Publié le 20 novembre 2018

ÉNERGIE

50% de nucléaire en 2035 ou 2040 ?

A quel horizon, la part du nucléaire va-t-elle baisser à 50% du mix électrique de la France ? Dimanche, le ministre de la Transition écologique François de Rugy, avait parlé de 2035, confirmant un horizon évoqué en septembre par le Premier ministre. Mais dans un nouveau document gouvernemental étudiant trois scénarios, 2040 est aussi sur la table. L'arbitrage est attendu à la fin du mois, lors de la publication de la programmation pluriannelle de l'énergie (PPE). 

Francois de Rugy ETIENNE LAURENT POOL AFP
François de Rugy a confirmé que l'objectif de 50 % de nucléaire est fixé à 2035.
@EtienneLaurent/AFP

Attendue pour la fin du mois, après déjà plusieurs reports, la Programmation pluriannuelle de l'Energie (PPE) qui doit définir la stratégie du pays sur les dix prochaines années, concentre toutes les attentions sur la question du nucléaire. C'est notamment l'horizon de la baisse de sa part dans le mix électrique qui cristallise les passions. Dimanche, le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, assurait lors du Grand rendez-vous Europe1-CNEWS-Les Echos que 2035 était "l'échéance sur laquelle nous travaillons".

Trois scénarios à l'étude

La loi de transition énergétique de 2015 prévoyait que cette part du nucléaire soit ramenée à 50 % "à l'horizon 2025". Mais Nicolas Hulot, le prédécesseur de François de Rugy qui a démissionné fin août, avait abandonné cet objectif, jugé irréaliste, sans fixer de nouvelle date précise, en évoquant un horizon entre 2030 et 2035.

Si le ministre actuel a donné la date de 2035, qui avait également été mentionné par le Premier ministre début septembre, d'autres scénarios sont cependant à l'étude. L'un d'eux, soutenu par Bercy, prévoit un horizon plus lointain, à 2040, selon un document dévoilé par l'AFP ce mardi. Celui-ci recense en fait trois scénarios: le premier, soutenu par François de Rugy donc, prévoit six fermetures de réacteurs outre Fessenheim d'ici 2028, et six de plus d'ici 2035, sur les 58 du parc nucléaire français actuel d'EDF.

Des arbitrages imminents

Le deuxième, dit "intermédiaire", ne prévoit aucune fermeture supplémentaire d'ici la fin de la PPE en 2028, et 12 entre 2028 et 2035. Enfin le troisième, poussé par Bercy, ne prévoit aucune fermeture d'ici 2028, neuf entre 2028 et 2035, et la construction de 4 EPR d'ici 2040. Les scénarios prévoient une part de 40% d'électricité renouvelable, atteinte en 2030, 2032 ou 2034 suivant les trois cas.

Matignon n'a pas fait de commentaires "sur des scénarios préparatoires à une décision". Très attendus, les arbitrages finaux d'Edouard Philippe et d'Emmanuel Macron sont désormais imminents: "des annonces seront faites la semaine prochaine", a confirmé Matignon.

Mais l'incertitude qui entoure à ce stade le choix du gouvernement, inquiète les ONG. "Deux des scénarios sont hors la loi sur la transition énergétique en ce qui concerne l'atteinte des objectifs sur les énergies renouvelables électriques, déclare le Réseau Action Climat dans un communiqué. Plus les fermetures de réacteurs sont retardées, moins les renouvelables ont de place pour se développer, alors même que la France est déjà en retard par rapport à ses objectifs européens."

Ne pas étouffer la filière

Actuellement, le nucléaire représente plus de 70 % de la production d'électricité française, contre une part inférieure à 30 % en moyenne en Europe.

Lors de son entretien dimanche, François de Rugy, avait voulu rassurer la filière nucléaire, tout en pointant ses fragilités. "Notre stratégie n'est pas en train d'étouffer la filière nucléaire française, mais son avenir n'est pas garanti", avait-il précisé avant de mentionner la faillite d'Areva et les incertitudes qui entourent les nouveaux réacteurs EPR, en termes de "fiabilité, sécurité et compétitivité".

Béatrice Héraud avec AFP


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