Publié le 21 novembre 2017

ÉNERGIE

Que sait-on du nuage radioactif, venu de Russie, qui a traversé la France ?

[Mis à jour le 21 novembre 2017] Fin septembre et début octobre, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a détecté des concentrations anormales de particules radiatives dans l’atmosphère, du ruthénium-106. Ce nuage radioactif sans danger pour la santé qui a traversé l’Europe pourrait provenir d’un accident resté secret en Russie.

Un nuage radioactif a traversé l'Europe fin septembre et début octobre.
RicSer

"Le nuage est-il toujours présent sur la France ?

Non. "Pour la période du 27 septembre au 13 octobre 2017, seules les stations de la Seyne-sur-Mer, Nice et Ajaccio ont révélé la présence de ruthénium-106 à l’état de traces. Depuis le 13 octobre 2017, le ruthénium-106 n’est plus détecté en France", explique l’IRSN dans un communiqué. Les taux les plus forts ont été mesurés entre le 3 octobre et le 6 octobre. Désormais, cette contamination est passée en dessous des seuils de détection partout en Europe.

 

Quelle est l’origine de ce rejet ?

C’est la grande question que pose cet évènement. Selon les experts de l’IRSN, ce rejet ne peut être lié qu’à un accident nucléaire. Étant donné qu’aucun autre isotope radioactif n’a été détecté, le nuage ne provient pas d’un réacteur, mais d’une installation du cycle du combustible. Le ruthénium-106 est utilisé notamment dans le domaine médical.

 

Où a lieu l’accident ?

Selon l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), "aucun pays n’a, à l’heure actuelle, déclaré à l’AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) être à l’origine de ce rejet, au titre de la convention de 1986 portant sur la notification rapide d’un accident nucléaire". L’IRSN a toutefois mené son enquête. "À partir des conditions météorologiques fournies par Météo France et des résultats de mesure disponibles dans les pays européens, l’IRSN a réalisé des simulations", explique l’institut. Il ajoute : "la zone de rejet la plus plausible se situe entre la Volga et l’Oural sans qu’il ne soit possible, avec les données disponibles, de préciser la localisation exacte du point de rejet". L’IRSN a même présenté une carte issue de ses projections.

 

 

Que répondent les autorités russes? 

Il a fallu attendre le 21 novembre pour que des informations viennent enfin de Russie. Alors que jus'ici l'opérateur nucléaire Rosatom niait toute anomalie nucléaire sur le territoire, l’agence russe de météorologie Rosguidromet a confirmé l'origine locale du phénomène. "Le radio-isotope Ru-106 a été détecté par les stations d’observation d’Arguaïach et de Novogorny", précise l'agence dans un communiqué. Elle ajoute que le taux le plus élevé a été enregistré dans la station d’Arguaïach, un village proche de Tcheliabinsk, dans le sud de l’Oural, où "une concentration extrêmement élevée (de ruthénium 106) excédant de 986 fois" la normale a été enregistrée.

 

Quelles sont les zones concernées en Europe ?

Une fois les premières mesures anormales signalées, l’AIEA a compilé les données des pays européens. Le nuage a traversé au moins 14 nations. "La valeur la plus élevée rapportée par l’AIEA, parmi environ 400 résultats collectés, s’élève à 0,15 Bq/m3 et a été mesurée en Roumanie le 30 septembre 2017", explique l’ASN.



Y a-t-il un danger ?

Selon les autorités françaises, il n’y a pas de dangers sanitaires ou environnementaux. "Les niveaux de concentration dans l’air en ruthénium-106 qui ont été relevés en Europe et a fortiori en France sont sans conséquence tant pour la santé humaine que pour l’environnement", explique l’IRSN. "Les conséquences d’un accident de cette ampleur en France auraient nécessité localement de mettre en œuvre des mesures de protection des populations sur un rayon de l’ordre de quelques kilomètres autour du lieu de rejet", peut-on lire. L’ASN estime par ailleurs qu’il n’y a pas de risques sanitaires à consommer des denrées "en provenance des environs du site accidenté" en raison du faible transfert du ruthénium dans la chaîne alimentaire.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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