Publié le 27 mai 2014

ÉNERGIE

Le crowdfunding peut-il financer les énergies renouvelables ?

Le "crowdfunding" permettra-t-il de financer la transition énergétique? Arnaud Montebourg doit présenter mercredi 28 mai en conseil des ministres une ordonnace encadrant les pratiques du financement participatif. Le texte est très attendu par les acteurs du secteur des énergies renouvelables même si cet outil ne suffira pas à financer la transition énergétique. Explications.

Arnaud Montebourg a la sortie du conseil des ministres le 30 avril 2013
Arnaud Montebourg à la sortie du conseil des ministres le 30 avril dernier
© ALAIN JOCARD / AFP

C’est un fait peu connu. L’un des pionniers mondiaux de l’equity crowdfunding (financement participatif en capital) est français.

Opérationnel depuis 2009, Wiseed a déjà permis à 26 200 particuliers d’investir plus 8 millions d’euros dans 37 start-ups. Ces jeunes pousses spécialisées dans les solutions technologiques durables, notamment en termes d’efficacité énergétique ou de nouvelles techniques d’énergies renouvelables, représentent déjà 20% des entreprises financées via la plateforme.

Les fondateurs comptent développer ce secteur : "les personnes qui viennent sur Wiseed veulent se réapproprier leur investissement. Cela passe notamment par le fait de pouvoir mesurer son impact sur la société. C’est très visible si l’on prend les entreprises financées sur la plateforme depuis 5 ans : les start-ups dédiées à la santé ou à la transition énergétique trouvent très facilement preneurs ! Et ces dernières se portent bien", rapporte Thierry Merquiol, le fondateur du site.

 

Des expériences pilotes en attendant la réforme

 

Le secteur énergétique fait l’objet d’une attention particulière de la part des acteurs du crowdfunding. L’un d’entre eux, Lumo, en a même fait son fonds de commerce exclusif. "Aujourd’hui, en France, notre épargne sert à tout sauf à la transition énergétique. Notre objectif est donc de réorienter massivement cet argent vers le financement des projets d’énergies renouvelables. Sur le long terme, nous pensons aussi orienter les fonds vers l’efficacité énergétique. Notre souci est de faire peser le moins de risques possibles sur les citoyens qui engagent de l’argent dans ce type de projet via notre plateforme internet", explique Marie-Véronique Gauduchon la directrice générale de Lumo.

Créée en 2012, cette plateforme a pour l’instant contribué à financer deux projets d’énergies renouvelables. Le principal concerne l’installation, sur le toit de l’école d’Aytré, en Charentes maritimes, de 180 panneaux solaires qui fournissent désormais 42 000 kWh par an. " La maire de la commune a vu dans le financement participatif un capital sympathie qu’elle pourrait valoriser", rapporte Marie-Véronique Gauduchon. Car au final, le montant investi par les citoyens –essentiellement des habitants de la région-, est resté minime : 10 000 euros sur les 105 000 nécessaires à l’installation. "Il s’agissait d’une expérience pilote en attendant les réformes réglementaires du crowdfunding qui vont nous permettre de pouvoir réellement débuter notre activité", souligne la directrice générale.

Ce mercredi 28 mai, Arnaud Montebourg, le ministre de l’Economie, devrait présenter en conseil des ministres une ordonnance censée permettre à ce nouveau marché financier de prendre son essor tout en encadrant ses pratiques. Le plafond des prêts participatifs serait fixé à 1 million d’euros.

 

Opérer un changement d’échelle

 

Il s'agit d'un minimum pour peser dans le secteur des énergies renouvelables. Car les projets, notamment dans l’éolien (environ 1 million d’euros par MW), sont très consommateurs de capitaux. Quant aux petits projets solaires, "les tarifs de rachat ont tellement baissés qu’ils sont moins intéressants aujourd’hui. Et leur avenir reste flou. Pour assurer notre viabilité et ne pas faire courir des risques trop importants aux épargnants, nous allons donc être obligés de passer à l’échelle supérieure, comme les parcs solaires", souligne la directrice générale de Lumo.

Financer des grands projets d’énergie renouvelables par le grand public ? L’idée parait "éminemment sympathique " à Thierry Lepercq, le président de Solaire Direct, qui se présente comme le "premier opérateur d’électricité solaire compétitive". Mais selon lui, le capital médiatique dont bénéficie le crowdfunding ne suffira pas à en faire un véhicule financier suffisant pour la transition énergétique. Il faudrait pour cela que les montants investis par les particuliers se chiffrent en milliards. "Les montants globaux du crowdfunding sont assez peu importants dans le secteur, de l’ordre de quelques millions d’euros seulement", confirme Alexis Gazzo. Chez Lumo comme au Crédit coopératif, une banque qui affiche clairement son soutien au crowdfunding le constat est le même.

 

Susciter l’adhésion

 

"A l’heure actuelle, ce n’est pas le financement participatif qui va permettre à un projet de voir le jour", reconnaît Marie-Véronique Gauduchon. Cela peut tout de même "permettre d’obtenir un peu plus de la banque. Par exemple, si le porteur du projet décide de procéder à une augmentation de ses fonds propres par ce biais, la banque peut lui accorder un prêt d’un montant supérieur. C’est aussi une solution supplémentaire dans un contexte règlementaire qui limite la capacité d’intervention des banques pour certains types de projets ou d’entreprises. Pour nous, banques et plateformes sont complémentaires, pas concurrentes !", souligne Erwan Audouit, le responsable des partenariats au sein de la direction du développement du Crédit Coopératif.

Mais le véritable intérêt du financement participatif est sans doute ailleurs. Experts des énergies renouvelables, entrepreneurs et financiers s’accordent à y voir surtout un moyen de favoriser l’adhésion, voire l’acceptabilité des projets auprès des riverains. Le bénéfice n’est pas mince. En France, de nombreux projets éoliens se sont retrouvés bloqués par des actions en justice intentées par des associations dénonçant les nuisances des éoliennes. "C’est un très bon outil de communication que ce soit pour le porteur du projet, le territoire, voire même la banque. S’il est bien utilisé cela peut constituer une garantie supplémentaire", analyse Erwan Audouit. Mais il prévient : "pour que cela fonctionne, il faut que le projet soit attractif, qu’il puisse fédérer une communauté autour de lui. Sinon, personne n’apportera le moindre euro".

Le financement participatif en France explose, il a connu une croissance de +160% en 2013 pour 65 millions d’euros levés et on l’estime à 6 milliards d’euros à horizon 2020.

 

Actualisation (30 mai):

Le 28 mai, Arnaud Montebourg a effectivement présenté son projet d'ordonnance en conseil des ministres. le texte assoupli la reglementation. Les entreprises pourront lever jusqu'à un million d'euros via le financement participatif. Les décrets précisant les modalités d'applications devraient être publiés dans le courant de l'été.

Béatrice Héraud
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