Publié le 03 juillet 2020

ENTREPRISES RESPONSABLES

Lors de la pandémie de Covid-19, les Assemblées générales 2020 ont consacré la place stratégique de la RSE pour les entreprises

La saison des assemblées générales touche à sa fin dans un contexte terriblement particulier. Face à la situation sanitaire, et malgré un format resserré, celles-ci ont mis l’accent sur l’utilité sociale et plus généralement sur la politique de responsabilité sociale de l’entreprise (RSE). La confirmation d’une tendance amorcée depuis quelques années et qui s’incarne notamment dans les raisons d’être des entreprises.

AG EDF huis clos 2020
En pleine pandémie, les assemblées générales se sont tenues à huis clos, dans un format resserré où il a beaucoup été question de responsabilité sociétale (RSE), notamment via les raisons d'être. Ici, l'AG d'EDF. .
@EDF

Les Assemblées générales (AG) ne seront "plus jamais comme avant". Marquées par le Covid-19, les éditions 2020 ont "opéré un virage, sur le fond comme sur la forme", note Capitalcom qui, comme chaque année depuis 2006, a suivi l’ensemble des AG du SBF120. La crise sanitaire a obligé "les entreprises à faire la démonstration des discours de responsabilité sociétale (RSE) qu’elles tiennent depuis quelques années", souligne Marie-Agnès Gallais, directrice générale du cabinet de conseil. Pour elle, les dirigeants se sont attachés à convaincre les actionnaires du rôle essentiel du développement durable dans la stratégie et le modèle d’affaires.

La RSE a ainsi représenté en moyenne 15 % des présentations contre 10 % habituellement. Et les directeurs développement durable ont fait partie des rares managers à avoir été invité à s’exprimer. La transition énergétique a occupé un temps quasi équivalent à la présentation financière chez BNP Paribas. La RSE y est présentée comme un atout stratégique, comme chez Vinci où les dirigeants ont insisté sur son rôle dans la relance économique. Chez Kering, la recherche de matériaux durables guide l’innovation . Chez Unibail-URW, elle assure un rôle clé de différenciation.

L’utilité sociale, nouveau credo d’entreprises "en quête de sens"

Beaucoup d’entreprises ont détaillé les mesures prises pour gérer la crise et l'après crise, à la fois pour protéger leurs salariés et leurs fournisseurs mais aussi pour contribuer à l’effort national. C’est le cas des distributeurs qui ont permis d’assurer l’approvisionnement alimentaire du pays, ou des banques qui ont rappelé leur rôle dans la mise en place effective des mécanismes d’aides d’État.

Mais le phénomène est loin d’être conjoncturel selon la présidente de Capitalcom, Caroline de La Marnierre. Elle y voit le signe "certain" de l’intégration de l’empreinte sociétale, sociale et environnementale dans les stratégies. Cela se formalise notamment à travers la question de la raison d’être qui a été abordée par 70 % des entreprises. 11 sociétés l’ont présenté pour la première fois. Six sociétés du SBF120 l’ont intégré cette année dans leurs statuts, avec l’adhésion quasi-totale des actionnaires : EDF, Engie, Orange, LVMH, TF1 et Icade. Chez Danone, qui se transformait en société à mission, la question de la durabilité du modèle et de sa contribution à la société a même pesé sur la majeure partie de l’AG.

Le partage de l’effort, marqueur de crédibilité

Autre point important de la saison 2020, la mise en avant du "partage de l’effort, plus que du partage de la valeur", souligne le cabinet. Alors que la rémunération des collaborateurs a souvent été affectée par la crise, les actionnaires ont dû accepter la réduction voire l’annulation de leur dividende dans trois-quarts des entreprises et plusieurs dirigeants ont vu leur rémunération rognée. Des mesures de préservation de la trésorerie, mais surtout "un symbole de solidarité entre les parties prenantes", souligne Capitalcom. 

Les actionnaires ont cependant pâti du format digitalisé des AG. Cette année, ils n’ont bénéficié que de 11 minutes en moyenne de questions contre 45 minutes en général. Mais, là encore, cela a plutôt profité à la RSE, qui a représenté près de la moitié des questions contre 16 % en 2019. Transmises à l’avance, celles-ci ont en effet été adressées essentiellement par des actionnaires professionnels et des ONG. Parmi les sujets abordés : l’impact des entreprises sur la biodiversité, l’alignement des stratégies climat sur les accords de Paris ou les écarts de rémunération.

Béatrice Héraud, @beatriceheraud


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