Publié le 16 octobre 2019

ÉNERGIE

Pacte productif : le gouvernement veut réconcilier l’industrie et le climat

Bruno Le Maire a présenté les premières orientations de son pacte productif. Celui-ci doit permettre d’atteindre le plein-emploi en 2025, en favorisant la relocalisation d’usines sur le territoire. Mais cette réindustrialisation doit se faire en respectant l’objectif de la neutralité carbone de la France en 2050. Une équation difficile à résoudre, mais nécessaire pour assurer la transition écologique.

Le ministère de l'Économie et des finances a présenté le pacte productif le 14 octobre.
@Bercy

Relocaliser la production industrielle tout en respectant les engagements climatiques de la France. C’est la difficile équation que le ministère de l’Économie et des finances doit résoudre dans son pacte productif. Bruno Le Maire a présenté, le 15 octobre, les premières orientations de ce pacte dont l’objectif, fixé par Emmanuel Macron, consiste à retrouver le plein-emploi d’ici 2025, tout en répondant aux défis des transitions numériques, écologiques et démographiques.

Cette nouvelle politique industrielle présentée par Bercy doit ainsi en premier lieu respecter l’engagement français d’une économie neutre en carbone d’ici 2050. Pour Bruno Le Maire, les importations constituent le principal obstacle à cet objectif : les émissions de CO2 de la France ont baissé de 20 % depuis 1990, tandis que celles des importations doublaient, entraînant une augmentation nette de 11 % des émissions. "Si c’est pour délocaliser toutes les productions émettrices et faire revenir les produits, nous sommes doublement perdants", déplore Bruno Le Maire.

Trouver les bons leviers

La relocalisation d’usines sur le territoire doit résoudre le dilemme. Mais, pour cela, le gouvernement a besoin des bons leviers. "Je vois bien l’importance de la marche à franchir, je pense que cela va nous demander des décisions politiques lourdes", constate le ministre de l’Économie. S’il n’évoque pas le sujet explosif de la taxe carbone dans l’Hexagone, il propose néanmoins la mise en place d’une taxe carbone aux frontières européennes, ainsi qu’une taxation au niveau européen des moyens de transports polluants comme l’avion et les bateaux. Deux dispositifs qui rencontrent encore des résistances de pays comme l’Allemagne.

Ce mouvement de relocalisation doit également emporter l’adhésion des Français. Là encore, une industrie respectueuse du climat peut apporter les bonnes réponses. D’abord aux questionnements des plus jeunes. "Il n’y a pas un jeune qui ne nous dit pas : à quoi bon votre croissance si c’est dans un monde invivable", rappelle le ministre. Mais aussi des riverains des futures usines, réticents à l’idée qu’un site de production s’installe à proximité de chez eux. L’acceptabilité sociale de l’industrie ne se fera, selon Bruno Le Maire, qu’avec des usines propres et faiblement émettrices en CO2.

Des secteurs à développer

Côté entreprises, le ministre entend rouvrir le chantier de la baisse des impôts de production, ces impôts locaux qui s’ajoutent à l’impôt sur les sociétés, afin de les inciter à investir dans de nouvelles usines. Cette requête fréquente de la part des organisations patronales pourrait toutefois s’accompagner de contreparties, en conditionnant par exemple la baisse de ces impôts à des investissements pour réduire leur empreinte carbone.

Des secteurs industriels devraient être plus favorisés que d’autres pour saisir les opportunités de la transition écologique et de la révolution numérique. Le cabinet Roland Berger travaille sur un rapport en la matière. Mais des secteurs semblent évidents dès maintenant, comme l’intelligence artificielle, les énergies propres ou encore la mobilité durable.

Ces premières orientations présentées par le ministère de l’Économie, en partenariat avec plusieurs autres ministères (travail, enseignement supérieur, agriculture, etc.) vont désormais être soumises à une consultation publique, avant la décision finale du Premier ministre et du président de la République.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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