Publié le 20 mars 2020

ÉNERGIE

[Coronavirus, le jour d’après] Faire redécoller le secteur aérien avec des ailes plus vertes

De nombreuses compagnies aériennes vont faire faillite ou s’en approcher de très près. Elles sont mises à genoux par la crise du coronavirus. Le secteur appelle à des aides d'État pour être sauvé. Pour beaucoup, ces aides doivent être données en contrepartie d'un virage environnemental une fois la crise passée. Toute la semaine, Novethic se penche sur la fragilité de nos modèles économiques, secteur par secteur, mis en lumière par la crise sanitaire actuelle. 

Toutes les compagnies aériennes européennes ont vu baisser leurs activités de 70 à 90 %.
DR

Il y a encore quelques mois, le secteur aérien était visé par un vaste mouvement écologique. Il s’agissait du Flygskam, "la honte de prendre l’avion"  en raison de ses émissions de CO2. Le secteur avait taché de convaincre de sa vertu, et au final avait plutôt bien résisté à ces attaques. Aujourd’hui la filière fait face à une nouvelle crise, beaucoup plus brutale, qui réussit là où les militants "anti-avion" ont échoué.

De tous les secteurs économiques, l’aérien est l’un des plus touchés par le Covid-19. Peu à peu toutes les frontières se sont fermées, partout. Lors de ses résultats annuels le 19 mars, le Président de l’allemand Lufthansa, Carsten Spohr, décrit : "Depuis quelques jours, plus personne ne veut prendre l'avion. Depuis quelques jours, plus personne n'a le droit de prendre l'avion". En conséquence, 80 % de son personnel est au chômage.

Ryanair et Easyjet ont diminué leur vol de 70 à 90 %. Les deux géants du secteur, American Airlines et Delta Airlines, ont déjà diminué leur activité de 20 à 30 % et la situation va s’aggraver avec l’essor du virus aux États-Unis. Du côté d’Air France-KLM, dont l’activité a chuté de 80 à 90 %, le gouvernement en est venu à évoquer une nationalisation de l’entreprise. Mais l’opération complexe et qui ne changera pas le problème pourrait plutôt laisser place à des aides publiques directes, exceptionnellement autorisées par l’Union européenne.

Pire que le 11 septembre

Le coronavirus est "une crise d'une ampleur mondiale comme nous n'en avons jamais connue (…) pire qu'après le 11 Septembre", déplore Alex Cruz, Président de British Airways. "Plus la crise dure, moins il est probable que l’avenir de l’aviation puisse être garanti sans aides publiques", prévient Carsten Spohr. Selon l'Association internationale du transport aérien (IATA), il faudra 200 milliards de dollars aux transporteurs pour s'en sortir, précise l’IATA.

Ces aides seront indispensables, mais des voix s’élèvent pour qu’il ne s’agisse pas d’un chèque en blanc. "L'industrie aéronautique emploie des dizaines de milliers de personnes à travers l'UE, et le soutien financier doit être priorisé pour (soutenir ces) emplois en danger", explique l’influente ONG européenne Transport & Environnement (T&E). Elle ajoute : "Mais les aides d'État aux compagnies aériennes ne devraient être approuvées que si les pays s'assurent que (les compagnies) commenceront plus tard à payer des impôts ".

En effet, les transporteurs aériens sont entre autres exonérés de la taxe sur les carburants en Europe, un manque à gagner de 27 milliards d’euros selon l’ONG. Andrew Murphy, directeur de l'aviation chez T&E, lance un appel : "Les compagnies aériennes appelant au soutien du public en période de crise devraient accepter de payer leurs impôts dans les temps sereins". De plus, "les États devraient également exiger que les compagnies aériennes commencent à utiliser des carburants à faible émission de carbone. L'argent public doit soutenir les technologies du futur et ne pas renforcer les erreurs du passé", ajoute-t-il.

8 % de la consommation

Le Président de l’Agence International de l’énergie a très précocement alerté sur l’impact de la crise du Coronavirus sur la transition énergétique. Il juge que la situation actuelle ne doit pas faire oublier la crise climatique profonde. "Je parle avec plusieurs gouvernements et dirigeants d'institutions financières internationales parce qu'ils sont tous occupés à concevoir des programmes de relance pour l'économie (…) je leur dis que nous pouvons utiliser la situation actuelle pour renforcer notre ambition de lutter contre le changement climatique".

Aussi, il rappelle que "l'aviation représente 1 % de l'économie mondiale, mais elle représente 8 % de la consommation mondiale de pétrole". "Je comprends que lorsque je parle aux gouvernements, ils sont très préoccupés par la crise économique actuelle", dit-il. Mais il insiste sur la nécessité de garder l'œil rivé sur le coup d'après, pour bien prendre en compte le changement climatique.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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