Publié le 24 décembre 2018

ÉNERGIE

Pour l'Ademe, le nucléaire existant a un avenir... mais pas les réacteurs nucléaires EPR

Si le nucléaire historique a encore de beaux jours devant lui, et jouera un rôle dans la transition énergétique, l’Ademe alerte sur le lancement d’un programme industriel de construction d'EPR. Selon l'agence, ils ne seraient pas compétitifs par rapport au développement massif des énergies renouvelables.  

EPR Flamanville EDF
Un EPR est actuellement en construction à Flamanville (Manche).
@EDF

Quelques semaines après la présentation de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) par le gouvernement, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a publié lundi 10 décembre une étude sur les trajectoires d’évolution du mix électrique entre 2020 et 2060 (1). Selon elle, la France n’a pas intérêt à se lancer dans la construction de nouveaux EPR.

Cela aurait pour conséquence de ralentir le développement des énergies renouvelables et de renchérir le coût de production moyen de l'électricité. Le démarrage d'un seul EPR en 2030 nécessiterait quatre à six milliards d'euros de soutien public "en raison de ses coûts trop élevés" et le surcoût de développement d'une filière industrielle pour construire d'autres réacteurs - avec une production de 24 GWh en 2060 - atteindrait 39 milliards d'euros, a évalué l'Ademe.

En revanche, l’étude montre le rôle que doit jouer le nucléaire existant pour accompagner la transition, moyennant une fermeture progressive des réacteurs, pour atteindre l'objectif de 50 % du mix électrique d’ici 2035. "Pour les scénarios étudiés, une fermeture de 30 % des réacteurs à l'âge de 40 ans, puis à nouveau de 30 % des réacteurs restants à 50 ans est possible avec un coût nul pour la France sur la période 2030-2044", indique l'Ademe.

Les énergies renouvelables représentent l'option la plus compétitive 

"Il faut s'assurer qu'un choix fait aujourd'hui ne va pas faire peser des coûts indus à nos enfants et petits-enfants quelques dizaines d'années plus tard", explique Arnaud Leroy, président de l'Ademe. "À chaque fois dorénavant qu'on parle trajectoire énergétique, se pose la question du coût, (...) donc il faut qu'on documente la question de la pertinence économique, de la viabilité économique" des choix possibles pour le pays, a-t-il expliqué à l'AFP.

Pour l’agence, l'option la plus compétitive pour la France consiste à développer massivement les énergies renouvelables d'ici 2050 et 2060. "C’est la meilleure façon de produire une électricité à un coût réduit et qui soit la moins chère possible pour les Français", explique-t-elle. L'optimum économique, pour des niveaux de demandes compris entre 430 TWh et 600 TWh, serait que les énergies renouvelables fournissent autour de 85 % de la consommation d'électricité française en 2050, et plus de 95 % en 2060.

Plus besoin de subventionner les renouvelables dès 2035

Par ailleurs, dans ces scénarios, les subventions ne sont plus nécessaires pour l’énergie photovoltaïque dès 2030 et pour l’éolien terrestre dès 2035. Aucun besoin de stockage massif n'est nécessaire avant cette date et le développement important des véhicules électriques, ainsi que la stabilité du réseau électrique sont assurés.

"Nous avons fait attention à prendre des hypothèses qui ne soient pas contestables", en choisissant celles de RTE sur l'évolution de la consommation et l'évolution des véhicules électriques, ou d'EDF sur le coût des EPR, a insisté Fabrice Boissier, directeur général délégué de l'Ademe, lors de la conférence de presse.

le 27 novembre dernier, lors de la présentation préliminaire de la PPE, Emmanuel Macron avait assuré n'avoir pris encore "aucune décision sur la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, car nous n’avons pas de besoin et pas de retour sur l’EPR de Flamanville". Il ajoutait avoir demandé à "EDF de travailler à l'élaboration d'un programme de nouveau nucléaire en prenant des engagements fermes sur le prix, pour qu'ils soient plus compétitifs. Tout doit être prêt en 2021 pour que le choix qui sera proposé aux Français puisse être un choix transparent et éclairé".

Concepcion Alvarez, @conce1

(1) Voir l’étude de l’Ademe ici.


© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ÉNERGIE

Energie nucléaire

L’énergie nucléaire fait l’objet de nouveaux débats. Quelle place lui donner dans une perspective de transition énergétique ? A quel coût et avec quels moyens assurer les conditions de sûreté nécessaire? Comment prévenir les risques qui y sont associés ? Les accidents nucléaires de Tchernobyl et Fukushima ont–ils changé la donne ?

Usine de retraitement de la hague Orano

[Infographie] Déchets radioactifs : la France doit faire face à des volumes qui s'accroissent rapidement

Le nucléaire continue d’être un sujet clivant en France. Si cette énergie est vantée pour ses faibles émissions de CO2, les critiques sont de plus en plus vives concernant la gestion des déchets. La France a dépassé les 1,5 million de mètres cubes de déchets radioactifs en 2016. Pour les moins...

Reprise soudures EPR de Fmanville EDF

[Décryptage] Le nouveau nucléaire français ne tient plus qu’à une soudure

Si l’EPR de Flamanville fonctionne en 2021, l’aventure du nucléaire civil tricolore continuera… Sinon, cette épopée s’arrêtera avec la mise à l’arrêt des derniers réacteurs actuels. Le marché posé par le gouvernement est presque aussi simple que cela. Et tout l’enjeu repose sur la capacité d’EDF à...

EPR Flamanville EDF

Pour l'Ademe, le nucléaire existant a un avenir... mais pas les réacteurs nucléaires EPR

Si le nucléaire historique a encore de beaux jours devant lui, et jouera un rôle dans la transition énergétique, l’Ademe alerte sur le lancement d’un programme industriel de construction d'EPR. Selon l'agence, ils ne seraient pas compétitifs par rapport au développement massif des énergies...

Reacteur nucleaire EPR Taishan Chine EDF EDF

La Chine met en service le premier réacteur nucléaire EPR au monde

Pour la première fois au monde, un réacteur nucléaire EPR a été mis en service, dans le sud de la Chine. Pour les promoteurs et constructeurs, c’est la démonstration que cette technologie française de troisième génération "est une promesse d'avenir", malgré des déboires sur d’autres chantiers.