Publié le 21 juin 2018

ÉNERGIE

Fin des Autolib’ et Velib’ indisponibles… Paris à contresens de la mobilité durable

Le système de voitures électriques Autolib’ affiche un lourd déficit et les villes bénéficiaires, en particulier Paris, refusent d’assumer une partie de ces pertes. En conséquence, le syndicat en charge de ce service a résilié le contrat avec le groupe Bolloré pour ce service. Déjà sevrés de vélos en libre-service, les Franciliens vont perdre la flotte de 4 000 véhicules électriques.

4 000 Autolib' sont déployées dans Paris et sa banlieue.
@Autolib

Les 150 000 usagers d’Autolib’ font grise-mine ce jeudi 21 juin. Comme attendu depuis quelques semaines, le Syndicat Autolib' Vélib' métropole (SAVM) a voté la résiliation du contrat qui le lie depuis 2011 avec le groupe Bolloré. Les 4 000 voitures électriques ne circuleront plus dans la capitale et dans 98 villes de banlieue.

"Nous recevrons sans doute dans les prochains jours la notification de résiliation de la part du Syndicat Autolib' Vélib' Métropole (SAVM), et ensuite le service s'arrête(ra)", explique la directrice de la mobilité du Groupe Bolloré, Marie Bolloré. Le service devrait ainsi être stoppé lundi 25 juin.

Une ardoise de 233 millions

La raison de cette résiliation est la demande du groupe aux communes bénéficiaires de verser 233 millions d'euros d'ici à la fin de la concession, fin 2019, pour combler le gouffre budgétaire. En effet, le service peine à trouver son équilibre économique, en particulier depuis l’essor des offres de voitures avec chauffeur telle que Uber.

Le SAVM, contrôlé à 55 % par la Mairie de Paris, refuse de verser cette somme. Même si selon Bolloré, l'arrêt prématuré du contrat va coûter bien plus cher : environ 300 millions d’euros en prenant en compte, en plus du démantèlement des installations et des pénalités, le licenciement des 250 salariés de l’entreprise.

Un contresens de l’Histoire

"C'est vraiment dommage : de l'extérieur, ça avait l'air de très bien fonctionner. Tout ça, c'est la mobilité de demain. Cela paraît étonnant parce que c'est un contresens de l'Histoire", commente Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique sur France Info.

Il ajoute : "Cette mise à disponibilité de vélos, de voitures, c'est la mobilité de demain. Cela correspond à une aspiration sociétale importante, il faut qu'on y réponde", a-t-il ajouté. Le député LREM Matthieu Orphelin parle pour sa part sur Europe 1 "d’un gâchis" qui ne permet pas de "sortir de l’autosolisme", comprendre l’utilisation de voitures individuelles.

Des trottinettes dans les rues

Le problème est que la disparition de ce service de mobilité propre disparaît au moment où Vélib’ est au bord de la catastrophe industrielle. Smoovengo, qui a été choisi par la Mairie en remplacement de JCDecaux, ne parvient pas à assurer la mise en place de sa flotte de bicyclettes, en raison de difficultés techniques et d’une grève de ses équipes.

Seuls 7 000 vélos sont déployés contre 20 000 prévus, et la majorité d’entre eux ne sont pas utilisables. Quant aux vélos électriques, ils ont tous été retirés. 748 bornes ont été installées, 543 sont fonctionnelles... Le contrat en prévoyait 1 4000 en service fin mars. Enfin, le nombre de trajets mensuels s’établit à 8 500, contre 100 000 avec l’ancien vélo.

Un autre service de mobilité va démarrer à partir de vendredi 22 juin à Paris. L’Américain Lime va mettre à disposition des Parisiens des trottinettes électriques, capables d’atteindre la vitesse de 24 km/h. L’entreprise a déjà déployé des flottes dans 60 villes aux États-Unis, en Allemagne et en Suisse. Un service qui compensera un peu les vélos, mais pas celui des voitures.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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