Publié le 31 janvier 2018

ÉNERGIE

Pour EDF, les réacteurs nucléaires ne doivent pas fermer avant 2029

Alors que le gouvernement commence à plancher sur la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie, EDF a décidé de jouer cartes sur table. Selon l’électricien, en dehors du cas de Fessenheim, les premiers réacteurs nucléaires ne doivent pas fermer avant 2029. L’industriel assure qu’une telle échéance est compatible avec l’objectif du gouvernement de ramener la part de l’atome à 50 % d’ici 2035 au plus tard. 

Le premier réacteur du Tricastin atteindra 50 ans en 2029.
EDF

La loi de transition énergétique, votée en 2015, prévoyait d’abaisser la part du nucléaire à 50 % dans le mix électrique en 2025. Mais le gouvernement a annoncé que cet objectif n’était pas tenable. Un horizon à 2030, voire 2035, serait plus réaliste. Il n’empêche que pour y arriver, il faut d’ores et déjà prévoir la fermeture des réacteurs.

Si les ONG antinucléaires ou même la Cour des Comptes se sont livrés à cet exercice, EDF n’avait encore jamais communiqué publiquement son scénario. Mardi 30 janvier, Philippe Sasseigne, directeur du parc nucléaire français d'EDF, a levé le voile. Selon lui, les premiers réacteurs ne doivent pas fermer avant 2029. C’est bien sûr sans compter le cas particulier des deux tranches de Fessenheim (Haut-Rhin) qui stopperont début 2019 lorsque l’EPR de Flamanville recevra ses premières barres d’uranium enrichi.

"On a clairement l’objectif d'amener nos réacteurs à 50 ans, ce qui ferait des premiers arrêts à partir de 2029", a déclaré Philippe Sasseigne. La date de 2029 correspond à la première visite décennale des 50 ans du parc nucléaire français. Elle concernera le Tricastin (Drôme). Tous les 10 ans, les réacteurs subissent un examen poussé qui amène l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a accordé une autorisation de fonctionnement pour la décennie suivante, à la condition que les niveaux de sûreté soient à jour.

46 milliards d’euros pour le grand carénage

"Dans la période 2029-2035, il y a un nombre important de réacteurs qui pourraient s'arrêter à 50 ans" et "on dit aussi qu'il est raisonnable d'amener des réacteurs à 50 ans et d'autres à 60 ans pour étaler" les fermetures, explique le dirigeant. "C’est la logique économique et industrielle", affirme Philippe Sasseigne.

EDF justifie sa position en trois points. D’une part, alors que les renouvelables ne sont pas encore pleinement déployés, la fermeture des premiers réacteurs dès 40 ans – c'est-à-dire dès le début de la décennie 2020 - conduirait  à devoir rouvrir des centrales fossiles, ce qu’Emmanuel Macron a exclu. Accélérer dès aujourd'hui la fermeture des centrales nucléaires françaises "condamnerait" le pays à recourir au charbon, avait-il expliqué lors de la COP23 à Bonn.

D’autre part, EDF rappelle qu’elle a engagé le plan du grand carénage pour prolonger la vie des réacteurs de 40 à 50 ans et pour prendre en compte le retour d’expérience de l’accident de Fukushima. Ce plan, chiffré à 46 milliards d’euros, est discuté avec l’ASN depuis déjà plus de sept ans. "Quel serait notre intérêt de faire ces travaux pour fermer les réacteurs au bout de quelques années (…) On veut de la visibilité et engager des grosses dépenses sur des réacteurs qui ne dureraient que 3 ou 4 ans n'aurait pas de sens", a fait valoir Philippe Sasseigne. L’entreprise va dépenser 4 milliards pour ces chantiers en 2018, comme en 2017.

Enfin, EDF, rappelle que la filière nucléaire française compte 220 000 emplois directs et indirects dans  le pays et que la reconversion des équipes vers d’autres activités ou vers le démantèlement des réacteurs demandent à être programmé.

Une programmation pour fin 2018

Même si EDF veut attendre encore 11 ans avant de fermer des réacteurs, elle assure pourtant s’aligner sur l’objectif final de réduire la part de l’atome de 75 à 50 % entre 2030 et 2035, comme l’évoque le Premier ministre Édouard Philippe. Selon l’entreprise, suivre ce scénario de fermetures étalées à partir de 2029 permettrait d’atteindre cet objectif "à un horizon qui ressemble à 2035".

2018 est une année charnière pour le paysage énergétique français. À la fin de l’année, le gouvernement doit émettre une programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). "Dans un an, nous aurons un scénario totalement planifié. Nous serons capables de savoir combien de réacteurs, à quelle échéance et sur quels critères nous allons parvenir à cet objectif", a expliqué Nicolas Hulot, ministre de Transition écologique, le 22 janvier.

Pour l’instant, le gouvernement a décidé de retenir deux scénarios élaborés par le Réseau de Transport électrique (RTE). L'un, baptisé Ampère, prévoit de fermer d'ici 2035, 16 réacteurs en plus de la centrale de Fessenheim. Le second, baptisé Volt, envisage la fermeture de 9 réacteurs. Deux autres scénarios, qui prévoyaient de fermer 25 et 52 réacteurs (sur un total de 58) n’ont pas été retenus.

"Le débat est complètement biaisé", a réagi Alix Mazounie de Greenpeace. "On a l'impression que le gouvernement et le ministère ont déjà leur idée". "C'est une manière de cadrer les choses en s'orientant vers des scénarios qui gardent le plus longtemps les réacteurs", a aussi estimé Anne Bringault de l'ONG CLER.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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