Publié le 20 octobre 2015

ÉNERGIE

Conférence sociale : "il faut anticiper les mutations professionnelles de la transition énergétique"

La 4ème conférence sociale pour l’emploi réunissait hier le gouvernement, le patronat et les syndicats (à l’exception de la CGT et de Solidaires), dans un climat social tendu. Au menu de la seule journée de travail, trois thèmes : la création du compte personnel d’activité, la transformation numérique du travail mais aussi la transition énergétique et la COP21. Jamais l’environnement n'avait été au menu de la conférence sociale. Retour sur une première.

François Hollande lors de la conférence sociale du 19 octobre 2015 au Conseil Économique Social et Environnemental (CESE).
Christophe Petit-Tesson / AFP

La transition énergétique doit être vue comme le "futur de l'industrie en France", comme un "atout économique et du mieux vivre" et non comme une "entrave au développement". C'est le message qu'ont porté François Hollande et son Premier ministre concernant la table ronde de la conférence sociale consacrée à la transition énergétique et la COP21.

Une table ronde qui n'a pas eu les honneurs médiatiques mais dont l'objet est pourtant décisif pour l'avenir de l'emploi dans l'Hexagone. Car comme l'a rappelé Manuel Valls, citant une étude du ministère du Travail américain, 60 % des métiers et carrières de demain n'existent pas aujourd'hui. Et la transition énergétique et écologique en est porteuse.

En France, on estime le nombre de créations d'emplois liés à cette transition à 100 000 à court terme (d'ici 2016 selon la stratégie nationale de la transition écologique vers un emploi durable) et au moins au double d'ici 2030. Des emplois "non délocalisables pour la plupart", via les rénovations énergétiques dans le bâtiment mais aussi les 100 GW d'énergies renouvelables à installer en France, la ville durable, les réseaux intelligents, l'efficacité énergétique ou encore le nucléaire, a précisé le Premier ministre.

Pour réussir cette "transformation majeure", il faut "anticiper, forger une vision de long terme, provoquer les ruptures technologiques et organiser les mutations dans les emplois et les compétences."

 

La formation au cœur de la transformation des métiers

 

Certes. Mais le sujet de l'emploi et de la formation liés à la transition énergétique et écologique n'est pas nouveau, loin de là. Il en est question dès 2007 et le Grenelle de l'environnement.

Il était aussi au menu du Débat national sur la transition énergétique (DNTE), puis de la Conférence environnementale de 2013 mais aussi de l'examen parlementaire de la Loi de Programmation pour la transition énergétique.

Le sujet est plutôt consensuel et les pistes de solutions connues, reconnaissent d'ailleurs le patronat et les syndicats. Le besoin de formation est criant, pour tous les salariés et les chefs d'entreprises. Tout comme le besoin de passer par les régions et branches professionnelles. Et de certifier le "verdissement" de ces formations, comme avec la mention RGE (reconnu garant de l'environnement) dans le bâtiment.

Et pourtant, au delà du consensus, la mise en place de mesures concrètes peine à voir le jour. Comment coordonner l'action de formation ? Comment drainer les jeunes vers les bonnes filières ? Comment assurer les mutations et reconversions entre filières ? Les partenaires sociaux appellent à une impulsion politique. Lors de la conférence, le gouvernement a notamment annoncé la reconduction d'un plan de formation prioritaire pour 150 000 chômeurs (jeunes, seniors et de longue durée) en 2016.

Mais quel sera le contenu de ces formations ? Sera-t-il tourné vers des emplois durables ? "L'emploi et la formation ont été abordés de façon très générale. On reste en surface et le travail reste largement devant nous. Nous devons aller en profondeur sur le contenu et la qualité des emplois. Prenons un salarié d'une centrale nucléaire. S'il se reconvertit dans les énergies renouvelables, ce n'est ni le même statut, ni la même convention collective, ni les mêmes conditions de travail et de vie", souligne Alexandre Grillat, secrétaire national de la CFE-CGC en charge du développement durable et de la RSE. "Nous n'avons pas encore un lieu de débat pour cela. Nous avons besoin d'une vraie GEPC (Gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences, NDLR) à l'échelon territorial et coordonnée au niveau national. Pourquoi ne pas prévoir une conférence de l'emploi de la transition énergétique ?".

Le Premier ministre, lui, a plutôt évoqué une feuille de mission donnée début novembre au président du Conseil national de l'emploi, formation et orientation professionnelle avec un point d'étape à la fin du premier semestre 2016. "Les outils existent mais ils ne sont pas suffisamment utilisés", estime de son côté Robert Durdilly, en charge de la RSE au Medef.

"Inspirons-nous du plan bâtiment durable, redynamisons-le et tirons-en des enseignements pour d'autres secteurs particulièrement impactés par la transition énergétique comme l'énergie, les transports... et travaillons avec les branches professionnelles, les régions et les OPCA (les organismes paritaires chargés de collecter les fonds pour la formation professionnelle, NDLR)", propose Guillaume de Bodard, en charge du développement durable à la CGPME.

Au-delà de l'emploi hexagonal, la CFDT a également porté l'idée d'une "transition juste" au niveau international, notamment à travers l'accord climatique qui sera négocié dans quelques semaines lors de la COP21 à Paris. "Nous avons proposé d'utiliser une partie du Fonds vert (fonds sous l'égide de l'ONU destiné à aider les pays du Sud à lutter et s'adapter au changement climatique, NDLR) à la formation professionnelle", précise ainsi Gérald Dumas, secrétaire confédéral au développement durable de la CFDT.

 

L'environnement, un sujet de dialogue social dans les entreprises

 

Autre sujet abordé lors de cette table ronde, l'intégration de l'environnement dans le dialogue social, au sein même de l'entreprise. Porté par la CFE-CGC et soutenu par la CFDT, la CGT et la CFTC, il a aussi reçu un bon accueil de la part du Medef et de la CGPME.

A une condition toutefois : que cela n'engendre pas de contraintes supplémentaires. "A partir du moment où l'environnement devient un enjeu stratégique pour l'entreprise, il est traité dans les conseils d'administration et avec les instances de représentation du personnel", souligne Robert Durdilly. "Il y déjà un cadre pour cela, que ce soit la loi de Programmation pour la transition énergétique qui demande un rapport annuel sur les questions environnementales et climatiques et la loi Rebsamen sur le dialogue social", ajoute Alexandre Grillat.

Le sujet devrait être approfondi dans le cadre de la plateforme RSE qui réunit l'ensemble des parties prenantes sur les questions de responsabilité sociale des entreprises, a précisé Manuel Valls. "C'est un bon lieu et un bon véhicule pour que les acteurs s'emparent de la question et que ce soit effectivement mis en œuvre", acquiesce Alexandre Grillat.

La plateforme assurera plus généralement le suivi de la COP21 dans les entreprises et la préparation de la conférence internationale du travail de juin 2016. Mais aussi le renforcement de la responsabilité entre les donneurs d'ordres et leurs sous-traitants, un autre sujet d'actualité qui sera débattu ce mercredi au Sénat dans le cadre de l'examen du projet de loi sur le devoir de vigilance des multinationales.

Béatrice Héraud
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