Publié le 01 juin 2015

ÉNERGIE

Energies fossiles : 6 compagnies pétrolières interpellent l’ONU sur la tarification du carbone

Six compagnies pétrolières et gazières européennes (Total, Statoil, Shell, Eni, BP et BG) ont publié le 1er juin une lettre ouverte dans le Financial Times. Elles demandent aux États et à la CCNUCC (organisme des Nations Unies chargé du climat) de mettre en place des mécanismes de tarification du carbone. Elles y mettent également en avant le gaz comme une des solutions à la lutte contre le changement climatique. Une demande qui intervient alors que s’ouvre le 26ème congrès mondial du gaz à Paris.

Plate-formes gazière en mer du Nord (2004)
Marcel Mochet / AFP

L’avenir des compagnies pétrolières pourraient bien résider dans le gaz. C’est en tous cas ce qu’expliquait Total, vendredi 29 mai, lors de son assemblée générale. C’est aussi ce qui devrait ressortir du 26ème congrès mondial du gaz qui s’ouvre ce 1er juin à Paris. Car le gaz a deux atouts de poids : il reste abondant et il est moins émetteur de gaz à effet de serre que le charbon ou le pétrole.

D'un autre côté, le pétrole n’a pas bonne presse. Cette année, les assemblées générales des pétroliers ont été particulièrement marquées par la question climatique, par le biais de résolution d’actionnaires demandant aux Majors (sauf Total) de mieux prendre en compte ce risque dans leur stratégie.

 

Le gaz, solution privilégiée des compagnies pétrolières et gazières contre le changement climatique

 

C’est en tenant compte de ce contexte qu’il faut comprendre l’appel de six compagnies pétrolières européennes - Total (France), Statoil (Norvège), Shell (Royaume-Uni/Pays-Bas), Eni (Italie), BP (Royaume-Uni) et BG (Royaume-Uni) - "aux États du monde entier et à la CCNUCC (Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques) pour l’instauration de mécanismes de tarification du carbone". Un tel prix leur permettrait en effet de développer leur activité gazière. "Nous souhaitons souligner le rôle majeur que le gaz naturel peut jouer pour répondre au défi du changement climatique. Nous sommes convaincus que la mise en place, partout dans le monde, de mécanismes de tarification du carbone est essentielle pour matérialiser les avantages du gaz", écrivent-ils.

Cet appel a été lancé dans le Financial Times. Une technique inhabituelle pour le lobby énergétique, fait remarquer le quotidien économique britannique de référence : "Traditionnellement, les entreprises du secteur de l’énergie et leurs fédérations préféraient rencontrer les politiques dans des réunions privées plutôt que de les interpeller par des déclarations publiques. Cette proposition marque un changement dans leur approche des négociations onusiennes, auxquelles elles assistaient traditionnellement comme observateurs".

Les six entreprises ont complété leur tribune par une lettre ouverte datée du 29 mai, directement adressée à Christiana Figueres (secrétaire exécutive de la CCNUCC) et à Laurent Fabius, président de la COP 21, et qui leur permet d’exposer en détail leur position sur la tarification carbone. Les dirigeants des six compagnies y reconnaissent que "le changement climatique est l’un des grands défis de notre temps. Nous, grandes compagnies pétrolières et gazières, reconnaissons l’ampleur de ce défi et l’importance de l’énergie pour le bien-être des populations mondiales".

 

Une demande de cadre réglementaire au niveau mondial

 

Dans cette lettre ouverte, les six compagnies expliquent aussi que  leur secteur "est confronté à une équation complexe : répondre à une demande croissante en énergies qui soit moins émissives en CO2. Nous sommes prêts à jouer notre rôle pour relever ce défi". Si elles sont déjà soumises à la tarification des émissions "puisqu’elles opèrent dans des marchés carbone existants et appliquent en interne des prix du CO2 à leurs propres activités pour déterminer si leurs investissements resteraient viables dans un monde où le carbone sera plus cher", elles expliquent néanmoins avoir besoin d’une harmonisation au niveau mondial (tarification carbone au niveau national ou régional, avec un cadre international d’harmonisation) pour éviter les distorsions de concurrence.

"Nous pensons que le prix du carbone doit être un élément clé de ces cadres réglementaires. En agissant en ce sens, les États décourageront le recours aux technologies fortement émissives et encourageront au contraire les options les plus efficaces pour diminuer les émissions de CO2 partout dans le monde, notamment la réduction de la demande dans les énergies fossiles les plus carbonées, l’amélioration de l’efficacité énergétique, le remplacement du charbon par le gaz naturel, l’augmentation des investissements dans le captage et le stockage du carbone, les énergies renouvelables, les bâtiments et réseaux intelligents, l’accès à l’énergie hors réseau, les véhicules propres ou encore de nouveaux business model et comportements en matière de mobilité", détaillent les dirigeants dans leur lettre.

Les dirigeants des majors américaines, Exxon et Chevron, eux, ont au contraire précisé qu’ils ne se joignaient pas à cette proposition, estimant pouvoir faire entrendre seuls leur voix dans ce dossier.

 

Actualisation : le 9 juin 2015, la compagnie espagnole Repsol s’est jointe à l’appel

Béatrice Héraud
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