Publié le 11 septembre 2017

ÉNERGIE

Quand la transition énergétique allemande va dans le mauvais sens

Selon un rapport de France Stratégie, publié à quelques jours des élections fédérales allemandes, l’EnergieWende, la transition énergétique outre-Rhin, serait en train de louper une partie de ses objectifs, tout en faisant peser un poids financier trop lourd sur les petits consommateurs. Pour autant, l’auteur souligne un essor spectaculaire des renouvelables.

Transition energetique allemagne energiewende

@lenawurm

On se souvient que, pendant la campagne présidentielle française, les questions environnementales et énergétiques étaient loin d’avoir fait la Une des débats. De l’autre côté du Rhin, la course à la chancellerie en vue de l’élection du 24 septembre 2017 ne semble pas faire mieux. Lors du dernier débat entre Angela Merkel (CDU) et Martin Schulz (SPD), les candidats n’ont abordé ni la question de l’environnement, ni celle de l’énergie… Un regret pour la frange la plus jeune des 16 millions de téléspectateurs.

C’est dans ce contexte que France Stratégie, centre d'analyses rattaché au Premier ministre, publie un rapport sévère sur nos voisins, intitulé "Transition énergétique allemande : la fin des ambitions ?". L’auteur, Étienne Beeker, y décrit une Energiewende, le nom de la transition allemande, en difficulté. "Malgré un exceptionnel développement de ses énergies renouvelables, l'Allemagne est en passe de manquer les objectifs qu'elle s'était fixés dans sa transition énergétique lancée en 2011", peut-on lire.

Des émissions de CO2 à la hausse

Concrètement, selon France Stratégie, "mis à part les ENR électriques qui ont connu un essor spectaculaire et qui devraient dépasser 35 % du mix électrique en 2020, aucun autre objectif ne semble en mesure d’être atteint". En matière d'indicateurs qui partent dans le mauvais sens, l’institut pointe par exemple du doigt la consommation d’énergie primaire qui a progressé de 0,9 % en 2015 (à cause de l’afflux de réfugiés dans le pays, selon Berlin) et de 1,1 % en 2016.... Alors qu'une baisse annuelle de 3 % est attendue.

Dans le même temps, le pays a vu ses émissions de CO2 se stabiliser tandis que celles de l’Europe partaient massivement à la baisse. L’Allemagne "reste aujourd’hui l’un des plus gros émetteurs de gaz à eff­et de serre en Europe avec 11,5 tonnes équivalent CO2 (téqCO2) par habitant, contre 6,5 téqCO2 en France", indique le rapport. Le premier semestre 2017 montre encore un accroissement des émissions de 1,2 % par rapport au premier semestre 2016. 40 % du mix électrique allemand repose sur le charbon.

Évolution comparée des émissions de gaz à e et de serre en Allemagne, en France et en Union européenne (base 100 en 2005)

C’est aussi en matière de mobilité que l’auteur émet des doutes. Angela Merkel a annoncé qu’elle ne renoncerait pas à son objectif, annoncé en 2013, de voir rouler 1 million de véhicules électriques en 2020. Mais en 2015, seuls 30 000 possesseurs d’automobiles avaient fait le choix de cette motorisation alternative.

Une protection de l’industrie

Enfin, France stratégie critique le refus de l’Allemagne de s’aligner sur la position française pour instaurer un prix plancher du carbone au niveau européen. "Les Allemands dénoncent l’avantage compétitif très important qu’un tel prix plancher procurerait au parc nucléaire français. Pour le cabinet Pöyry17, un prix du CO2 de 30 euros par tonnes (€/tonne) ferait passer le coût marginal de fonctionnement des centrales à charbon de 35  euros par mégawattheure (€/MWh) à 55 €/MWh et celui des centrales à gaz les plus performantes de 39 à 47 €/MWh. Le prix du kWh pour les industriels allemands augmenterait de 40 %". 

L’Allemagne refuse de faire porter le poids de ce surcoût à son industrie. Et difficile de charger plus les petits consommateurs qui ont déjà vu "le prix de l’électricité plus que doubler entre 2000 et 2013". Par ailleurs, "le soutien aux renouvelables (coûte) aujourd’hui plus de 300 euros par an pour une famille moyenne de quatre personnes".

Selon le rapport, une fois les élections fédérales passées, le gouvernement "pourrait bien imprimer une courbe moins ambitieuse au tournant énergétique". Une conclusion qui fait plutôt polémique au sein de la communauté des observateurs de l'énergie. Ceux-ci soulignent tout de même que Berlin a réussi son pari de faire passer la part du nucléaire 25 % à 14,6 % de son mix électrique en 5 ans. Le pays parviendra à en sortir d’ici 2022.

Vers un prix du carbone franco-allemand ?

Ce rapport est concomitant avec un rapprochement franco-allemand sur le sujet de l’énergie. Le 4 septembre, Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre français de la Transition écologique et solidaire, et Rainer Baake, secrétaire d’État à l’Énergie au ministère fédéral allemand de l’Économie et de l’Énergie, annonçaient vouloir coopérer pour "assurer la transition énergétique de l’Europe et lutter contre le changement climatique".

Ils évoquent la mise en place de "conditions qui permettraient d’expérimenter des appels d’offres en matière d’énergies renouvelables et de mener une réflexion commune sur le renforcement de la tarification du carbone dans le secteur de la production d’électricité". Terra Nova, dans un rapport du 30 août, appelle à créer un tandem franco-allemand pionnier sur la mise en place d’un prix plancher du carbone de l’ordre de 20 à 30 €/tonne de CO2. Un objectif qu’on imagine toutefois mal être accepté par l’industrie allemande.

Ludovic Dupin @LudovicDupin

Ludovic.dupin@novethic.fr

(1) Transition énergétique allemande : la fin des illusions ?


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