Publié le 22 septembre 2017

ENVIRONNEMENT

L'État ne financera plus les aides au maintien des agriculteurs bio

Stéphane Travert dit stop. Le ministre de l'Agriculture a annoncé la fin, dès 2018, des aides dédiées au maintien des agriculteurs bio. Une annonce mal vécue par les producteurs pour qui cette décision va freiner une filière en pleine explosion. Le ministre a réitéré l'idée d'un fonds privé dédié à la bio, alimenté par une partie des marges des distributeurs et des industriels.

Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, annonce la fin des aides au maintien pour l'agriculture bio.

L’État ne financera plus l’aide au maintien de la bio à partir de 2018. C’est ce qu’a annoncé mercredi 20 juillet Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture, en visite au salon Tech et Bio dans la Drôme. "C’est au marché de soutenir le maintien de l’agriculture biologique car la demande est là et il faut que nous soyons collectivement en capacité d’y répondre", a justifié le ministre de l’Agriculture, cité par l’AFP.

De fait, les derniers chiffres de la bio sont plus qu’encourageants, en contraste avec un secteur conventionnel en crise. Sur les six premiers mois de 2017, la consommation des produits bio a explosé avec une croissance de +14 %. Le marché des produits bio a pesé plus de 7 milliards d’euros en 2016.

Ces aides sont "une juste rémunération des services environnementaux rendus à la collectivité" 

Une raison suffisante pour stopper les soutiens ? Pas pour la FNAB, Fédération Nationale de l’Agriculture biologique. "C’est à n’y plus rien comprendre", a réagi Stéphanie Pageot, présidente de la fédération. "Toutes les conditions sont réunies pour faire de la bio un succès collectif français et c’est ce moment que choisit l’État pour se retirer alors que nous avons besoin d’un soutien public fort".

D’autant, ajoute la FNAB, que ces aides sont "une juste rémunération des services environnementaux rendus à la collectivité tant sur la préservation des sols, la qualité de l’eau et de la biodiversité que sur la santé publique ou sur le climat".

Concrètement, le ministre va maintenir les aides à la conversion, destinées aux nouveaux agriculteurs bio. Il donne par contre un coup d’arrêt aux aides au maintien qui avaient pour objectif de stabiliser les jeunes exploitations. Ces aides étaient versées trois ans après le lancement du projet. Les régions, elles, pourront toujours financer l'aide au maintien mais ne pourront plus bénéficier de l'enveloppe gouvernementale qui y était dédiée.

Des signes avant-coureurs laissaient présager cette décision

Globalement, cette annonce n’est pas vraiment une surprise. Plusieurs signes avant-coureurs laissaient présager cette décision. Début septembre, le ministre avait par exemple évoqué la création d’un fonds privé dédié à la bio qui serait alimenté par les distributeurs et les industriels. "Cela peut être de rogner une partie de leur marge pour créer un fonds spécifique", expliquait-il. Un moyen déjà de mobiliser le privé et, pour l’État, d’amorcer une prise de distance.

De même, le 27 juillet, Stéphane Travert avait déçu les agriculteurs bio quant à la répartition de la PAC (politique agricole commune). Alors que la FNAB et la Confédération paysanne demandaient que 15 % du pilier 1 de la PAC, essentiellement composé d’agriculteurs conventionnels céréaliers soit redistribué au pilier 2, comptant des petites exploitations de zones défavorisées et des agriculteurs bio, le ministre avait opté pour un reversement de 4,2 %.

Marina Fabre @fabre_marina


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