Publié le 04 mars 2019

ÉNERGIE

Rémunération : challengés sur le climat, les dirigeants des majors pétrolières toujours poussés à augmenter la production

Pour tenir le scénario 2°C, on sait qu’il faudra garder sous terre les deux tiers des réserves fossiles connues. Or, la majorité des compagnies pétrolières et gazières, passées au crible par Carbon Tracker, continue d’indexer la rémunération de leurs dirigeants sur la croissance de la production d’hydrocarbures et l’augmentation des réserves, tout en développant en parallèle des stratégies bas-carbone.

Les compagnies ayant des critères de croissance faibles surperforment par rapport aux autres de 7 %.
@CCO

La plupart des sociétés pétrolières et gazières mettent en péril le rendement des actionnaires en récompensant les patrons qui poursuivent sans cesse la croissance dans un monde où la demande en combustibles fossiles est amenée à se réduire. Voici la conclusion du dernier rapport de Carbon Tracker (1).

Le think tank financier a analysé les politiques de rémunération de 40 majors pétrolières et gazières en Amérique du Nord, en Europe et en Australie sur de nombreux critères: production, réserves, cashflow, valeur de l'action, bénéfices, etc. En 2018, une seule ne propose pas d’incitation à la croissance de la production, la compagnie américaine Diamondback Energy. Elle  motive ses cadres uniquement par des rémunérations basés sur les coûts et rendements. En revanche, plus de 90 % récompensent leurs dirigeants en fonction de l’augmentation de la production d’énergies fossiles et des réserves d’hydrocarbures.

Or, selon l’étude, cette politique est moins rémunératrice pour les actionnaires. Dans les deux ans qui ont suivi le choc pétrolier de 2014, les compagnies américaines qui avaient le moins de critères incitant à la croissance (moins de 20 % de la rémunération) ont eu des taux de croissance supérieurs de 7% par rapport à celles qui avaient des critères d’incitation forte (plus de 50 % de la rémunération). Cela s'explique par le fait que ces entreprises avaient justement privilégié des critères portant sur un retour financier et non pas seulement sur une logique de volume.

Les critères de croissance pèsent autant que les critères climatiques

"Les systèmes de rémunération dans l'industrie énergétique d'aujourd'hui doivent être radicalement différents de ceux d'autrefois. Les parties à l'accord de Paris se sont engagées à faire passer le monde à une économie zéro carbone et les dirigeants qui serviront le mieux les actionnaires seront ceux qui créeront et mettront en œuvre des stratégies bas-carbone", a commenté Edward Mason, responsable de l’investissement responsable pour l’Église d’Angleterre.

Neuf entreprises ont toutefois intégré des critères de rémunération en lien avec le changement climatique. Chez Total par exemple, il existe un critère de performance baptisé "Corporate Social Responsability" qui évalue la prise en compte du climat dans la stratégie, la réputation en matière de responsabilité sociétale et la politique de diversité. Celui-ci pèse autant que l’atteinte des objectifs en matière de production et de réserves.

Des salariés récompensés sur la réduction des émissions

BP a quant à lui annoncé au début du mois de février qu’il intégrait des critères de réductions des émissions de gaz à effet de serre dans les rémunérations de 36 000 employés du groupe, soit à peu près la moitié de l’effectif de la major britannique, comprenant les directeurs exécutifs. "L'intégration d'un tel objectif traduit l'importance que nous accordons à l’enjeu climatique. Nous espérons que cela catalysera encore plus d'idées et d'activités pour dans la résolution de ce double défi qui consiste à fournir de l’énergie en émettant le moins possible" explique Bob Dudley, directeur général du groupe BP.

Sous la pression de ses investisseurs, Shell a décidé de lier l’atteinte de ses objectifs climatiques à la rémunération de ses dirigeants. Cela concernerait potentiellement 1 200 cadres, selon le Financial Times. Cette nouvelle politique sera soumise au vote des actionnaires lors de l'assemblée générale annuelle de 2020. Parmi les autres compagnies à introduire des critères climatiques, on trouve aussi Repsol, ExxonMobil, Suncor ou encore Eni.

Concepcion Alvarez, @conce1

(1) Voir le rapport de Carbon Tracker.


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