Publié le 13 novembre 2018

ÉNERGIE

Daniel Kretinsky, la face cachée du désengagement du charbon

Beaucoup d’énergéticiens ne ferment pas leurs centrales à charbon pour favoriser la transition énergétique. Ils les vendent. C’est là que l’on retrouve l’homme d’affaires Tchèque Daniel Kretinsky. L’homme s’est bâti une fortune en profitant de ces entreprises qui voulait en toute hâte verdir leur bilan carbone. Une stratégie racontée par Le Monde.

Daniel Kretinsky President d EPH TolgaAkman AFP
Daniel Kretinsky est un milliadaire Tchèque, PDG d'EPH.
@TolgaAkman/AFP

C’est acté les investisseurs et les entreprises doivent se décarbonner. Cela passe souvent en première intention par la vente de leurs actifs liés au charbon. Dans le cas des entreprises productrices d’électricité, il s’agit de vendre leurs centrales. Mais qui dit cession, dit acheteur. C’est là qu’intervient l’homme d’affaires Tchèque Daniel Kretinsky, président de EPH.

Dans une enquête publiée par Le Monde (dont Daniel Kretinsky va devenir actionnaire), on découvre qu’elle est la stratégie de cet entrepreneur pas comme les autres. Il est parvenu à générer des milliards d’euros sur le dos de la transition énergétique. Le groupe a racheté tellement d’actifs charbon (centrales et mines) ces dernières années qu’il est devenu le deuxième émetteur de gaz à effet de serre en Europe, derrière le géant allemand RWE.

De très bonnes affaires

Et ces rachats sont loin d’être une mauvaise affaire. "Les grands acteurs de l’énergie en Europe voulaient absolument vendre leurs actifs charbon parce que ça a une mauvaise image (…) Résultat : Kretinsky a racheté des actifs de rêve pour une bouchée de pain", rapportent les auteurs citant un patron français du secteur.

Le quotidien du soir évoque le cas de de rachats particulièrement fructueux. Ce fut le cas de la centrale britannique d’Eggborough près de Leeds. EPH a racheté cet actif en mauvais état en 2015. En raison de l’hiver rigoureux de 2015-2016, l’état britannique a demandé à maintenir cette centrale en réserve au besoin. Cela a permis à Daniel Kretinsky d’être payé pour une centrale qui n’a presque pas fonctionné.

Autre réussite pour l’homme d’affaires, le rachat pour 30 millions d’euros des centrales au charbon de Vattenfall, l’électricien suédois qui s’est débarrassé à marche forcée de son charbon. Pour cela, l’énergéticien a laissé 1,5 milliards d’euros dans les caisses pour assurer la fermeture de ces sites. "Il y avait en Suède une telle pression de l’opinion pour que Vattenfall, groupe 100 % public, se débarrasse de ces actifs, qu’ils n’ont pas été très regardants sur les prix", indique une source du Monde.

Bientôt en France

"Je considère comme absolument hypocrite de dire qu’il faut tout arrêter tout de suite. Nous reprenons le charbon et le lignite lorsque cela est nécessaire à l’économie d’un pays et nous en sommes fiers ", explique Daniel Kretinsky aux journalistes. Il ajoute cependant : "Il faut avoir un débat rationnel. Il n’y a personne – et surtout pas nous – qui pense que le charbon doit être utilisé pour l’éternité".

Dans un autre article du quotidien, les enquêteurs écrivent que "EPH est sur les rangs pour acquérir les actifs français d’Uniper. Le groupe allemand possède notamment deux centrales à charbon, à Gardanne (Bouches-du-Rhône) et Saint-Avold (Moselle)". Le gouvernement a toutefois prévu la fermeture de ces centrales en 2022 au plus tard.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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