Publié le 24 novembre 2014

EMPREINTE TERRE

5 % de la population est victime des maladies environnementales émergentes

La part de responsabilité de la pollution environnementale dans l’épidémie de maladies chroniques comme le cancer ou le diabète est reconnue. Mais aujourd’hui, l’alerte porte sur l’apparition de maladies neurologiques ou immunitaires causées par l’exposition aux polluants tels que produits toxiques, champs électromagnétiques, etc. Ces "maladies environnementales émergentes" touchent 5 % de la population, selon le Réseau environnement santé. Avec des conséquences sur la santé très invalidantes, tandis que les instances de santé publique semblent les négliger.

Deux femmes victimes d'électro-sensibilité réfugiées dans une grotte des Hautes-Alpes en Octobre 2011.
© Jean-Pierre Clatot / AFP

Fibromyalgie, électrohypersensibilité (EHS), syndrome de fatigue chronique, hypersensibilité chimique multiple (MCS), myofasciite à macrophage sont quelques noms des maladies environnementales émergentes. Elles toucheraient environ 5% de la population. Une proportion qui devrait croître, selon le Réseau environnement santé qui a organisé un colloque sur le sujet le 16 octobre dernier à l’Assemblée nationale.

 

Des maladies encore très peu documentées

 

Pourquoi les maladies environnementales sont-elles largement négligées par les instances de santé publique? Même l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), l’agence la plus en pointe sur les questions de santé environnementale, est "désemparée" face à l’étude de ces maladies encore très peu documentées, selon Jean-Nicolas Ormsby, un responsable de la Direction de l’évaluation des risques de l’Anses. "L’épidémiologie en France sur ces maladies est défaillante", confirme Jérôme Authier, responsable du Centre de références des maladies neuromusculaires de l’Hôpital Henri Mondor de Créteil.

 

Le travail acharné des associations de malades permet progressivement aux maladies environnementales émergentes de sortir de l’ombre. Face à l’absence de prise en charge des malades, plusieurs associations se sont constituées pour les accompagner, comme le collectif des électrosensibles ou SOS MCS (association de malades atteints d’hypersensibilité chimique multiple). Mi-octobre, elles se sont réunies au sein de l’Alliance des maladies environnementales émergentes (AM2E) pour faire entendre leur voix.

 

Des symptômes non spécifiques

 

Pour l’AM2E, le manque de soins résulte de l’absence d’information des médecins sur ces nouvelles pathologies. Le mauvais suivi médical est aussi lié à la difficulté de diagnostiquer des maladies qui n’ont souvent pas de symptômes spécifiques. Fatigues chroniques, douleurs musculaires, troubles cognitifs, allergies... Patients et chercheurs commencent seulement à établir des grilles pour aider les médecins à poser des diagnostics.

 

Lors du colloque du 16 octobre, des scientifiques étaient venus à la barre pour attester de la réalité médicale de ces symptômes. Leurs travaux de recherche montrent les mécanismes biologiques en cause dans les maladies environnementales, qui se caractérisent toutes par des perturbations fonctionnelles chroniques de l’organisme (par exemple, une mauvaise conduction du message nerveux).

 

Les travaux de Martin Pall, de l’université de Washington, montrent par exemple les effets biologiques en chaîne des champs électromagnétiques sur l’organisme (en particulier sur les canaux calciques dépendant du voltage), qui peuvent se traduire par des troubles neurologiques. Philippe Tournesac, médecin en pathologie neuro-fonctionnelle à l’Université de Bourgogne, travaille, lui, sur la sensibilité chimique multiple (MCS). Cette maladie neurologique correspond à une hypersensibilité à de multiples substances chimiques à faibles doses.

 

Les chercheurs unanimes sur les causes environnementales

 

Concernant les causes de ces maladies, les chercheurs sont unanimes: la transformation de notre environnement. Nous sommes exposés à des dizaines de milliers de produits toxiques, à des champs électromagnétiques plus d’un million de fois plus élevés que dans les années 1960… Autant de facteurs qui sont responsables chez certains individus de dysfonctionnements neurologiques ou immunitaires.

Pour les malades, la solution est souvent de s’isoler pour éviter toute exposition. Des traitements permettant de désintoxiquer l’organisme commencent aujourd’hui à être proposés aux patients.

Magali Reinert
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