Publié le 07 juillet 2017

ÉNERGIE

Nicolas Hulot, ministre de l’énergie… et du nucléaire ?

Lors de la présentation de son plan climat le 6 juillet, Nicolas Hulot a évoqué le nucléaire mais sans préciser comment respecter l’objectif d’abaisser sa part de 75 à 50 % en 2025 dans la production d’électricité. Peut-être le ministre aurait-il dû faire l’impasse sur ce sujet en l'absence d’annonces concrètes… À moins que cela soit lié au fait que les sujets nucléaires se traitent à Bercy et non au ministère de la Transition écologique.

Le 6 juillet, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a présenté son plan Climat
@ministèredelaTransitionécologique

Décidément, pour tous les ministres en charge de l’énergie, le nucléaire est une affaire d’équilibriste. Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a présenté une feuille de route sur le climat. Elle est jugée extrêmement ambitieuse. Parmi les mesures phares, qui sont des promesses de campagne d’Emmanuel Macron, on compte la fin de la vente des voitures thermiques en France en 2040 et l’interdiction des forages pétroliers. Mais dans ce plan stratégique, le nucléaire n’a pas trouvé sa place.

 

Le ministre n’a pas fait l’impasse dans son discours. Mais il s’est contenté d’un statu quo avec la loi de transition énergétique de la mandature précédente. Il a confirmé l’ambition - en l’état inatteignable - de réduire la part du nucléaire de 75 % à 50 % à l'horizon 2025. "C'est un objectif et j'espère qu'on le tiendra (…) Je dois identifier avec mes services quels réacteurs on va fermer, en fonction de critères de sécurité, de critères sociaux et économiques. Cela ne se décide pas sur un coin de table", assure-t-il.

Le nucléaire, pas le sujet du plan climat

Bien sûr, les opposants sont mécontents. Le Réseau Sortir du Nucléaire juge que "M. Hulot ne peut se contenter de déclarer que la part du nucléaire baissera mécaniquement avec le développement des économies d’énergie et des énergies renouvelables. Il doit maintenant impérativement acter au plus vite un calendrier de fermeture de centrales". Corinne Lepage tweete de son côté qu’elle attendait des précisions sur le nucléaire.

 

Pourtant, l’atome est même tout simplement absent du dossier final du ministère. La justification étant que le nucléaire, énergie non émettrice, n’est a priori pas un sujet du plan climat dont l'objet est la baisse des émissions de CO2. Quand bien même cette énergie soulève d'autres questions en matières de coûts, de sécurité ou de gestions des déchets. 

Il n’est pas nécessaire d’aller chercher du côté des lobbies nucléaires ou la puissance d’EDF pour comprendre la position du ministre. Nous connaissons l’engagement de Nicolas Hulot depuis des dizaines d’années, il n’est homme à céder aux pressions. En revanche, on peut se demander quelle est sa liberté d’action sur l’atome. Durant la deuxième moitié du quinquennat précédent, ce n’était plus la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, qui avait la main sur le nucléaire, mais son homologue de Bercy… qui fut pendant deux ans un certain Emmanuel Macron.

L’Élysée confie le nucléaire à Bercy

Le nouveau Président de la République préférerait-il que son ancienne maison garde la main sur une filière qui compte 160 000 emplois directs (la troisième filière industrielle française après l’automobile et l’aéronautique) ? Et surtout dans laquelle son ancien ministère vient d’injecter 6 milliards d’euros pour renflouer Areva et EDF ? Les faits semblent le confirmer.

En effet, le 5 juillet, EDF a annoncé un premier dérapage sur le chantier des deux EPR en construction au Royaume Uni. La facture s’est alourdie de 1,8 milliard d’euros et l’électricien alerte sur un possible retard. L’État, actionnaire à 85 % de l’entreprise, a immédiatement tapé du poing sur la table appelant l’électricien à tenir les délais initiaux. Or c’est Bruno Lemaire, ministre de l’Économie, et non Nicolas Hulot, pourtant en charge de l’énergie, qui est monté au créneau. Un signal fort.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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