Publié le 28 juin 2020

ENVIRONNEMENT

La France autorise la vente des semences paysannes mais la Commission européenne s'y oppose

Une nouvelle loi permet désormais de vendre des semences paysannes aux jardiniers amateurs. Jusqu'ici, toutes les semences autorisées à la commercialisation devaient être inscrites au cahier officiel selon des critères répondant surtout à l'agriculture intensive. Cette nouvelle est un "grand pas pour la biodiversité", estime la députée LREM Barbara Pompili même si la Commission européenne s'y oppose. 

Semences paysanne vente amateur
Jusqu’ici, pour être commercialisées, toutes les semences devaient être inscrites au cahier officiel des espèces.
CC0

[Mise à jour le 6 juillet] C’est une loi publiée en toute discrétion dans le Journal officiel le 11 juin qui marque un "grand pas pour la biodiversité", selon la présidente de la Commission développement durable à l’Assemblée nationale Barbara Pompili. La loi adoptée le 27 mai par les parlementaires permet désormais de vendre des semences paysannes aux jardiniers amateurs. Concrètement, ces semences sont celles qu’un agriculteur va prélever directement de sa récolte afin de les replanter.

Jusqu’ici, pour être commercialisées, toutes les semences devaient être inscrites au cahier officiel des espèces. Mais pour ajouter une variété de céréales par exemple, il faut compter entre 6 000 et 15 000 euros, un coût trop élevé pour un agriculteur. 

Une uniformisation des semences

Par ailleurs, des critères de sélection excluaient d’office les semences paysannes. "Le cahier officiel des espèces demande des critères d’homogénéité et de productivité. Or, les semences que les paysans utilisent depuis des milliers d’années ne sont pas toutes les mêmes. C’est justement leur atout, elles sont capables de s’adapter aux changements climatiques", explique à Novethic l’ancien président du Réseau semences paysannes, Patrick de Kochko.

Résultat, de 1930 à 1965, on est passé de 400 variétés de blés à 65. Pire, aujourd’hui, selon la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture), 75 % des aliments de la planète proviennent d’à peine 12 espèces végétales et cinq animales. Monsanto (récemment racheté par Bayer), DuPontDow et Syngenta sont les principaux détenteurs de semences. 

La Commission européenne opposée

Avec la nouvelle loi, les artisans semenciers vont donc pouvoir vendre leurs semences sans passer par la case du cahier officiel. Dans les faits, cela ne changera pas grand-chose, car plusieurs associations comme Kokopelli, en vendaient déjà à des amateurs. "On vient d’autoriser quelque chose qui n’était pas vraiment interdit. On passe dans le droit positif", décrypte Patrick de Kochko qui craint tout de même que le nouveau cadre introduit par la loi implique des "normes sanitaires" qui ne correspondraient pas aux semences paysannes mais aux semences industrielles. 

Surtout, si cette loi est une bonne nouvelle, elle est limitée car elle ne permet toujours pas aux agriculteurs et aux professionnels d’acheter des semences paysannes. "Pour qu'on puisse voir le paysage agricole et les produits qui arrivent dans nos assiettes se modifier, pour qu'on puisse manger sainement, il faut que toute la chaîne suive. Donc c'est une première pierre à l'édifice, mais le combat est loin d'être terminé", tempère Ananda Guillet, Président de l'association Kokopelli, dans le média Brut.

En effet, le 23 juin, la Commission européenne s'est opposée à cette mesure. Elle estime que la commercialisation de ces semences doit être soumise aux directives européennes. Mais la loi ayant été publiée dans le Journal officiel, elle reste applicable en France. Rappelons que déjà en 2016 et 2018, la mesure avait été adoptée par les parlementaires français puis censuré par le Conseil constitutionnel.

Marina Fabre, @fabre_marina


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