Publié le 19 mars 2018

ÉNERGIE

Le nucléaire se met en travers de la route du débat public sur la programmation pluriannuelle de l’énergie

Le débat public sur la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) démarre ce lundi 19 mars pour trois mois. Tous les citoyens sont invités à se saisir de la question, car l'enjeu est de taille. Il s'agit de définir la politique énergétique du pays d'ici 2028. Mais c'est le nucléaire qui va truster les débats. Si le gouvernement assure qu'il prendra en compte les résultats de la concertation, pas sûr qu'il tranche sur le nombre de réacteurs à fermer.

Le débat sur la Programmation pluriannuelle de l'énergie va surtout être un débat sur l'avenir du nucléaire avec en suspens la question de la fermeture de réacteurs.
@Pixabay

C’est parti pour trois mois de débat public sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Dès aujourd’hui, vous êtes invités à vous emparer de la question de l’avenir énergétique du pays. Cette feuille de route qui doit définir des objectifs de développement pour chacune des énergies (nucléaire, gaz, pétrole, renouvelables…) porte sur la période 2019-2028.

Le débat va s’articuler autour d’une plateforme contributive (1), de réunions d’information en région, d’ateliers de controverses avec des experts, d’auditions publiques filmées et d’un panel de 400 citoyens tirés au sort. Ces derniers seront appelés à voter sur quelques questions centrales le 9 juin.

On ne part pas d’une feuille blanche mais presque, puisque le parti pris choisi a été de ne pas rédiger de texte tout prêt. Un document de cadrage, de 170 pages, réalisé par l’État, a été publié en ligne. Il est complété par de nombreux documents qui vont nourrir les discussions (scénarios de transition énergétique RTE, scénario 100 % renouvelables Négawatt, scénario proposé par EDF…).

Le nucléaire grand absent du texte

Mais si l’idée est d’évoquer l’ensemble des énergies, le débat va certainement se focaliser sur l’avenir du nucléaire alors que le gouvernement maintient le flou sur la réduction de la part de l’atome dans le mix électrique du pays. En novembre dernier, Nicolas Hulot, ministre de la Transition énergétique, avait annoncé le report de 5 à 10 ans de l’objectif de passer à 50 % de nucléaire dans le mix électrique prévu initialement en 2025 dans la loi de Transition énergétique.

Dans la foulée, le président Emmanuel Macron a assuré ne pas exclure la construction de nouveaux réacteurs en France. Et EDF explique, qu’en-dehors de Fessenheim, elle juge préférable de ne pas fermer d'autres réacteurs avant 2029. L’énergéticien souhaite prolonger la vie des réacteurs de 40 à 50 ans ou 60 ans et défend un étalement des fermetures afin d’atteindre l’objectif de 50 % de nucléaire dans le mix électrique à l’horizon 2035.

Dans ce contexte, le document de cadrage sur la PPE laisse peu de place au nucléaire. Aucun chapitre ne lui est consacré alors qu’il en existe pour toutes les autres énergies. Le terme n’apparaît ni dans la synthèse du document, ni dans l’édito de Nicolas Hulot qui introduit le dossier. Et on peut simplement lire que l’objectif du gouvernement reste d’assurer "dès que possible" l’atteinte de l’objectif de réduire à 50 % la part d’électricité d’origine nucléaire, sans qu’aucune date ne soit mentionnée.

Un débat tronqué selon les ONG

Le gouvernement a par ailleurs choisi de mettre en avant dans ce débat deux des cinq scénarios de transition énergétique établis par RTE (Réseau de Transport Électrique). En l'occurrence, il s'agit de ceux où le nucléaire reste au niveau le plus élevé. L'exécutif justifie qu'ainsi aucune nouvelle centrale thermique ne devra être construite pour compenser la perte de production et donc que les émissions de gaz à effet de serre n’augmenteront pas. Ces scénarios prévoient la fermeture de 9 à 16 réacteurs d'ici 2035, bien après la fin de la période couverte par la PPE en cours de discussion.

Plusieurs ONG réunis au sein du Réseau action climat dénoncent "un débat tronqué" et un "manque d’ambition politique". Elles appellent à ce que tous les sujets, y compris ceux qui fâchent, soient mis sur la table : trajectoires de réduction de la consommation d’énergie, coûts et risques d’un nucléaire vieillissant, situation financière d’EDF.

"Le gouvernement ne met pas les vrais débats autour de la table, on va le faire", assure Anne Bringault, de l'ONG CLER. "Le nombre des réacteurs à fermer devra être inscrit dans la PPE au risque sinon de maintenir le statu quo sur le nucléaire et de ralentir la transition énergétique alors que nous sommes déjà en retard", prévient Célia Gautier, de la FNH.

Mais le gouvernement actuel va-t-il trancher la question du nucléaire alors que la filière emploie 220 000 personnes en France. La fermeture des réacteurs a un coût social et politique considérable. Depuis la fin des années 90, de nombreux débats sur l'énergie ont eu lieu, mais aucun gouvernement n'a encore pris la responsabilité de statuer sur le cas du nucléaire.

Concepcion Alvarez, @conce1

(1) Voir le site du débat public sur la PPE


© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ÉNERGIE

Energie nucléaire

L’énergie nucléaire fait l’objet de nouveaux débats. Quelle place lui donner dans une perspective de transition énergétique ? A quel coût et avec quels moyens assurer les conditions de sûreté nécessaire? Comment prévenir les risques qui y sont associés ? Les accidents nucléaires de Tchernobyl et Fukushima ont–ils changé la donne ?

Jean Bernard Levy PDG d EDF EDF

EDF lance un plan d’urgence sur la filière nucléaire à l’heure où se joue l’avenir de l’atome

EDF a présenté, vendredi 13 décembre, un plan destiné à améliorer la filière industrielle nucléaire et va nommer un responsable chargé de son application, en réponse à un rapport accablant sur le chantier de l'EPR de Flamanville remis au gouvernement en octobre dernier. Au-delà de la situation...

Fondation de l EPR de Flamanville en Normandie en 2007 N BMychelleDaniau ConvertImage

[À l’origine] L’EPR, la naissance difficile d’un réacteur nucléaire pensé pour rapprocher la France et l’Allemagne

L’EPR a été pensé comme un grand projet franco-allemand marquant l’alliance des deux pays après la chute du mur de Berlin. Mais l’entente entre Framatome et Siemens sera difficile alors que l’Allemagne va peu à peu s’éloigner de l’atome et que la filière nucléaire française va se déchirer.

EPR Flamanville EDF 01

Le gouvernement fait plancher EDF sur six nouveaux réacteurs EPR

Officiellement rien n’est arrêté mais ce courrier envoyé par le gouvernement à la direction d'EDF a mis leu feu aux poudres. Les ministres de l'Économie et de la Transition écologique demandent à l'énergéticien de présenter d'ici mi-2021 un dossier complet sur les forces et les faiblesses de la...

EPR de Flamanville 2019 EDF

Un nouveau surcoût de 1,5 milliard d’euros pour l’EPR de Flamanville, dont la facture s’élève désormais à 12,4 milliards

Il n’en finit pas le chantier de l’EPR de Flamanville. Les anomalies découvertes sur des soudures du circuit secondaire, dont certaines sont très difficiles à réparer, alourdissent la facture de 1,5 milliard d’euros et reporte le démarrage d’au moins un an. EDF compte utiliser des robots téléopérés...