Publié le 03 février 2021

ÉNERGIE

Signal d’alarme pour le pétrole : BP et Exxon annoncent 40 milliards de dollars de pertes cumulées en 2020

Les majors pétrolières sont dans la tourmente et d’aucuns y verraient le début de la fin des fossiles. A eux deux, les deux plus grandes majors ont chacune enregistré plus de 20 milliards de dollars de pertes. Déjà les deux PDG annoncent un renforcement des stratégies de diversification vers des énergies moins carbonées, une réponse aux actionnaires qui demandent une vraie stratégie durable à ces multinationales.

Plateforme BP ExxonMobilAustralia
Plateforme pétrolière MarvinB d'ExxonMobil en Australie.
@ExxonMobilAustralia

Si toute l’économie a durement souffert de la pandémie mondiale, le secteur pétrolier a été particulièrement mis à mal. Il a subi la double peine de la chute de la consommation et de l’effondrement des cours du baril. On savait les dégâts considérables pour les majors, mais nous commençons à en mesurer réellement l’ampleur avec le début de la saison des résultats annuels des entreprises. Pour ouvrir le bal, c’est le britannique BP et l’américain ExxonMobil qui ont révélé des pertes abyssales.

Pour BP, elles atteignent 20,3 milliards de dollars en 2020. En 2019, le bénéfice s’élevait à 4 milliards de dollars. En cause, on trouve le chiffre d’affaires en baisse de 35 % et des dépréciations d’actifs de plus de 16 milliards. "Notre secteur a été durement touché. Le transport routier et aérien est en recul, tout comme la demande de pétrole, les prix et les marges", résume Bernard Looney, directeur général de BP, qui entrevoit pourtant "des jours bien meilleurs en 2021".

Baisse d’effectifs

Même histoire, ou presque, côté Exxon. La perte est fixée à 22,4 milliards de dollars, contre un bénéfice de 14,3 milliards de dollars en 2019. Le chiffre d’affaires a également reculé de 31 %. Là aussi on trouve des dépréciations d’actifs de 19 milliards de dollars notamment dans le gaz. "L'année qui vient de s'écouler a présenté les conditions de marché les plus difficiles qu'ExxonMobil ait jamais connues", a déclaré le PDG Darren W. Woods.

À ces deux géants, on aurait ajouté le cas de Chevron qui a perdu, plus modestement, 5,5 milliards de dollars. La première réponse des deux pétroliers, qui visent à préserver les dividendes, passe par la vente d’actifs et la diminution de leur effectif d’environ 15 %. L’autre tendance qui commence à poindre est une très probable consolidation du secteur. Selon le Wall Street Journal, des discussions de fusion ont eu lieu entre Exxon et Chevron même si celles-ci sont à l’arrêt désormais.

Mais la principale conséquence de cet épisode va être l’accélération du virage vert des majors, en partie sous pression de leurs actionnaires soucieux de la pérennité de leur investissement. Ainsi d’ores et déjà, ExxonMobil a fait savoir qu'il créait un pôle d'activités consacré aux technologies moins polluantes, ExxonMobil Low Carbon Solutions. Il compte y investir 3 milliards de dollars d'ici 2025. Les premiers projets porteraient sur la capture et le stockage de carbone.

Dans l’attente de Total

Par ailleurs, ExxonMobil a déjà annoncé au quatrième trimestre son intention de diminuer de 15 % à 20 % ses émissions en matière d'exploration et d'exploitation du pétrole d'ici 2025 par rapport à 2016. De son côté, BP a déjà engagé cette trajectoire depuis un an avec la nomination de Bernard Looney à sa tête. Il a annoncé vouloir multiplier par dix ses investissements dans les énergies à faibles émissions carbone d'ici 2030, pour atteindre 5 milliards de dollars par an.

Le 9 février prochain, c’est Total qui annoncera ses résultats. Et là aussi, une large partie des actionnaires attend du PDG Patrick Pouyanné un engagement vers un modèle d’affaires moins carboné et plus durable. Or en octobre dernier, celui-ci avait projeté la stabilisation, voire le déclin, de la production de pétrole d’ici 2030. Il ajoutait que le groupe à cette date aura développé 85 GW d’énergie renouvelable (l’équivalent de 55 à 65 réacteurs nucléaires). "Total (est), la première major pétrolière et gazière à prendre des engagements de réduction de 30 % de ses émissions de CO2 sur son scope 3 dès 2030 (celles de ses consommateurs, ndr)", ajoutait-il.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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