017, les paysans sont toujours les acteurs les plus lésés de la chaîne agroalimentaire. "Rechercher la souveraineté alimentaire, objectif reconnu prioritaire pour notre agriculture, passe par une sécurisation du revenu paysan (…)", souligne la Confédération paysanne pour qui cet objectif ne peut pas être atteint sans une "rupture avec le modèle libéral favorable à l’agrobusiness".

Marina Fabre, @fabre_marina


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