Publié le 20 juin 2017

ÉNERGIE

La Corée du Sud, cinquième producteur d’énergie nucléaire au monde, tourne le dos à l’atome

Le cinquième pays le plus nucléarisé au monde se méfie de l’atome. Motivé par des questions de sûreté, le nouveau président sud-coréen, Moon Jae-In, a annoncé la sortie de son pays du nucléaire. Les 25 réacteurs aujourd’hui en service seront progressivement arrêtés. Aucune nouvelle construction ne sera autorisée dans le pays. 

Le Président sud-coréen, sur le site de la centrale Kori-1, annonce la sortie de son pays du nucléaire.
@Yonhap/AFP

Le nouveau Président sud-coréen, Moon Jae-In, élu en mai dernier, vient d’annoncer que son pays allait se passer de l’atome pour la production d’électricité. "J’ai promis de construire une République de Corée sûre. Nous allons donc abolir notre politique énergétique centrée sur le nucléaire et progresser vers une ère sans nucléaire", a-t-il expliqué au cours d’une cérémonie où le réacteur Kori-1, à Busan au sud de Séoul, a été mis à l’arrêt après 40 années de fonctionnement.

Ce n’est pas un petit virage que prend le Pays du Matin Calme. Avec 25 réacteurs en service, le nucléaire compte pour 30 % du mix électrique. La Corée du Sud est le cinquième producteur mondial d’électricité issue de l’atome derrière les États-Unis, la France, la Chine et la Russie. Toutes les tranches seront stoppées après 40 ans, sans possibilité de voir leur durée de vie prolongée. "Nous annulerons complètement les plans de construction de nouveaux réacteurs en cours d’élaboration", précise le chef d’État. Trois tranches sont en construction.

Des milliers de certificats falsifiés

Deux éléments ont conduit à cette décision. D’une part, l’accident de Fukushima de 2011 a ébranlé la confiance du public. D’autant plus que les Coréens, qui étaient aux premières loges pour suivre la catastrophe chez le voisin japonais, ont craint d’être touchés par les retombées radioactives. D’autre part, en 2012 le pays a été touché par une gigantesque affaire de certificats de sécurité falsifiés par des fournisseurs d’équipements nucléaires. Des milliers de pièces sensibles employées dans les centrales coréennes étaient concernés.

"Jusqu’à présent, la politique énergétique du pays était centrée sur l’efficacité et les bas coûts. Mais cela doit changer maintenant que notre priorité est axée sur la sécurité et l’environnement". Telle est la feuille de route énergétique de Moon Jae-In. Séoul estime que le nucléaire ne devrait plus représenter que 20 % de son mix électrique en 2030. Dans le même temps, le pays compte diminuer la part du charbon (30 % du mix) pour favoriser le gaz et les énergies renouvelables.

Outre l’impact sur le marché domestique, c’est aussi un important revirement pour l’industrie sud-coréenne. Le pays est un grand exportateur de réacteurs. En particulier en 2009, le Coréen Kepco avait soufflé au nez et à la barbe d’un consortium français mené par Areva un contrat de 20 milliards de dollars pour construire quatre réacteurs nucléaires à Abou Dhabi. A en croire les experts, difficile d’imaginer que l’industrie coréenne puisse continuer à exporter alors que Séoul n’a plus confiance dans sa technologie.

Allemagne, Italie, Suisse et Corée

Depuis l’accident de Fukushima en 2011, la Corée du Sud est le premier pays à tourner le dos nucléaire alors même qu’il était en train de déployer une nouvelle génération de réacteurs. Les autres pays qui ont déjà choisi de sortir n’avaient plus de projets en cours. La Suisse, à l’occasion d’une votation le 22 mai dernier, s’est exprimée en faveur de la nouvelle loi fédérale sur l’énergie. Elle prévoit la fermeture progressive des réacteurs, la montée en puissance des énergies renouvelables et la réduction de la consommation énergétique. De son côté, l’Allemagne a déjà mis à l’arrêt la moitié de son parc et fermera l’ensemble de ses tranches en 2022. L’Italie, qui avait arrêté son programme nucléaire après l'accident de Tchernobyl en 1986, était en train de relancer des projets en 2011. Tous ont été abandonnés depuis.

La France, qui a le mix énergétique le plus nucléarisé au monde, a décidé de réduire la part de l'atome. Selon la loi de transition énergétique, elle doit passer de 75 à 50 % de la production en 2025. Le nouveau Président de la République, Emmanuel Macron, a assuré qu’il respectera cet engagement. Une feuille de route environnementale présentée par le ministre de la transition énergétique et solidaire, Nicolas Hulot, prévue pour début juillet, pourrait apporter des précisions sur la manière d’y parvenir.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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