Publié le 09 septembre 2019

ENVIRONNEMENT

Emmanuel Macron veut la souveraineté protéinique de la France pour ne plus dépendre du soja brésilien

Emmanuel Macron a reconnu que la France avait une "part de complicité" dans la déforestation en Amazonie. Le Vieux continent est dépendant du soja brésilien qu'il utilise pour nourrir ses animaux d'élevage. Pour y remédier, le Président souhaite que l'Europe assure elle-même sa souveraineté protéinique. Si une baisse de la dépendance paraît crédible, la France ou l'Europe ne pourra couvrir l'ensemble de ses besoins en protéines sans une baisse de la consommation de viande.

Deforestation amazonie soja greenpeace
Près de 90 % du soja importé en Europe est destiné à l'alimentation animale.
Victor Moriyama / Greenpeace

La France a une "part de complicité" dans la déforestation en Amazonie, a estimé Emmanuel Macron face aux terribles incendies qui ravagent depuis des semaines la forêt tropicale. En cause : l’importation de soja sud-américain dont l’Union européenne est fortement dépendante. Chaque année, selon Greenpeace, le Vieux Continent importe 37 millions de tonnes de protéines végétales dont 33 millions de tonnes de soja. Près de 90 % est destiné à l’alimentation animale.

Cette dépendance protéinique de l’Europe est "le fruit d’un vieil équilibre conclu dans les années soixante entre l’Europe et les États-Unis d’Amérique", a expliqué le Président de la République. "Je considère que c’est un très mauvais choix. (…) Car cela fait faire un trajet à quelque chose qu’on pourrait produire sur nos territoires. On doit recréer la souveraineté protéinique de l’Europe", a-t-il annoncé. Au Brésil, deuxième producteur de soja, cette culture et l’élevage de bœufs sont responsables de 80 % de la déforestation, assure l’ONG Amazon Watch.

La France dépendante à 45 %

La France a un peu d’avance sur ses collègues européens. Grâce au colza et au tournesol, la dépendance aux protéines végétales importées est de 45 %, contre 70 % en moyenne pour l’Union européenne. Toutefois, le ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, a déjà lancé en février une concertation nationale sur le sujet. Le but est de réduire encore de 10 % notre dépendance aux importations en seulement cinq ans.

Les producteurs d’oléoprotéagineux se disent prêts à relever le défi. "Cela passe notamment par l’amélioration des pratiques agricoles, le maintien des facteurs de production et l’amplification des actions de recherche", note leur fédération (FOP). Mais ils préviennent : augmenter la production ne leur permettra pas de couvrir l'ensemble des besoins en protéines végétales de la France dans les 10 prochaines années. Au mieux, cela suffira à réduire la dépendance de l'Hexagone au soja brésilien, mais pas d'assurer la souveraineté protéinique de l'Europe comme le souhaite Emmanuel Macron.

Il faudrait trois départements entiers dédiés à la culture de soja

"Si la France voulait produire elle-même le soja qu’elle importe, il faudrait qu’elle multiplie par huit les surfaces agricoles dédiées. Ce serait l’équivalent de trois départements entiers uniquement pour la culture de soja", avance Suzanne Dalle, chargée des questions agricoles chez Greenpeance. "À l’échelle européenne, ce serait la surface de la Belgique et du Luxembourg qu’il faudrait utiliser. C’est impossible !"

Pour l’ONG, qui vient de publier un rapport sur le sujet, la seule solution durable pour que la France baisse drastiquement sa dépendance au soja brésilien, est un changement de nos modes d’alimentation. En d’autres termes, il faut manger moins de viande pour sauver l’Amazonie. "Réduire la dépendance protéinique de la France ne pourra se faire qu’en transformant notre système d’élevage et en réduisant notre consommation et notre production d’œufs, de viande et de produit laitiers", note Greenpeace. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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