Publié le 05 avril 2017

ENVIRONNEMENT

Brexit : quel impact sur l’agriculture britannique ?

Novethic poursuit sa série sur le Brexit. Après l’automobile, focus sur l’agriculture. Le secteur, dépendant du marché européen, pourrait être très impacté. Suppression des subventions de la PAC, pénurie de main d’œuvre étrangère mais aussi risque d’abaissement des normes environnementales et sociales... quel est l’avenir de l’agriculture britannique post UE ?

Photo d'illustration
Peter Muller / Cultura Creative

4 milliards d’euros. C’est la somme que l’Union européenne verse chaque année au Royaume-Uni dans le cadre de la PAC, la politique agricole commune. Les agriculteurs britanniques en sont très dépendants. En moyenne, par année, chaque agriculteur touche ainsi 34 000 euros. Le gouvernement britannique s’est engagé à maintenir le niveau des aides jusqu’en 2020. Mais que va-t-il advenir ensuite ?  

L’enjeu est important. Car si l’agriculture britannique pèse peu dans l’économie du pays (0,7%), elle emploie 475 000 travailleurs directs. Selon le NFU, National Farmer’s Union of England and Wales, un syndicat représentant les agriculteurs, le secteur embauche au moins 7% de travailleurs étrangers, essentiellement des saisonniers venus des pays de l’Est.

 

Effet dévastateur sur le secteur de l’horticulture

 

Seulement, depuis le Brexit, "nous avons rencontré beaucoup de difficultés à recruter et nous avons constaté que beaucoup d’employés ont quitté leur poste seulement deux ou trois semaines après leur embauche", explique un fournisseur dans un rapport de la NFU. Selon les chiffres du syndicat, trois mois avant le Brexit, 100% des fournisseurs de main d’œuvre déclaraient recruter sans problème le bon nombre de travailleurs saisonniers. Trois mois après la sortie du pays de l’UE, en septembre, ils n’étaient plus que 40%.

"La perte de main d’œuvre post-Brexit pourrait avoir un effet dévastateur sur le secteur de l’horticulture", estime Meurig Raymond, président du NFU interrogé par la ministre de l’Agriculture Andrea Leadsom. "Dans les cas les plus graves", cela  pourrait "donner lieu à la perte des récoltes".

 

Une chaîne d’approvisionnement très dépendante de l’UE

 

De façon générale, le secteur est très lié à l’Union européenne. 70% des importations alimentaires du Royaume-Uni proviennent de l’Union européenne. À l’inverse, 60% des exportations alimentaires britanniques sont destinées aux pays membres de l’UE. Les agriculteurs craignent, comme c’était le cas pour les constructeurs automobiles, qu’en l’absence d’accord entre le gouvernement britannique et Bruxelles, les règles douanières de l’OMC, l’Organisation Mondiale du Commerce, soient appliquées. Soit un droit de douane de 10% sur chaque produit importé ou exporté.

"La NFU soutient une vision audacieuse et ambitieuse pour l’alimentation après le Brexit, qui garantisse que les entreprises agricoles soient au cœur d’une chaîne alimentaire dynamique", défend le syndicat. "Notre priorité numéro un doit être axée sur le meilleur accès possible au marché européen". Mais l’avenir de l’agriculture britannique dépend des accords passés entre les parties prenantes.

 

Crainte sur les normes environnementales


Pour plusieurs ONG environnementales, le Brexit est surtout l’occasion de revoir les critères de subventions données aux agriculteurs. Greenpeace propose ainsi de sauvegarder les fonds pour l’agriculture et la faune mais en s’assurant que "l’argent est lié à la protection de l’environnement". Selon plusieurs experts, la PAC pousse en effet aujourd’hui au développement d’une agriculture intensive. Les sommes versées aux agriculteurs dépendent de la taille de leur exploitation. Plus il y a d’hectare, plus il y a d’argent.


En janvier, la députée Mary Creagh, présidente du Comité d’audit environnemental (EAC) appelait d’ailleurs les ministres à s’engager à adopter une loi sur la protection de l’environnement. La majorité des règles concernant le bien-être animal et l’environnement proviennent en effet de l’Union européenne. 800 lois couvrant la faune, la qualité de l’eau, l’agriculture, la pêche… en sont issues.


Pour l’instant, afin de ne pas provoquer de rupture, le gouvernement a annoncé que les 19 000 lois européennes, tous secteurs confondus, appliquées en Grande-Bretagne, allaient être transposées dans le droit national. Elles seront, au fur et à mesure, amender ou supprimer. Le risque est d’obtenir une "législation zombie", estime l’EAC. Manque d’organe de surveillance à l’instar de l’Agence européenne pour l’environnement, manque de mise à jour…le comité interparlementaire appelle à la vigilance. 

Marina Fabre
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