Publié le 24 mai 2022

ÉNERGIE

Corrosion, changement climatique, retraitement… Voici les cinq risques auquel est confronté le nucléaire

Le nucléaire est l'un des axes privilégié par Emmanuel Macron sur le plan énergétique. Le président réélu a opéré une volte-face sur le sujet. Alors qu'il souhaitait fermer une douzaine de réacteurs d'ici 2035, au début de son premier quinquennat, il vise désormais la construction de six nouveaux EPR au moins. Mais la filière multiplie les déboires. 

EPR de Flamanville 2019 EDF
Le chantier de l'EPR de Flamanville accuse un sérieux retard et d'importants surcoûts.
@EDF

1) Problèmes de corrosion : 12 réacteurs à l’arrêt

12 des 56 réacteurs en exploitation ont été mis à l’arrêt en raison d’un problème de corrosion détecté à la fin de l’année dernière. Il semble concerner plus particulièrement les réacteurs de dernière génération, les moins nombreux mais les plus puissants. Le président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) affirme que le traitement de ces problèmes "prendra plusieurs années" et que "des mises à l'arrêt supplémentaires pourraient avoir lieu". "EDF poursuit son programme de contrôles et prépare avec la filière nucléaire la réparation des portions de tuyauteries concernées", explique l’énergéticien qui a encore dû revoir à la baisse ces perspectives de production. En 2022, elle pourrait dégringoler sous la barre des 300 TWh, du jamais vu.

2) Choisir entre sécurité et sûreté électrique ?

Actuellement, c'est plus de la moitié du parc qui est à l’arrêt, en raison des problèmes de corrosion mais aussi pour des opérations de maintenance, de rechargement du combustible, et pour les visites décennales décalées en raison du Covid-19. Ce niveau de production historiquement bas fait peser des risques sur l’approvisionnement en électricité, dans un contexte de crise énergétique exacerbée par la guerre en Ukraine. Cela peut avoir des conséquences sur la sûreté car nous pourrions nous retrouver à devoir choisir entre arrêter un réacteur ou fournir de l’électricité. "L’ASN a maintes fois exprimé le besoin de maintenir des marges dans le dimensionnement du système électrique et des installations, pour pouvoir faire face à des aléas. Or, aujourd’hui, il n’y a pas de marge !", réagissait en janvier le président de l’ASN, Bernard Doroszczuk, dans un entretien au Monde.

3) La menace du changement climatique de plus en plus réelle

La centrale nucléaire de Blayais (Gironde) a été contrainte de ralentir son activité début mai en raison des fortes chaleurs. La puissance a été réduite de 900 MW à 100 MW pendant quelques heures. Pour refroidir ses réacteurs, la centrale pompe l’eau du fleuve, puis la rejette, mais cette eau rejetée ne doit pas dépasser les 30°C en période hivernale. Une situation inédite pour un mois de mai mais qui va être amenée à se reproduire en raison du changement climatique. Selon RTE, "en cas d'augmentation des sécheresses et des canicules, et en l'absence d'adaptations supplémentaires par l'exploitant, il pourrait y avoir des pertes de production sur quelques sites, notamment sur la Meuse". Environ 10 % de la capacité installée a déjà été affectée par des canicules et sécheresses de façon simultanée.

4) Des combustibles usés qui s’accumulent

Tous les combustibles irradiés dans les centrales françaises pour produire de l'électricité convergent vers les piscines de la Hague pour y refroidir, avant d'être retraités par Orano. Mais celles-ci pourraient arriver à saturation avant 2030. Or, la nouvelle piscine que prévoit de construire EDF, toujours sur le site de La Hague, ne serait pas disponible avant 2034 et fait face à des oppositions locales. Orano rencontre en outre des problèmes avec son usine Melox de fabrication du MOX [un combustible composé de plutonium et d’uranium appauvri], qui fonctionne à mi-capacité et produit beaucoup de rebuts, saturant aussi les sites d’entreposage. "Chacun de ces événements, s’ils s’aggravent, pourrait par ricochet et effet systémique fragiliser le fonctionnement des centrales", a alerté l’ASN.

5) Le chantier de Flamanville encore retardé ?  

"La filière nucléaire souffre d’une pénurie de soudeurs spécialisés. À tel point qu’EDF envisage de retarder encore le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche), pour demander aux équipes présentes sur le site d’aller jouer les dépanneurs dans les autres centrales." C’est ce que révélait Le Canard Enchaîné dans son édition du 27 avril dernier. En chantier depuis 2007, l’EPR de Flamanville devait entrer en service en 2012 mais il multiplie les déboires et les surcoûts (12,7 milliards d’euros). Son démarrage a encore été repoussé au second trimestre de 2023. En Angleterre, l'EPR d’Hinkley Point, porté par EDF, affiche lui aussi des surcoûts importants et de nouveaux retards avec une mise en service en 2027. De quoi inquiéter alors que le président Emmanuel Macron s’est engagé à construire six nouveaux EPR2 (EPR de deuxième génération plus simple et moins coûteux que l’EPR de Flamanville) et le lancement d’études pour huit EPR2 additionnels.    

Concepcion Alvarez @conce1


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