Publié le 13 avril 2018

ÉNERGIE

Le Japon, prêt à attaquer le monopole de la Chine sur les terres rares

Des scientifiques japonais ont analysé de massifs gisements de terres rares dans les fonds marins de l'Océan Pacifique, estimant qu'ils pourraient représenter plusieurs centaines d'années de la consommation mondiale de certains de ces matériaux. De quoi remettre en cause le quasi monopole chinois sur cette ressource indispensable à la transition numérique et énergétique.

Au large de l'île de Minamitorishima, des scientifiques ont découvert des ressources quasi-illimitées de terres rares.
@WMO

Des gisements de terres rares ont été découverts en 2013 au large du japon. Ils pourraient contenir plus de 16 millions de tonnes de ces minéraux précieux, utilisés dans la fabrication de produits de haute technologie (éoliennes, smartphones, moteurs électriques, etc.), selon une étude publiée mardi par la revue Scientific Reports. Ils sont situés dans une vaste zone de 2 500 km2 près de l'île de Minamitorishima, à quelque 2 000 km au sud-est de Tokyo. Les ressources se situent à 5 000 mètres de profondeur.

Selon les premières mesures, les scientifiques nippons ont évalué que la quantité présente de dysprosium, un élément utilisé par exemple dans les aimants permanents, représentait 730 années de consommation mondiale. Tandis que les réserves d'yttrium, entrant dans la fabrication des lasers, étaient susceptibles de combler les besoins de l'industrie pendant 780 années. Ils ont aussi trouvé de grandes quantités d'europium et de terbium. La zone de recherches "a le potentiel pour fournir au monde ces métaux sur une base quasi-infinie", insistent les auteurs de l'étude.

Un monopole chinois

Actuellement le Japon – à l’instar du reste de la planète - dépend grandement de la Chine, qui concentre 90 % de la production (environ 150 000 tonnes en 2016) et contrôle donc ce marché ultra-stratégique.  En 2011, le géant asiatique avait même provoqué une flambée momentanée des prix et une véritable crise sur le marché mondial en appliquant des quotas à l'exportation.

Si ces quotas n'existent plus, le marché s'est de nouveau tendu l'an dernier et les prix ont bondi, quoique bien moins qu'en 2011. Car d'un côté la Chine a limité sa production et lutté contre les mines illégales, et de l'autre, les annonces se sont multipliées en faveur des véhicules électriques et du développement des énergies renouvelables, très consommateurs de terres rares.

Mais le gisement japonais, bien que prometteur, est encore loin d'être exploitable, sans parler des enjeux environnementaux, soulignent les experts. "Il faudra encore plusieurs années pour déterminer si une exploitation est faisable", note Ryan Castilloux, directeur du cabinet Adamas Intelligence.

"Rien ne dit que la totalité du gisement pourra être extraite de manière économique" et "de façon compétitive par rapport aux gisements terrestres", en particulier chinois, juge Mark Hannington, géologue au Geomar (Helmholtz Centre for Ocean Research) de Kiel en Allemagne. Actuellement, aucune technique rentable n'existe pour exploiter ce type de gisement, situé à de si grandes profondeurs.

Un défi technologique

"Seuls des projets pilotes ont été réalisés", précise-t-il. Et étant donné la faible concentration des terres rares, inférieure à 1 % des boues sous-marines, "cela veut dire que pour récupérer 1 000 tonnes d'oxyde de terre rare, il faudrait traiter 1 million de tonnes de boues", explique Ryan Castilloux.

Pas de quoi éroder l’enthousiasme de l’équipe japonaise à l’origine de la découverte. "Le travail doit se poursuivre pour développer des moyens de ramener ces boues à la surface", reconnaît Yutaro Takaya, chercheur de l'Université de Waseda. Les chercheurs espèrent y parvenir "d'ici cinq ans", selon lui, même s'il admet que "le coût sera un défi".

L'an dernier, l'Institut d'études géologiques des Etats-Unis (USGS) évaluait à 120 millions de tonnes les réserves de terres rares dans le monde, dont 44 millions en Chine, 22 millions au Brésil, et 18 millions en Russie. Hors de Chine, 38 projets sont à des stades de développement divers, selon une évaluation du cabinet spécialisé Adamas Intelligence.

La rédaction avec AFP


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