Publié le 05 janvier 2022

ENVIRONNEMENT

Interdiction du glyphosate : Emmanuel Macron veut une réponse européenne, après l’échec français

Dans une interview au Parisien, Emmanuel Macron a reconnu "ne pas avoir réussi sur le glyphosate". Alors que le Président s'était engagé à interdire ce pesticide controversé en France d'ici fin 2020, sans parvenir à réaliser cette promesse, il appelle désormais à une réponse commune européenne. La France, qui prend la Présidence tournante du Conseil de l'UE, va porter le sujet sur le Vieux Continent, assure-t-il. 

Agriculture pesticide Istock DZMITRY PALUBIATKA
La licence de mise sur le marché du glyphosate en Europe arrive à échéance à la fin de l'année.
ISTOCK / DZMITRY PALUBIATKA

C’était une de ses promesses de campagne. En novembre 2017, Emmanuel Macron s’engageait à interdire d'ici trois ans l’utilisation du glyphosate en France avant de se rétracter en 2019, sous la pression du principal syndicat agricole, la FNSEA. Près de cinq ans ont passé et le glyphosate n’a toujours pas été interdit sur le sol français. Mardi 4 janvier, dans un entretien accordé au Parisien, le chef de l’Etat a reconnu "ne pas avoir réussi sur le glyphosate", admettant avoir commis "l'erreur" en début de quinquennat d'avoir cru la France capable de sortir de ce désherbant seule sans les autres pays européens.

"Certains agriculteurs m'ont dit que si on les obligeait à sortir rapidement, ils allaient mettre la clé sous la porte, parce que leurs concurrents espagnols ou italiens, eux, pouvaient continuer à produire", a-t-il expliqué assurant qu’il fallait "agir sur ces sujets au niveau européen". Et justement, la France a pris, depuis le 1er janvier, la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne (PFUE). L’enjeu est d’autant plus crucial que la licence de mise sur le marché du glyphosate sur le Vieux Continent expire fin 2022. Les 27 devront donc décider rapidement du renouvellement ou non de cet agent actif utilisé dans plusieurs désherbants phare dont le Roundup.

Des conclusions opposées 

Le sujet est très sensible. Bien que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), branche de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ait classé, en 2015, le glyphosate comme cancérogène probable pour l’Homme, les quatre États membres rapporteurs que sont la France, la Hongrie, les Pays-Bas et la Suède, ont conclu que le pesticide n’était ni cancérogène, ni reprotoxique, ni mutagène, c’est-à-dire qu’il ne favorise pas l’apparition d’un cancer, qu’il n’altère pas la fertilité et qu’il n'est pas source de mutations. Les quatre agences ont donc donné leur approbation pour utiliser le glyphosate dans l'UE.

Une conclusion très critiquée de la part des ONG notamment, qui pointent les différents supports d’analyse. Le CIRC appuie son expertise sur toute la littérature scientifique alors que les agences de santé fondent essentiellement leurs avis sur les études des industriels qui commercialisent les produits analysés. Dans ce contexte, difficile de savoir quelle voix portera la France sur le sujet le temps de sa présidence du Conseil de l’UE.

L'Allemagne s'affranchit de Bayer ?

En octobre dernier, 37 ONG ont signé une pétition appelant Emmanuel Macron à pousser l’interdiction du glyphosate en Europe dès la fin 2022. "La France (…) peut et doit jouer un rôle moteur et sans ambiguïté", estiment les associations parmi lesquelles Foodwatch et Générations futures. "Dangereux pour l’environnement et la santé humaine, il est plus qu’urgent d’en finir avec le glyphosate en France et en Europe et d’amorcer une vraie transition agricole et alimentaire", ajoutent-elles.

Si la France a un rôle à jouer, la position de l’Allemagne pourrait aussi faire pencher la balance. En 2017, Angela Merkel, à la recherche d’une majorité gouvernementale en s’alliant avec les Verts, comptait s’abstenir de voter. Mais cette perspective ayant avorté, l’Allemagne avait finalement voté pour une prolongation du glyphosate en Europe, soutenant ainsi un de ses poids lourds, Bayer, qui a depuis racheté le géant américain Monsanto. Cette fois, le contexte est différent. Le nouveau gouvernement allemand, formé d’une coalition avec les Verts, entend répondre à l’urgence environnementale. Un changement de cap qui pourrait bien mettre un terme à l’utilisation du glyphosate en Europe.

Marina Fabre Soundron @fabre_marina 


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