Publié le 29 octobre 2018

ÉNERGIE

Nouveaux EPR, fermetures de vieux réacteurs, Fessenheim: Emmanuel Macron entretient le grand flou nucléaire

Le gouvernement devrait publier mi-novembre sa programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Une vision stratégique qui doit définir les investissements à mener jusqu’en 2028. Sans surprise, le nucléaire est au cœur des débats, tant toutes les pistes restent ouvertes, y compris la construction de nouveaux EPR dans la décennie à venir.

Philippe Varin Jean Bernard Levy Emmanuel Macron Philippe Knoche Areva EDF EricPiermont AFP
Emmanuel Macron entouré de gauche à droite de Philippe Varin, Président d'Orano, Jean-Bernard Lévy, PDG d'EDF et Philippe Knoche, DG d'Orano.
@EricPiermont/AFP

Alors que le gouvernement s’apprête à publier la feuille énergétique de la France pour les dix ans à venir, la fameuse PPE, une annonce risque d’avoir du mal à passer. Selon un document consulté par l’AFP, le gouvernement français laisse la porte ouverte à la construction en France d'une série de nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR, les plus modernes sur le marché. Aucune décision ne serait prise avant 2021.

Une annonce qui sera difficile à faire passer alors que l’ancien ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot, avait déjà renoncé à la diminution de la part du nucléaire de 75 à 50 % en 2025, un objectif intenable tant le retard pris est important.

L’exécutif laisserait trois ans à EDF pour mettre au point un programme industriel qui garantisse que ces futurs EPR auront un coût acceptable. Pour l’heure, l’EPR en construction à Flamanville (Manche), affiche un triplement de son coût à 10,5 milliards d’euros et 7 ans de retard. Celui d’Olkiluoto en Finlande est également hors budget. Seules les deux tranches de Taishan en Chine ont à peu près tenu leur enveloppe.

EDF à la recherche de terrains

EDF travaille depuis plusieurs années sur des "EPR nouveau modèle" moins chers et moins longs à construire. L’entreprise demande de longue date que l'État lance le processus pour déployer de nouveaux réacteurs afin de remplacer une partie des 58 réacteurs du parc français. Ceux-ci vont progressivement devoir fermer, atteignant la limite d'âge de 40 à 60 ans, selon les autorisations que délivrera au cas par cas l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN).

D’ores-et-déjà, selon France 3, qui cite les exemples des centrales de Belleville-sur-Loire (Cher) et Chinon (Indre-et-Loire), EDF cherche déjà à acheter des terrains pour de nouvelles constructions. "EDF achète, selon les opportunités, du foncier à proximité de ses sites industriels", a confirmé une porte-parole d'EDF. Il n'y a "aucun projet précis" actuellement mais les terrains pourraient servir un jour pour de "nouveaux moyens de production" nucléaires ou renouvelables, ou bien accueillir des équipes de démantèlement.

Même si de nouveaux réacteurs nucléaires sont envisagés, il n’empêche que le gouvernement devrait aussi annoncer des fermetures. Et là, le jeu des pronostics va bon train. Selon les sources, il s’agit de fermer, hors Fessenheim, 6 à 12 tranches. Pour certains, ces arrêts auraient lieu avant 2028, un gros défi industriel. D’autres assurent que ce ne sera pas avant 2029, comme demandé par EDF.

Annulation pour Fessenheim

Hasard du calendrier, au même moment, on apprenait que les deux réacteurs de Fessenheim devraient cesser de fonctionner au plus tard en 2020 et 2022. "EDF n'envisage plus le fonctionnement des réacteurs de la centrale au-delà de leurs quatrièmes réexamens périodiques, prévus en septembre 2020 pour le réacteur 1 et en août 2022 pour le réacteur 2", a indiqué l’ASN.

Au même moment, le Conseil d'État a annulé le décret d'avril 2017 sur la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, jugeant que cette décision n'avait pas été "légalement prise". Au final, cela ne remet pas en cause l’avenir du site alsacien, mais cette péripétie ne fait qu’entretenir le flou sur cette filière qui centralise le débat énergétique français depuis 40 ans.

Ludovic Dupin avec AFP


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